Dublin est en encerclé et toute l’Irlande se soulève alors que Paris et la France sont en pantoufles ( ou en baskets sur un tapis de cours chez Basic Fit).
Et partout sur les réseaux, la même question revient, cinglante : pourquoi les Français ne se révoltent pas ?
Vous êtes très nombreux à vous agacer, vous énerver, vous désespérer de l’apathie populaire qui anesthésie la France.
Alors je vais répondre à vos questions que vous me posez tous les jours. Pourquoi la France ne se révolte plus, depuis les Gilets Jaunes ?
Depuis le 7 avril, l’Irlande est en ébullition. Des agriculteurs, des transporteurs routiers et des citoyens en colère ont progressivement mis le pays sous cloche. Autoroutes bloquées, dépôts de carburant assiégés, stations-service à sec, ambulances en difficulté. Dublin, Cork, Limerick, Galway — c’est toute l’île qui est touchée. 500 stations-service sont à sec, soit près d’un tiers du réseau national. Les manifestants, regroupés sous le collectif People of Ireland Against Fuel Prices Protest, ont déployé tracteurs, camions et convois lents sur tous les axes névralgiques du pays. O’Connell Street, l’artère principale de Dublin, a été bloquée plusieurs jours de suite. Le M50, l’autoroute périphérique menant à l’aéroport, coupée. La raffinerie de Whitegate en Cork — unique raffinerie du pays, capable de couvrir jusqu’à 40 % des besoins nationaux en carburant — a été assiégée.
La réponse de l’État ? Le chef de la police irlandaise Justin Kelly a déclaré que les manifestations “mettent l’État en danger” et a annoncé des arrestations. L’armée irlandaise a été mobilisée en réserve. Le Taoiseach Micheál Martin a qualifié le blocage de la raffinerie de “sabotage national” et d’“outrage”. Du gaz poivré a été utilisé pour disperser les manifestants à Whitegate. Des véhicules militaires ont renversé des barricades à Galway.
C’est la réponse classique des pouvoirs qui n’ont plus d’arguments : la force, faute d’idées.
Ce qui a mis le feu
Le litre de diesel a dépassé 2,08 euros dans certaines stations irlandaises. Le fioul domestique est passé de 950 euros les mille litres en février à 1 750 euros en quelques semaines — un quasi-doublement pour les retraités qui chauffent encore au mazout, nombreux dans les campagnes du Connacht et du Munster. La taxe carbone irlandaise représente à elle seule environ 60 % du prix à la pompe. Pendant ce temps, selon des calculs présentés au Dáil, l’État irlandais encaissait quelque 40 millions d’euros supplémentaires chaque semaine du simple fait de la flambée des prix, puisque la TVA est calculée en pourcentage du prix final.
Les revendications des manifestants sont précises : retour du diesel vert à un euro maximum le litre, plafonnement du diesel ordinaire à 1,70 euro, suppression de la taxe carbone sur le carburant professionnel, tarifs accessibles sur le fioul pour les ménages modestes et les retraités. Ce ne sont pas des revendications d’extrémistes. Ce sont les calculs de survie de gens ordinaires — agriculteurs, chauffeurs, artisans, retraités — qui n’ont aucune alternative à la voiture et aucune capacité à absorber un doublement de leurs coûts énergétiques en six semaines.
L’Irlande rejouait le même film que les Gilets jaunes, avec ses propres tonalités et sa propre brutalité. La révolte des gilets jaunes avait stupéfié la France et le monde entier en 2018 parce que personne n’avait pris au sérieux la géographie sociale de la dépendance automobile.
Et maintenant, la question que des milliers d’internautes français se posent sur les réseaux sociaux, avec une amertume qui monte à chaque vidéo de tracteur bloquant O’Connell Street : pourquoi eux, et pas nous ?
La France : même situation, silence assourdissant
Regardons les chiffres côte à côte.
