Le Guildhall Museum de Rochester, dans le Kent, a remis à son personnel un guide interne demandant aux agents de prendre leurs distances avec les opinions de Charles Dickens, jugées « particulièrement choquantes » selon les critères actuels. Le musée abrite l’exposition permanente « The Making of Mr Dickens », inaugurée par la reine Camilla en 2022.

Le document, émanant d’une institution gérée par le Medway Council, affirme que l’écrivain soutenait l’Empire britannique, qu’il y voyait le meilleur moyen de rendre le monde davantage semblable à une Angleterre blanche et bourgeoise, et qu’il établissait dans son œuvre un lien entre la race et la valeur morale. Le mémo recommande aux personnels d’admettre que le romancier portait des opinions susceptibles de « grandement offenser » aujourd’hui.

Aucune exposition n’est supprimée. Le dispositif relève de l’avertissement moral, pas du retrait. La presse britannique a relayé l’affaire avec ironie, plusieurs titres soulignant l’absurdité d’un musée consacré à Dickens employé à dénoncer Dickens. L’historien local Shane Waterman, qui guide des visites à Rochester depuis dix ans, juge la démarche déplacée et rappelle qu’un auteur mort en 1870 ne saurait être mesuré à l’aune des critères de 2026.

Le procédé épouse une logique installée dans plusieurs institutions culturelles anglophones, où la mise en garde idéologique précède désormais la rencontre avec l’œuvre. Dickens, critique virulent de la misère victorienne et défenseur des plus pauvres, se voit réduit à ses positions impériales par une lecture rétrospective qui ampute le reste.

Le guide reste en vigueur au sein de l’exposition permanente du Guildhall Museum, sous l’autorité du Medway Council.