Verbatims contre l'amnésie médiatique et les falsifications historiques.
Lundi 28 septembre, Mediapart révèle des propos antisémites que Jordan Bardella aurait tenus ou écrits du temps de ses premières années de militant lepéniste. Les grands classiques de l'antisémitisme « obsessionnel » d'extrême droite s'y trouvent réunis : les juifs et les banques, les juifs et le « nouvel ordre mondial », etc. Les révélations font le tour de la presse en moins de temps qu'il ne faut pour dire « nazi » : dépêche AFP, « push » de l'application du Monde, sujets dans les journaux télévisés, éditos dans les premières pages de journaux…
Nous essaierons de revenir sur la touchante prudence avec laquelle nombre de médias ont repris ces informations, rappelant systématiquement les farouches démentis de Jordan Bardella, anticipant la défense de ce dernier (et la communication du parti) en s'interrogeant notamment sur la pertinence d'une éventuelle « excuse de minorité », jugeant opportun de diffuser in extenso la prise de parole du duo Le Pen-Bardella, polarisant le commentaire autour des méthodes d'enquête de Mediapart...
Signalons tout de même l'attitude exemplaire de Ruth Elkrief qui s'est refusée à tout commentaire sur son plateau de LCI au nom d'une saine « prudence » : « C'est très compliqué de commenter comme si c'était une vérité révélée, on attend, c'est normal, c'est notre prudence, notre conscience professionnelle. » (28/09) Une conscience professionnelle qui, quelques mois plus tôt, n'avait cependant pas empêché Mme Elkrief de diffuser et de commenter, avec d'autres, une fausse information (grossière) contre Rima Hassan. Un double standard exemplaire du « professionnalisme » à géométrie variable de l'éditocratie telle qu'elle pérore.
Comme l'ont souligné de nombreux journaux, c'est « le visage de la dédiabolisation [qui] devient celui de l'antisémitisme » (Le Soir, 29/09). « Ces révélations font voler en éclats quinze ans de "dédiabolisation", une stratégie dont l'eurodéputé était l'incarnation même », écrit aussi Mediapart. En effet… Toutes celles et tous ceux qui avaient entonné (et mis en application) le refrain de la « normalisation » du RN semblent tomber de leur chaise devant la matrice idéologique de son jeune président, faite d'un mélange bien nauséabond de complotisme et d'antisémitisme. Comme si la réussite de cette stratégie de « dédiabolisation » n'était pas d'abord (et avant tout), comme l'a déclaré l'un des journalistes à l'origine des révélations, Antton Rouget, « une défaite du journalisme ». Nous pourrions même dire, « un crash gigantesque » : des travaux universitaires aux enquêtes journalistiques, la presse avait sous les yeux tous les éléments permettant de ne pas tomber dans cette opération d'enfumage, mais une très large partie d'entre elle s'y est laissé prendre pendant 15 ans. Et de deux choses l'une : soit elle a choisi sciemment de les ignorer, soit elle n'a pas eu la curiosité de s'y intéresser. Quelle est l'hypothèse la plus problématique, surtout de la part de journalistes et de médias se présentant comme les sentinelles les plus résolues face à l'antisémitisme ?
Voilà 15 ans de commentaires blanchissant le RN – ou rejetant ses tares sur la gauche radicale – qui viennent se fracasser contre une enquête qui présente des faits. Et cependant, « il n'y aura pas d'examen de conscience de la presse », ajoute, probablement à juste titre, Antton Rouget [1]. Mais nous ne saurons nous y résigner, et convaincus de la perfectibilité humaine, nous voulons permettre à cette ribambelle d'éditorialistes de relire leurs énormités à froid. À défaut de les voir se repentir, au moins, nous ne les oublierons pas.
