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Il y a quelque chose qui se met en place.

A priori ce n’est pas spectaculaire, il n’y a pas d’annonce brutale.

C’est plutôt une accumulation de décisions, de technologies, de “progrès” qui, pris séparément, semblent presque évidents, en tous cas rationnels.

Mais quand on les regarde ensemble, un autre dessin apparaît.

On ne voit pas encore le système, elles semblent être isolées pour certains. Mais on commence à en deviner la structure.

À partir de juillet, les voitures neuves vendues dans l’Union européenne devront intégrer des dispositifs de surveillance du conducteur, avec des caméras orientées vers l’habitacle. L’objectif affiché est la sécurité. Réduire les accidents, détecter la fatigue, prévenir les comportements dangereux. Sur le principe, la tête dans le guidon (ou plutôt dans le volant) c’est difficile d’être contre.

Dans le même temps, les zones à faibles émissions, ces ZFE poussées par l’exécutif, redessinent l’accès aux centres-villes, conditionné au type de véhicule.

Et, hasard total, complètent la mesure précédente, en vous forçant à acheter un véhisule neuf (donc équipé de caméras intérieures) poru ne pas être exclu des centres- villes.

Les caméras dans l’espace public évoluent vers des formes d’analyse automatisée avec la technologie algorithmique, et peuvent donc aussi lire vos plaques d’immatriculations en temps réel.

L’euro numérique se prépare, avec la promesse d’un système de paiement plus fluide et plus moderne, instantanné et traçable en temps réel, lui aussi.

Les portefeuilles numériques se généralisent; puisque l’UE va les imposer aux États membres dès la fin de l’année.

Les identités en ligne se renforcent; le pass numérique qui va être imposé pour exclure les moins de 15 ans sur les réseaux sociaux, est une forme d’obligation déguisée d’identité numérique.

Et déjà, certains responsables politiques français et européens évoquent la nécessité de mieux encadrer les outils qui permettent de contourner ces règles numériques, comme les VPN.

Rien, dans cette liste, ne relève en soi d’un basculement autoritaire.

Chaque mesure a sa logique, ses arguments, ses défenseurs. C’est même précisément ce qui rend l’ensemble difficile à contester : tout paraît raisonnable, pris isolément.

Le problème apparaît quand on change d’échelle

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Dézoom:

Ce qui se construit ici, ce n’est pas une série d’outils indépendants. C’est un environnement capable de tout relier : identité, déplacements, comportements, accès aux services, moyens de paiement.

Une infrastructure dans laquelle chaque donnée peut, en théorie, dialoguer avec une autre, en temps réel. Et ça change TOUT.

À ce stade, la question est: à quel moment toutes ce mesures vont-elles se relier ?

Une voiture qui observe le conducteur.
Un système monétaire numérique potentiellement programmable.
Une identité numérique centralisée.
Des accès urbains conditionnés.
Des espaces publics analysés par des systèmes automatisés.

Ajoutez à cela une couche de décision algorithmique, et le paysage change encore.

Car ce ne sont plus seulement des données qui circulent. Ce sont des décisions qui peuvent être prises à partir de ces données , automatiquement grâce à l’IA autonome.

Accorder ou refuser un accès.
Autoriser ou bloquer une transaction.
Déclencher une vérification.
Signaler un comportement.

Et tout cela, de plus en plus, sans intervention humaine directe.

C’est là que l’intelligence artificielle entre en jeu, non pas comme un outil d’assistance, mais comme un mécanisme de tri, d’arbitrage, de régulation. Un système capable d’appliquer des règles à grande échelle, en temps réel, sans fatigue, sans délai et parfois sans véritable possibilité de recours immédiat.

Et surtout sans responsabilité…

Ce basculement est discret, mais décisif.

Dans un système classique, une décision peut être contestée, expliquée, discutée avec un interlocuteur. Dans un système largement automatisé, la décision devient une conséquence technique. Elle s’applique, et c’est ensuite au citoyen de tenter de comprendre pourquoi elle s’est appliquée et à qui s’adresser.

Un piège de l’enfer technologique déshumanisé.

Le risque n’est pas celui d’un contrôle brutal, visible, assumé comme tel. Il est plus subtil que cela.

Le risque c’est un monde où l’accès devient conditionnel sans toujours être explicitement négocié. Où les règles peuvent évoluer rapidement, être ajustées, croisées, appliquées différemment selon les contextes.

Où tout peut devenir arbitraire et évolutif.

Où l’on ne vous interdit pas frontalement, mais où l’on vous ferme progressivement certaines portes, en silence.

Dans un tel environnement, la notion même de liberté change de nature. Elle se redéfinit, à l’intérieur d’un cadre de plus en plus structuré par des systèmes techniques.

On n’annonce pas un “crédit social”. Le terme est trop chargé, trop visible.

Mais on peut très bien voir émerger des mécanismes qui en reprennent les logiques : évaluation implicite, modulation des droits d’accès, ajustement des possibilités en fonction de critères multiples et marécageux.

Ça ne sera pas nécessairement de manière uniforme, ni de façon punitive, en tous cas pas pour tout le monde. La nécessité de conformité sera suffisante pour orienter les comportements, pour encourager certains choix, en décourager d’autres.

Un nudge généralisé et permanent.

Le tout sans qu’il soit toujours possible de tracer clairement la ligne entre ce qui relève de la règle, de l’algorithme ou de la décision politique.

Et là le malaise s’installe.

Une fois que ces systèmes sont en place, interconnectés, opérationnels, ils forment une base extrêmement puissante. Et cette base peut être utilisée de multiples façons, selon les contextes, les gouvernements, les priorités du moment.

Ce qui est fait aujourd’hui est un sujet, mais ce qui devient possible demain aussi.

À partir de quel moment considère-t-on que l’espace privé a disparu ?
À partir de quel moment accepte-t-on que des décisions importantes soient prises sans regard humain ?
À partir de quel moment le confort et la fluidité justifient une forme de dépendance systémique et la fin de nos Libertés fondamentales ?

Il ne s’agit pas de refuser en bloc toute évolution technologique, ni de nier les bénéfices réels de certaines mesures, mais de garder une vision d’ensemble, et de ne pas se laisser enfermer dans une lecture fragmentée qui nous aveugle.

Vous savez que ces sujet m’inquiètent fortement, car ce qui se construit sous nos yeux n’est pas une simple addition d’innovations, c’est un système très bien pensé dont le squelette devient apparent.

Chaque donnée alimente le système, chaque règle peut devenir une restriction.

Béatrice

Joie, vie, liberté… ensemble. 🌹