Quoique une ville, ignorant l’unité
d’ensemble, échappe à la catégorie
d’œuvre d’art (n’ayant ni finalité
ni fin) et s’offre en regimbant au « cri
stazain » prétexte à traits simples d’esprit
(les « cristazains », comme leur nom l’indique,
sont mes dizains s’ils formulent critiques
de livres, films, concerts sur Instagram
pour transformer l’expérience esthétique
passive, en l’advenue d’un nouveau drame
du sens), pendant ma coureuse balade
au Havre, tout s’équilibre en un rond
de fumée harmonieux : les jérémiades
des « clabaudeurs » (Rimbaud) sur le ronron
de l’océan plissant des yeux vairons
étirés par l’embouchure du fleuve,
le raclement de mes chaussures neuves
sur le bitume amorti par la pluie,
les kitesurfers s’envolant à l’épreuve
d’un coup de vent (déchaîné aujourd’hui),
les vieux manoirs où les bourgeois spéculent
ayant bravé tous les bombardements
et le béton dont le blanc immacule
le front de mer de clairs appartements,
également ma toux grasse ou ce grand
promeneur chauve (qui ressemble au maire —
trois fois que je m’en fais le commentaire ! —
(le lendemain, musardant sur la plage,
j’approcherai de lui ; il dira, l’air
courtois, « Bonjour ! », alors moi, sans ambages
et comme dans un rêve : « En ce moment,
Je crois vous voir partout… Cette fois-ci,
c’est vraiment vous ! » lui dis-je, « C’est vraiment
moi ! » ; m’éloignant au soleil étourdi,
je me demanderai : Qu’aurais-je dit,
si s’était engagée la discussion ?
Que je trouvais sale la suppression
de l’ISF, la coupe à la faucheuse
dans le budget Culture des régions
dirigées par ses affidés honteuse
comme espérer être face au RN,
chaque deuxième tour ? La politique
est aussi l’affaire d’énergumènes
en bord de mer, dont l’un se voit l’unique
roi-président de notre République…
(j’ai eu raison, je crois bien, de ne pas
m’aventurer : quel « poète sympa »
(dixit Prigent) ne finirait en slip
face à un professionnel du débat
de mauvaise foi, comme Edouard Philippe
qui, dépourvu de tout savoir métrique,
serait encore un hâbleur assez fort
pour me vendre ses cours de poétique ?))),
et les garçons aux instruments de sport
musclant leur torse en soufflant face au port
industriel, non loin du boulevard
de Leningrad, dont le nom désempare
au moment où les promoteurs revendent
les anciens docks et leurs vastes hangars
aux magasins de galerie marchande
(ne comportant aucune librairie,
mais des WC, où un signal trompeur
« libre » a fait que j’ai malgré moi surpris
un garçonnet, slip informe, terreur
dans le regard, maudissant son erreur
d’avoir tenu la porte d’une main,
et un Pathé, où nous verrons demain
Projet dernière chance, une amusante
science-fiction, sur quoi mon « cristazain »
formulera la sentence suivante :
« La solution sera-t-elle extra-terre
stre ou le problème ? Un refroidissement
de la planète instruit-il le mystère
de son réchauffement ? Le film nous ment
en mettant en scène les sentiments
liant un homme à un monstre de pierre
doué de pouce et langue élémentaire —
comme si ce n’étaient pas là scories
promues par sérendipité, revers
de notre inusitée bizarrerie ») ;
ni Saint-Joseph (au dieu garantissant
l’aprioricité de la fin sur
la finalité — 100% absent),
ni Auguste Perret (l’architecture
aux droites conjurant la bigarrure
des débris d’après-guerre) davantage,
n’empêchent que la ville fait des tonnes
déchargées, badauds, animaux, nuages
une ronde éblouie qui nous étonne
(ou comme mon virus, une couronne !) —
et moi, courant souffle court et rendu
sur le sommet au phare de la Hève
qui, dominant les Jardins suspendus,
près d’un blockhaus tagué fluo s’élève,
en contemplant les vagues formes brèves
apparaissant sous les cargos qui filent
traçant dans l’eau leur sillage fragile,
je peux enfin répondre à ma question :
c’est le chant qui s’inspire de la ville
et l’harmonie de la démolition.

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