- Guillaume Erner (France Culture, 24/06/26) : « Quand, Marine Le Pen, avez-vous décidé de rompre avec l'antisémitisme de votre père ? »
- Alain Finkielkraut (« C à vous », France 5, 20/01/26) : « Il y a un parti antisémite en France, un seul, et passionnément antisémite comme l'a dit très justement Raphael Enthoven : c'est La France insoumise. »
- Jean Quatremer (Radio J, 05/07/26) : « J'emmerde LFI, le premier parti antisémite de France, ils sont plus dangereux que le RN ! »
- Bruno Jeudy (France 5, 01/09/26) : « [Pour Marine Le Pen], couper avec le père c'était aussi couper avec l'extrême droite qui était aux origines antisémite. »
- Arno Klarsfeld (Europe 1, 15/08/26) : « Grâce à Marine Le Pen, le RN protège les juifs ! »
- Jean-Dominique Merchet (sur X, 28/09/26) : « [...] On peut se réjouir de voir un grand mouvement politique abandonner enfin ces détestables lubies d'extrême droite. Ainsi de l'antisémitisme, comme l'a prouvé leur participation du RN [sic] à la manifestation du 12 novembre 2023. »
- Alain Finkielkraut (RTL, 21/02/26) : « C'est au Rassemblement national que l'antisémitisme peut être dit résiduel. »
- Ivan Rioufol (sur X, 29/09/26) : « "Les banques sont toutes détenues par des juifs" : l'extrême gauche, antisémite et antisioniste, accuse Jordan Bardella de sa propre turpitude. »
- Franz-Olivier Giesbert (Le Point, 12/11/25) : « Il faudra s'habituer : les milices de la sinistre SA des nazis sont revenues [...]. Aujourd'hui, leurs épigones, qui ont l'aval de la CGT, se disent propalestiniens (et de gauche). »
- Jean-Rémi Baudot (Franceinfo, 24/03/25) : « Dans ce contexte, on semble voir un virage à 180 degrés du RN sur cette question [de l'antisémitisme]. Michaël Darmon, vous qui avez longtemps suivi le Front national en tant que journaliste, vous pensez que ce virage, il est sincère ? »
- Michaël Darmon (Franceinfo, 24/03/25) : « De la part de Marine Le Pen, c'est indéniable. De la part d'autres personnes qui sont autour d'elles, ses principaux lieutenants, par rapport à ce qu'on a pu connaître et par rapport surtout aux conversations qu'on a pu avoir tout au long de ces années, c'est clair que ce changement, il est majeur. […] En ce qui concerne effectivement cette évolution, pour la question que vous posez, ça, ça me paraît clair. »
- Franz-Olivier Giesbert (Le Point, 14/05/25) : « Au secours ! Les antisémites sont revenus et ils ont la carte du camp du Bien ! »
- Lucas Jakubowicz (Décideurs Magazine, 27/03/25) : « Au-delà des paroles, une révolution copernicienne est à mentionner. Pour la première fois, le RN a participé à des manifestations contre l'antisémitisme […] Le 9 octobre 2023 marque peut-être le début d'une nouvelle ère. »
- Richard Malka (France Inter, 02/12/25) : « L'abcès d'antisémitisme est fixé chez LFI aujourd'hui. »
- Richard Malka (Le Parisien, 02/12/25) : « La haine des juifs a toujours été là, à l'extrême droite, mais pas assumée... Aujourd'hui, elle a migré vers la gauche radicale et est devenue cool et décomplexée. C'est un changement de monde. »
- Raphaël Enthoven (BFM-TV, 12/05/24) : « LFI est le premier parti antisémite de France. »
- Luc Ferry (Europe 1, 02/01/24) : « Marine Le Pen n'est ni raciste ni antisémite. »
- Luc Ferry (RTL, 03/01/24) : « Elle n'est ni raciste ni antisémite. »
- Michel Eltchaninoff (Philosophie Magazine, 04/07/24) : « Le parti fondé par Jean-Marie Le Pen a changé depuis que Marine Le Pen en a hérité. […] Arrivée à la tête du parti en 2011, Marine Le Pen a patiemment mis en place une stratégie de « dédiabolisation » destinée à supprimer ses freins à la progression électorale. Elle a ouvertement rompu avec l'antisémitisme (et avec son père), […] »
- Robert Ménard (BFM-TV, 17/06/24) : « Qui aujourd'hui est antisémite ? C'est LFI, pas le RN. »
- Guillaume Erner (France Culture, 17/06/24) : « La culture politique d'un Jordan Bardella est probablement éloignée de ce qui constituait le socle vichyste. »
- Fréderic Dabi (Le Figaro, 06/10/24) : « Il y a eu un passage de témoin maléfique entre LFI et le RN [sur l'antisémitisme]. »
