Par Jacques Nikonoff, ancien élève de l’École nationale d’administration (ENA) et professeur associé à l’Institut d’études européennes (IEE) de l’Université Paris 8.
Qui se rappelle aujourd’hui la manière dont la France est passée du franc à l’euro ? Cette amnésie collective est funeste, car la France a rejoint l’euro dans une situation unique. Un silence de cimetière s’est abattu sur ces questions. Ni les grands partis politiques ni les syndicats n’en parlent, pas plus que les intellectuels et encore moins les économistes, à quelques très rares exceptions.
La raison de ce mutisme consensuel, du Rassemblement national à l’extrême gauche, tient au fait que ce moment d’histoire, s’il était connu et compris du grand public, mettrait ce dernier en rage. La population verrait alors clairement la responsabilité accablante de tous les partis, de gauche comme de droite dans ce désastre. Car dès le départ, le franc était surévalué quand il s’est fondu dans l’euro.
Il est resté structurellement surévalué jusqu’à maintenant (oscillant entre 15 % et 20 % ce qui est colossal) et le restera éternellement puisque sa parité est désormais « irrévocable ». Or, un euro surévalué pour la France signifie que les produits français vendus à l’étranger sont trop chers (de 15 à 20 % donc !). Nous sommes ainsi systématiquement pénalisés pour nos exportations.
C’est dramatique, parce que si nous ne pouvons plus dévaluer pour redresser notre balance commerciale, soupape vitale de sécurité, ce sont des dévaluations internes qui les remplacent. La compétitivité des entreprises s’obtient alors (fictivement) par une pression permanente sur les salaires, des aides massives aux entreprises pour faire baisser le « coût du travail » (211 milliards d’euros en 2023 selon un rapport du Sénat). Cette faiblesse des revenus salariaux et de transfert (assurance-chômage, retraites, allocations diverses…) pèse à son tour négativement sur la consommation et déprime le cycle économique. Il ne faut pas chercher plus loin l’une des principales raisons du chômage de masse, de la pression sur les services publics, des délocalisations et de la désindustrialisation de la France. L’euro apparaît comme une arme de destruction massive de l’emploi et de l’industrie française. Loin d’être le « bouclier » promis, l’euro est devenu le tombeau de l’industrie française.
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