En France, le SP95-E10 a franchi les 2 euros le litre en moyenne nationale le 1er avril 2026 — une première historique depuis que les prix sont suivis, en 1985. Le gazole dépasse 2,25 euros. 12,59 % des stations sont en rupture partielle. Le gouvernement a annoncé 70 millions d’euros d’aide d’urgence pour le seul mois d’avril. Le ministre des Transports Tabarot a prévenu sur Europe 1 : “Le carnet de chèques ne peut plus être utilisé pour l’ensemble de nos concitoyens.”
La situation économique française est, objectivement, pire que celle de l’Irlande. Déficit public à 5 % du PIB. Dette à plus de 3 400 milliards d’euros. 70 000 entreprises en faillite en 2025 — record absolu. Chômage à 7,9 % en remontée. 24 % des Français déclarent avoir réduit le nombre de repas quotidiens. Inflation alimentaire à +2,3 % en mars, avant même que les répercussions de la guerre en Iran ne se diffusent pleinement dans les rayons. Et au bout du tunnel : un confinement énergétique qui se profile — non pas comme une décision politique, mais comme un fait physique. Des millions de Français qui ne pourront bientôt plus se chauffer, se déplacer, travailler normalement, parce que l’État a dilapidé toute capacité d’action et que les cours de l’énergie explosent à cause d’une guerre qui n’en finit pas.
Et la France ? Quelques pêcheurs. Quelques agriculteurs. Quelques Gilets jaunes disséminés. Des commentaires furieux sous les vidéos irlandaises. Et globalement... le silence.
J’écrivais en 2024 dans La tempête qui vient que vous pouvez commander sur ce lien ( ici ) :
“L’exaspération populaire s’est sédimentée au fil des ans dans le silence assourdissant des pantoufles. Elle s’est propagée progressivement dans des millions de foyers.”
Ce silence n’est pas de la résignation sereine. C’est une cocotte-minute.
Pourquoi l’Irlande bouge et pas la France
Les Irlandais ont une culture de la contestation directe, ancrée dans une histoire de résistance à l’occupation et à la domination. Ils n’ont pas eu leurs Gilets jaunes — ils ont eu une révolution tout court, il y a cent ans. La mémoire de la lutte y est moins lointaine. Et surtout : leur mouvement a une ossature organisationnelle. Des collectifs, des groupes coordonnés par comté, des leaders qui parlent au nom des manifestants dans des négociations directes avec le gouvernement.
La France, elle, a subi ce que j’ai décrit en détail dans La tempête qui vient :
“Il fallait à tout prix éviter que le mouvement des Gilets Jaunes se répande comme une traînée de poudre à l’ensemble du pays. L’ordre a été donné de les exclure du champ républicain, de la sphère démocratique et de leur propre citoyenneté. Factieux, séditieux, extrême droite, populiste, perturbateurs manipulés par des ingérences étrangères : toutes les insultes ont été utilisées pour les décrédibiliser. Et vous avez joué les coupe-feux à ce début de révolution populaire.”
La répression a fonctionné. Pas physiquement seulement — avec les LBD et les mains arrachées — mais psychologiquement. Une génération de contestataires a été épuisée, stigmatisée. Le mouvement a été fragmenté, absorbé, dénigré. Et la peur de recommencer, de se retrouver seul face à un appareil d’État prêt à tout, a produit exactement ce qu’on observe aujourd’hui: une colère immense qui ne se traduit plus en action collective mais en centaines de milliers de commentaires sur les réseaux sociaux.
Le mal français profond : l’autruche et le tube digestif
Mais il y a une autre raison, plus profonde, plus inconfortable.
En 2023, j’avais écrit un livre pour la nommer directement : Lettre aux autruches et aux tubes digestifs que vous pouvez commander ici . Un titre volontairement provocateur pour une réalité qui l’est tout autant.
“Chères autruches, chers tubes digestifs, il y a toujours un moment crucial dans l’histoire d’une nation où il est temps de prendre conscience que sans réaction collective, le pire est à venir. Et il n’épargnera ni vous, ni vos enfants, ni votre famille et ni vos amis, qui constituent aujourd’hui votre seul horizon.”
Une partie de la France a choisi l’autarcie comme philosophie de vie. Se réduire à son enclos personnel. Regarder la situation se dégrader depuis son canapé. Se plaindre en commentaires mais ne rien faire. Pester sur les réseaux sociaux à 23h, puis aller travailler le lendemain sans rien dire.