- Michel Winock (Les Échos, 11/10/24) : « L'extrême droite, réceptacle de longue date des passions antijuives, se trouve remplacée par l'extrême gauche. »
- Jérôme Fourquet (France 5, 30/04/24) : « [...] stratégie de dédiabolisation, et la dernière étape c'est l'étape de la respectabilisation [...] qui s'est un peu construite en miroir de LFI. Et il y a un ingrédient tout à fait majeur [...] pour cette respectabilisation, c'est [...] l'antisémitisme. »
- Gauthier Le Bret (C8, 12/06/24) : « Le RN est dans une stratégie de normalisation, et la LFI est dans la stratégie du chaos. Qu'est-ce qui est le plus dangereux ? La normalisation ou le chaos ? Ben vous avez répondu à la question »
- Valérie Bénaïm (C8, 12/06/24) : « Il y a 20 ans, on se disait "Le FN au pouvoir on se casse tous". C'est marrant comme le paradigme s'est inversé »
- Charles Consigny (« C ce soir », France 5, 11/06/24) : « L'antisémitisme aujourd'hui, il est chez Rima Hassan, il est chez Jean-Luc Mélenchon, il est dans les manifs LFI. »
- Arno Karlsfeld (Le Parisien, 19/06/24) : « S'il fallait choisir entre le RN et LFI, je me rangerais du côté de mon père sans hésiter. » ; « Le RN a changé. On est aujourd'hui bien loin de ce parti des années 1990 dirigé par un Jean-Marie Le Pen. »
- Raphaël Enthoven (sur X, 01/05/24) : « La France insoumise est un mouvement antisémite, passionnément antisémite. C'est même le premier parti antisémite de France. Et le dire est un élément du débat. Désormais, c'est ainsi, c'est une opinion. »
- Arlette Chabot (Sud Radio, 13/11/23) : « Marine Le Pen était donc présente [à la marche contre l'antisémitisme]. Le Rassemblement National confirme son entrée dans l'arc républicain. »
- Luc Ferry (LCI, 10/04/23) : « Je pense pas du tout que Marine Le Pen soit raciste, je pense qu'elle est absolument pas antisémite. »
- Charles Sapin (Le Point, 11/10/23) : « S'il n'est pas nouveau, le soutien à la communauté juive et à l'État d'Israël n'a pas toujours été l'apanage du Front devenu Rassemblement national »
- Paul de Coustin (La Croix, 12/10/23) : « En défenseur des juifs, le RN poursuit sa normalisation »
- Arno Klarsfeld (Le Figaro, 09/11/2023) : « Pour moi, l'ADN de l'extrême droite, c'est l'antisémitisme. Donc, quand je vois un grand parti issu de l'extrême droite abandonner l'antisémitisme, le négationnisme, et marcher vers des valeurs républicaines, je m'en réjouis. Je prends acte de ces pas en avant du Rassemblement national »
- Caroline Fourest (France 5, 11/10/2023) : « Comme Marine Le Pen est impeccable, on n'a pas prise, nous, journalistes, pour parler de cette extrême droite antisémite. Alors que comme Mélenchon dérape et que Mathilde Panot bredouille, on a plus de facilité à parler de l'extrême gauche antisémite. »
- Marylou Magal (L'Express, 11/10/23) : « Le RN et l'antisémitisme : histoire d'une dédiabolisation rêvée »
- Phillipe Val (Europe 1, 28/01/22) : « Y a des courants politiques compatibles avec l'antisémitisme. [...] L'extrême droite antisémite militante est quand même assez résiduelle en France, mais à l'extrême gauche, c'est plus grave. À cause du prétendu engagement pro-palestinien [...] »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 10/06/22) : « […] si l'on regarde le refus de la démocratie, l'utilisation de la violence dans la rue, le racialisme et l'antisémitisme, alors, d'une certaine manière, l'extrême gauche aujourd'hui ressemble bien davantage au fascisme […] que l'extrême droite. »
- Anne Rosencher (Europe 1, 28/01/22) : « Même s'il doit rester de l'antisémitisme résiduel, culturel, à l'extrême droite, globalement [...] ces gens-là sont des vaincus de l'histoire. En revanche il réapparait [...] un antisémitisme qui vient de l'islamisme. »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 14/11/22) : « L'antisémitisme n'est plus à l'extrême droite, il est passé à l'extrême gauche. »
