Il filme depuis la cabine de son engin, quelque part dans le comté de Meath, au bord du lac de Whitewood. Derrière lui, des tuyaux de fumier, un ciel irlandais bas, la boue ordinaire d’une exploitation agricole. Christopher Duffy parle en direct sur Facebook — 28 000 vues, 219 commentaires — comme il a parlé pendant dix jours sur O’Connell Street, devant les caméras de l’Irish Times et de la BBC, au micro de RTE. Entrepreneur agricole de 45 ans, il est devenu malgré lui l’une des voix les plus reconnaissables de la révolte irlandaise du carburant. Une voix qui dit, dans cette vidéo tournée depuis son champ : nous n’avons jamais obtenu de réunion. Mais nous n’avons pas disparu.

Le mouvement qui a paralysé l’Irlande du 7 au 13 avril 2026 restera dans les annales. Des convois de tracteurs et de poids lourds ont bloqué l’autoroute M50 de Dublin, les deux côtés d’O’Connell Street, le port de Galway, les dépôts de carburant de Munster, et surtout la raffinerie de Whitegate en Cork — la seule du pays — coupant temporairement 50 % des capacités de raffinage irlandaises. À son pic, plus de 650 stations-service sur 700 étaient à sec dans tout le pays. Le ministère de l’Éducation a dû reporter des examens du Leaving Certificate. Des lignes de bus ont été supprimées, le tramway Luas suspendu entre Saint Stephen’s Green et Dominick. L’Irlande s’est arrêtée.

Qui est Christopher Duffy, l’une des voix populaires les plus puissantes de la révolte irlandaise ? Et il l’annonce : le combat ne fait que commencer.

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