“En vous exonérant de vos devoirs de citoyen les plus élémentaires, vous avez cru que votre autarcie sera un rempart suffisant à votre sécurité. Votre extravagance à troquer votre libre arbitre contre le consumérisme a été une erreur fatale. Mais vous ne le savez pas encore.”
Et la question qui conclut ce livre, et à laquelle nous voilà de nouveau confrontés de plein fouet :
“À partir de quel moment allez-vous estimer que votre situation est devenue si invivable et l’avenir de vos enfants si incertain pour contester un pouvoir à présent illégitime dans les urnes et dans les rues ? Déclassement économique et social, inflation délirante, hausse coupable des tarifs de l’énergie, prix des carburants et ces 60 % de taxe, pression fiscale insupportable... Allez-vous encore accepter de voir votre système social détruit à coups de 49.3 ? Ne soyez plus les complices oisifs de cette extorsion.” — Lettre aux autruches et aux tubes digestifs
Ce n’est pas un reproche. C’est un diagnostic. L’apathie n’est pas une faiblesse morale innée — elle a été fabriquée, entretenue, organisée par des décennies de médias serviles, de politique spectacle, d’infantilisation systématique d’un peuple qu’on a appris à se méfier de lui-même.
Ce qui vient — et ce qu’on ne peut plus éviter
L’Irlande nous montre quelque chose d’essentiel : quand le seuil d’intolérance est franchi, quand la facture dépasse ce qu’un corps humain peut absorber, le mouvement se crée. Pas par idéologie. Par survie.
En France, ce seuil n’a pas encore été franchi collectivement. Mais il approche. Et derrière le carburant, c’est le confinement énergétique complet qui se profile — non pas décrété par un gouvernement, mais imposé par la réalité d’un État ruiné qui ne peut plus rien amortir, dans un monde où une guerre à quatre mille kilomètres d’ici ferme le robinet de pétrole depuis 44 jours, sans issue visible.
J’écrivais en conclusion de La tempête qui vient :
“Ne sous-estimez jamais la férocité d’un peuple qui décidera un jour qu’il ne peut plus laisser cette oligarchie abâtardie détruire ce pays. Car ce peuple n’a ni raison, ni tort. Il décide. Alors oui, la tempête qui vient, se rapproche et sera violente. N’en doutez pas. Dès maintenant, soyez prêts.”
L’Irlande a décidé cette semaine. La France décidera. La question est seulement : quand, et dans quelles conditions.
Ce que vous pouvez faire aujourd’hui
Pas regarder passivement les vidéos de Dublin en vous demandant pourquoi ce n’est pas Paris.
Comprendre d’abord. Partager ensuite. Ces deux livres ont été écrits exactement pour ça — pour donner des mots à ce que vous ressentez confusément, pour expliquer à ceux qui ne comprennent pas encore pourquoi la France en est arrivée là, et pourquoi l’Irlande, elle, a bougé :
📕 La tempête qui vient Le livre qui analyse le pillage organisé, l’abdication démocratique, la convergence des crises — et qui décrit, écrit en 2024, exactement ce mois d’avril 2026. Parce que la trajectoire était lisible pour quiconque refusait de se laisser endormir. 12,90€ + port · Vente directe, sans Amazon, sans intermédiaire
📗 Lettre aux autruches et aux tubes digestifs Le livre qui pose la question que personne n’ose formuler : pourquoi une partie des Français laisse faire ? Pas pour accabler — pour comprendre le mécanisme de l’apathie et la façon d’en sortir. Écrit en 2023. Plus actuel que jamais. 9,90€ + port · Vente directe, sans Amazon, sans intermédiaire
Partagez ce post. Pas pour moi. Pour que les milliers de personnes qui commentent furieusement sous les vidéos de Dublin comprennent que la réponse n’est pas dans le commentaire. Elle est dans la compréhension de ce qui nous a amenés là — et dans la décision, personnelle et collective, de ne plus se taire.
Nicolas







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