- Dominique Reynié (France 5, 11/04/22) : « Il y a peut-être un agenda caché, mais quand on regarde ses textes, ses discours, moi je n'ai... j'ai une fois, mais alors il y a dix ans, trouvé un propos qui était limite sur ces sujets-là, mais sinon il y a beaucoup moins d'écarts de langage, y compris sur des sujets comme l'antisémitisme, que Jean-Luc Mélenchon hein. Et donc quand on fait la liste des écarts de langage sur les valeurs, elle a tenu son discours à peu près correctement. C'est une droite nationale souverainiste mais je trouve qu'il faudrait quand même documenter davantage cette idée qu'elle est au fond en dehors du champ républicain. »
- Eugénie Bastié (LCI, 08/04/19) : « Le nouvel antisémitisme, celui qui tue [...] ce n'est pas celui d'extrême droite, c'est celui...euh... l'islamogauchisme, un antisémitisme ancré dans une culture musulmane. »
- Guillaume Tabard (Le Figaro, 15/02/19) : « Il y a certes le passé de certains fondateurs du FN […]. Mais depuis qu'elle a pris la tête du parti, Marine Le Pen a clairement rompu avec ces références ambiguës ou choquantes et toujours fermement condamné tous les actes d'antisémitisme. »
- Cécile Cornudet (Les Échos, 19/02/19) : « La lecture d'un antisémitisme venu du fondamentalisme islamiste, qui semble s'imposer dans l'agression d'Alain Finkielkraut, jette le trouble dans La France insoumise. Longtemps sujet empoisonné du Rassemblement national, l'antisémitisme l'est désormais pour La France insoumise. »
- Alain Finkielkraut (Le Figaro, 03/04/18) : « La parenthèse raciste de l'antisémitisme se referme. Les antisémites du XXIe siècle se veulent antiracistes. Du fait de l'occupation par Israël de la Cisjordanie, ce n'est plus l'étoile jaune qu'ils clouent imaginairement sur l'objet de leur détestation, c'est la croix gammée. »
- Dépêche AFP (09/11/18) : « L'antisémitisme du parti d'extrême droite s'est estompé sous la présidence de Marine Le Pen […] »
- Gilles-William Goldnadel (Le Figaro, 24/02/15) : « […] la violence anti-juive est le produit de l'islamo-gauchisme. La détestation d'Israël […] est son moteur moderne. L'antisémitisme issu de l'extrême droite, pour exister encore, est subalterne.
- Jean-Yves Camus (Le Monde, 07/05/15) : « [Marine Le Pen] veut désormais faire sauter le verrou qui a barré au FN la route de la normalisation : celui de l'antisémitisme, de la fixation sur l'histoire de la seconde guerre mondiale, de la négation ou de la minoration du génocide des juifs. Simple tactique, objectera-t-on ! Je ne le crois pas. Marine Le Pen ne partage pas les idées de son père sur ces questions […]
- Valérie Igounet (Le Figaro, 11/06/14) : « La différence, entre 1987 et 2014, c'est que le patrimoine idéologique du FN a changé et que Marine Le Pen et son équipe bannissent désormais l'antisémitisme. »
- Willy Le Devin et Dominique Albertini (Libération, 23/07/14) : « Reste, enfin, la vieille école des antisémites d'extrême droite. Si le thème a pu servir d'élément fédérateur au sein du Front national - en témoignent certains "dérapages" de Jean-Marie Le Pen –, il y est largement démonétisé aujourd'hui. »
- Ivan Rioufol (Le Figaro, 15/06/12 : « […] [L']extrême gauche vomit la démocratie libérale et flirte avec le nouvel antisémitisme, tandis que l'UMP est sommée de garder ses distances avec un FN qui s'est amendé de ses outrances. »
- Guillaume Perrault (Le Figaro, 30/04/11) : « Pour son premier défilé du 1er Mai, Marine Le Pen cherche à faire le ménage parmi les manifestants, au risque de heurter la vieille garde du parti. […] La réaction de Marine Le Pen marque son souci de rejeter tout soupçon de complaisance envers le racisme et l'antisémitisme. »
La compilation que nous proposons ici, constituée de verbatims patiemment consignés par Acrimed, n'est évidemment pas exhaustive et est appelée à s'enrichir et s'actualiser au fil du temps. Pour lutter contre l'amnésie médiatique et contre les falsifications historiques, nous appelons nos lecteurs et nos lectrices à participer à cette œuvre collective : envoyez-nous vos observations et vos verbatims (précis, datés et sourcés) !
[1] Lors de la réunion publique du Fonds pour une presse libre, mardi 29 septembre.




.webp)

