Lettre du dimanche, 11 octobre 2026

Vendredi soir, j’ai découvert les salons du Sénat. Entre les ors de la République et les souvenirs de Napoléon, j’ai contemplé une France qui savait viser l’excellence. Mais une question ne m’a pas quittée : que reste-t-il de cette grandeur lorsque le peuple ne se sent plus représenté ?

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Chers amis,

Vendredi soir, j’ai eu le privilège d’être invitée à dîner au Sénat par la Ligue universelle du bien public.

Pour la première fois de ma vie, j’entrais dans les salons de cette institution. Non pas comme élue, personnalité politique ou spécialiste des institutions, mais simplement comme citoyenne française et marraine d’un évènement de la ligue. Et peut-être est-ce justement ce regard qui a rendu cette soirée si particulière.

Car il est difficile de pénétrer dans ces lieux sans éprouver quelque chose qui ressemble à de l’admiration. Les plafonds majestueux, les dorures, les peintures, les gravures, les proportions harmonieuses des salons, cette beauté qui n’a pas besoin de se justifier et qui semble vous rappeler, à chaque pas, que vous traversez bien davantage qu’un bâtiment administratif.

Vous traversez l’Histoire de France.

Le palais du Luxembourg fut construit à partir de 1615, à la demande de Marie de Médicis, sur les plans de l’architecte Salomon de Brosse. Résidence princière, puis prison pendant la Révolution, il accueillit le Sénat conservateur créé par la Constitution de l’an VIII, en 1799, sous le Consulat de Bonaparte.

Napoléon y a laissé une empreinte profonde. Le palais fut transformé pour accueillir la nouvelle institution, et ses salons portent encore la mémoire des régimes, des ambitions et des bouleversements qui ont façonné notre pays. Plus tard, sous Napoléon III, l’ancienne galerie du Trône, aujourd’hui salle des Conférences, viendra encore enrichir cet ensemble extraordinaire.

Ce qui frappe, au-delà du faste, c’est l’ambition qu’il révèle.

Il fut un temps où la France considérait que ses institutions devaient être à la hauteur de son histoire, que la beauté faisait partie de la représentation du pouvoir, et que les arts, l’architecture, les savoir-faire et la politique participaient, chacun à leur manière, d’une même idée de civilisation.

On pouvait vouloir laisser une trace. Construire pour plusieurs siècles et transmettre quelque chose à ceux qui viendraient après nous.

Et en regardant ces décors vendredi soir, je me suis surprise à éprouver deux sentiments contradictoires : une immense fierté et une profonde mélancolie.

La fierté de ce que la France a su produire, mais la mélancolie devant ce que nous semblons si souvent incapables de faire aujourd’hui.

Car si les murs ont conservé leur grandeur, qu’en est-il de l’esprit qui devrait les habiter ?

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