Hier, l’Élysée a filmé depuis la frégate Auvergne le tir d’un missile balistique parti d’un sous-marin nucléaire. Pendant ce temps, des lycéens se faisaient charger dans la rue : 475 interpellations dans la journée. Le pouvoir a choisi ses images, et il ne les a pas choisies au hasard.
Le missile et l’amiante
Le M51.3 est parti du sous-marin Le Vigilant, le M51.4 est déjà derrière, et l’Élysée a livré le tout en vidéo de propagande. Il reste de l’amiante dans des lycées, mais on a des missiles qui peuvent éviter le brouillage. La France compte 290 ogives, la Russie 4 300 : on mesure la portée du « message à Poutine » que France Info nous sert en chronique rassurante. Sous Macron, le budget de la dissuasion a doublé, à six milliards par an. Les trois milliards jetés dans McKinsey et la gestion du Covid en représentent la moitié, et c’est dire le sérieux de la maison. Le coût du tir n’est publié ni par le ministère des Armées ni par la DGA. D’après d’anciennes estimations de presse et des rapports parlementaires, il faut compter 100 à 120 millions d’euros pour tirer dans l’Atlantique Nord et alimenter le TikTok du président. Même jour, même pays : le Canard enchaîné révèle que les données de plusieurs ministres, Premier ministre compris, ont fuité par le piratage du site Le Slip Français. Posture martiale sur le pont, passoire dans les caleçons.
▶ 7:14 — Le tir du M51.3 : des milliards qui ne vont pas aux lycées
▶ 13:18 — Nucléaire, guerre hybride : France Info rassure
▶ 23:45 — Le budget de la dissuasion a doublé, McKinsey a coûté la moitié
▶ 1:19:59 — Le tir du missile M51 a coûté 100 millions d’euros
La rue matraquée, le dialogue en vitrine
Regardez la séquence dans l’ordre. D’abord les charges, les tirs tendus, le bouclier lumineux de la BRAV-M qui aveugle les journalistes, un manifestant inanimé au sol. Puis le ministre de l’Intérieur, interrogé chez Fogiel : 18 enquêtes de l’IGPN, un lycéen amputé d’une main à Lens, un garçon de 14 ans la mâchoire fracturée. Laurent Nuñez suspend les grenades assourdissantes pour le mouvement lycéen. C’est une victoire arrachée par la mobilisation, pas un cadeau du ministre, et sa réponse reste dérisoire : je demande sa démission. Reste à éteindre l’incendie avant la Toussaint. Le gouvernement invente un « temps lycéen », une demi-journée de dialogue confiée aux proviseurs, grand débat en version scolaire. Autant dire : on vient de t’amputer la main, mais la parole est aux lycéens. Yaël Braun-Pivet propose pour sa part une place dans la « Maison du Peuple » et un Conseil d’orientation des politiques de jeunesse. Les lycéens demandent « Macron démission », certains brandissent des drapeaux français, et on leur répond par un comité.
▶ 26:48 — Le « temps lycéen » : une arnaque pour fermer les lycées
▶ 30:46 — Le Macron Ball : la répression des lycéens en match
▶ 41:03 — Braun-Pivet répond à la colère des lycéens par un conseil
▶ 58:08 — 18 enquêtes de l’IGPN : Nuñez devrait démissionner
▶ 1:23:24 — Des drapeaux français dans la mobilisation lycéenne
Ces médias que les lycéens ont déjà jugés
Sur BFM, un reportage dans un lycée parisien laisse passer un « nique BFM » et le plateau s’offusque. Les présentateurs n’y ont vu qu’une grossièreté, quand le cri d’un lycéen disait la même chose que n’importe quelle enquête de défiance : médias d’oligarques d’un côté, médias de service public qui font de la propagande de l’autre. Ils ne sont pas cons, ces jeunes. LCI, elle, invite Gabriel Attal un jour de mobilisation lycéenne, et c’est une étudiante qui lui rappelle son bilan : PISA, violence envers les professeurs, postes supprimés. Le même système fabrique ensuite la peur qui convient. Ursula von der Leyen découvre la flambée du gaz et du diesel, que je rattache aux sanctions contre la Russie et à la prolongation de la guerre en Ukraine. Friedrich Merz parle d’une guerre russe contre l’Europe, récit qui rappelle les armes de destruction massive en Irak. On nous annonce une « démocratie de combat » : le débat sur la sortie de l’Union européenne, lui, sera au cœur de 2027, qu’on le veuille ou non.
▶ 49:26 — Une étudiante démonte le bilan d’Attal sur l’Éducation
▶ 1:04:39 — « Nique BFM » en direct : les lycéens ont tout compris
▶ 1:13:27 — Crise énergétique : von der Leyen, Bruxelles et le Frexit
Un pays qui trouve 100 millions pour une vidéo de missile et un comité pour ses lycéens a dit ce qu’il valorise. Les lycéens, eux, l’ont entendu.
Vidéo intégrale : La vidéo
Toutes les revues de presse : Toutes les revues de presse
Soutenir Le Monde Moderne : Devenir abonné payant
Le site : Le site
L’EDITO
Un pouvoir qui compte ses lycéens blessés a déjà choisi l’ordre contre l’avenir
This post has bonus content for paid subscribers. Upgrade to get full access.

.webp)



.webp)

