Toute ma vie, j’ai été attirée par celles et ceux qui déjouent les attentes, les préjugés.
Pas les gens parfaits , les gens surprenants. Ceux qui fissurent les cases, qui débordent des catégories trop étroites qu’on voudrait leur imposer. Ceux qui, sans forcément le chercher, rendent les clichés et les étiquettes obsolètes simplement en étant eux-mêmes.
C’est une boussole étrange, mais fidèle. Elle ne m’a jamais menée vers la facilité, ni vers le confort des évidences. Elle m’a menée vers des trajectoires improbables, des sensibilités inattendues, des conversations qui déplacent. Vers des gens qui ne rentrent pas dans une phrase simple.
Et c’est précisément pour ça qu’ils comptent.
Je ne parle pas de la doctrine lénifiante de la “diversité” wokiste, oxymore qui vise à tout uniformiser au nom de la différence; je parle tout simplement d’individus hors du commun, qui se distinguent par une qualité exceptionnelle et inattendue, magnifiquement incongrue
(Le Déjeuner des Canotiers- Renoir)
Avec le temps, j’ai compris que ce que je cherchais chez les autres n’était ni la perfection, ni même l’excellence au sens classique. C’était autre chose. Une forme de Vérité. Une cohérence intérieure, parfois fragile, parfois chaotique, mais toujours sincère. Une harmonie particulière.
Ces personnes m’ont nourrie. Elles m’ont donné de l’élan quand je doutais, de la perspective quand je me sentais enfermée. Elles m’ont appris sans le dire qu’on pouvait être plusieurs choses à la fois, et rester profondément humain.
Mais je ne les ai jamais idéalisées.
Parce que c’est justement leur humanité qui les rend précieuses. Leurs aspérités, leurs angles morts, leurs contradictions. Ce sont ces failles qui rendent leurs qualités crédibles. Touchantes. Inspirantes, et d’autant plus fascinantes.
Il n’y a pas de sauveur. L'idée qu’il y aurait un homme providentiel est non seulement fausse, mais dangereuse. Elle nous dépossède de notre propre capacité à agir, à comprendre, à évoluer, à se responsabiliser.
En revanche, il y a des gens extraordinaires.
Cela peut prendre des formes d’expression diverses, tous types de vertus peuvent être concernées; spectaculaires ou très discrètes.
Encore faut-il savoir les reconnaître.
Et cela demande un effort parce que nous avons été habitués à valoriser certaines qualités plus que d’autres. À confondre intelligence et profondeur. À croire que la vivacité d’esprit suffit à définir la valeur d’une personne.
L’intelligence est utile, bien sûr, elle permet de comprendre, d’analyser, de construire. Mais elle n’est qu’un outil. Et comme tout outil, elle dépend de l’usage qu’on en fait, quel but elle dessert.
Elle est souvent survalorisée, parfois mal utilisée. Elle peut servir à relier, mais aussi à exclure. À éclairer, mais aussi à manipuler.
Elle ne dit rien, en elle-même, de la bonté, du courage, de la sensibilité, de la capacité à aimer, à écouter, à faire grandir les autres.
Et pourtant, ce sont ces qualités-là qui marquent vraiment.
Celles qui ne font pas de bruit. Celles qui ne cherchent pas à impressionner. Celles qui construisent des ponts invisibles entre les êtres.
Aujourd’hui, si je devais définir ce que j’essaie de faire dans mon “travail” (je mets des guillemets car c’est un mot que je ne trouve pas adéquat pour définir ce que je fais, sans pour autant en trouver un autre) , dans mes projets, dans mes échanges, ce serait précisément ça : créer des ponts:
Entre des mondes qui s’ignorent.
Entre des parcours qui semblent incompatibles.
Entre des personnes qui, a priori, n’auraient jamais dû se rencontrer.
Parce que quelque chose de précieux se joue là, dans le moment où deux univers se croisent sans se rejeter, dans l’instant où l’on accepte de ne pas tout comprendre, mais de rester curieux, dans cette zone fragile où l’on commence à percevoir l’autre autrement que comme une idée, un jugement sans appel.
Et puis il y a le rire.
Ce n’est pas anodin, le rire, c’est même un indicateur très fiable. Si deux personnes peuvent rire ensemble, malgré leurs différences, malgré leurs désaccords, alors quelque chose est déjà en train de se créer.
Une forme de complicité, un terrain commun, un début d’humanité partagée.
(Before Sunset)
Il y a une scène dans le film (culte) Before Sunset qui me revient souvent. Deux personnes marchent, parlent, se cherchent un peu, et puis à un moment, elles rient. Rien de spectaculaire. Pas de grande révélation. Juste ce basculement léger où quelque chose devient simple. Et pourtant, tout est là. Ce moment où le rire crée un espace commun, où les différences cessent d’être des obstacles pour devenir presque secondaires. Ce n’est pas qu’ils sont d’accord sur tout, ni qu’ils se comprennent parfaitement. Mais ils sont, l’un avec l’autre, dans une forme de justesse. Et c’est peut-être ça, au fond, qui compte : ces instants où, sans effort apparent, le lien se fait.
Le rire contourne les défenses. Il désarme les postures. Il rappelle que, derrière les rôles et les identités, il y a quelque chose de simple, de vivant, de profondément commun. Il ramène à l’enfance, un moment suspendu d’insoucience.
Et c’est peut-être là que réside l’espoir.
Non dans les grands discours, ni dans les figures providentielles grandiloquentes. Mais dans ces micro-connexions, presque invisibles et furtives, qui relient les gens entre eux.
Dans la capacité à voir au-delà des clichés, à se débarrasser du masque social.
À reconnaître la beauté là où elle ne se montre pas immédiatement.
À rester ouvert, même quand c’est inconfortable et pas évident.
Je continuerai à chercher ces gens-là et à créer, autant que possible, les conditions pour qu’ils se rencontrent.
Parce que c’est dans ces rencontres improbables que naissent les choses les plus justes et peut-être, les plus nécessaires.
Béatrice
Joie, vie, liberté… ensemble. 🌹



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