L’Arcom a mis en demeure CNews le 12 juin 2026 pour défaut de pluralisme des courants de pensée et d’opinion. Le régulateur répondait à une saisine déposée le 15 janvier par Reporters sans frontières. Pour fonder sa décision, l’Autorité a visionné 168 heures de programmes diffusés en mars 2025, parmi lesquels L’Heure des Pros, La Grande Interview et Morandini Live. Parmi les griefs retenus figure la mise en cause répétée de l’action de l’exécutif, que l’institution range au rang des manquements au motif que CNews exprimerait, d’une séquence à l’autre, des positions « perçues comme insuffisamment fermes ou cohérentes » à l’égard du pouvoir.

Maxime Saada, président du directoire de Canal+, a répondu le 24 juin par une tribune dans Le Figaro, titrée « Après C8, bientôt CNews : la France, ce pays qui ferme des chaînes ». Le dirigeant y plante d’emblée le décor : « Je n’ai pas connu le temps où, depuis un bureau, l’État décidait de ce que les Français avaient le droit de regarder et d’entendre. Je croyais ce temps derrière nous. Je me trompais. » La suite déroule un constat de défiance envers le régulateur, accusé de quitter le terrain de la règle mesurable pour celui du jugement éditorial.

Le grief de la critique du pouvoir

Maxime Saada s’attarde sur le reproche que l’Arcom adresse à CNews concernant la critique de l’exécutif. « Ainsi, une autorité dite indépendante range la critique du pouvoir au rang des manquements », écrit-il, avant de pointer le caractère arbitraire de la jauge : l’Autorité sanctionne « la prédominance d’un même cadre d’interprétation de l’actualité », mais « qui fixe cette part ? L’Arcom sanctionne un trop-plein dont personne ne connaît la jauge qui peut varier au gré du niveau qu’elle fixe ». Le dirigeant relève que le décompte des temps de parole, lui, est respecté par la chaîne, reconnaissance figurant dans la décision elle-même. Le régulateur a donc ajouté un critère sans seuil ni référentiel, la notion de « déséquilibre manifeste et durable », dont l’Autorité tient seule la balance.

Le reproche s’étend au format même des émissions, ouvertes par un éditorial de l’animateur. « Le régulateur s’invite désormais dans la grille, dans le déroulé de l’émission, dans la fabrique intime d’une rédaction », écrit Maxime Saada. « Il ne contrôle plus le respect de règles objectives, il juge un contenu éditorial, ses choix rédactionnels, et finit par dicter ce qu’une rédaction doit penser, dire et montrer. » Le dirigeant en tire une qualification frontale : « Ceci n’est pas une décision de régulation. C’est une décision politique. Et elle poursuit un seul objectif : faire taire, puis faire disparaître, une chaîne que des millions de Français choisissent librement chaque jour. »

Maxime Saada cite le précédent qu’il connaît : C8, sortie de la TNT le 28 février 2025 après 7,6 millions d’euros d’amendes cumulées en huit ans. « Nous ne la connaissons (hélas) que trop bien pour avoir vécu la fermeture de C8 », écrit-il, décrivant la trajectoire qui mène de la mise en demeure aux sanctions financières, puis à la menace de fermeture. Et il dresse le constat qui vise directement l’État français : « De toutes les démocraties où notre groupe opère, je n’en connais aucune autre qui soit allée jusqu’à retirer sa fréquence à une chaîne. Aucune, sauf la France. »

Pascal Praud nomme le pouvoir

Pascal Praud a embrayé le 25 juin au matin sur l’antenne d’Europe 1 et de CNews. En début de semaine, l’animateur vedette avait déjà tranché : « Emmanuel Macron veut fermer ces news. » Dans son éditorial de jeudi, Pascal Praud relie l’affaire à un cas concret, la soirée du 21 juin, dont Sébastien Lecornu avait assuré qu’elle s’était relativement bien passée, là où la chaîne rapportait agressions, viols et saccages.

La caste politico-médiatique qui reproche à CNews de surreprésenter un courant d’opinion installe à la rentrée sa veille sur les quatre chaînes info de la TNT, BFMTV, CNews, LCI et franceinfo, avec la présidentielle de 2027 pour cible affichée. L’arbitre s’invite dans la grille des programmes au moment où s’ouvre la campagne, et arbitre lequel des courants mérite l’antenne. Le grief le plus lourd ne porte ni sur un temps de parole ni sur un décompte, mais sur la critique trop répétée d’un exécutif, ce qui revient à transformer la défiance envers le pouvoir en infraction réglementaire.

La Cour européenne des droits de l’homme a rejeté le 18 juin 2026, par cinq voix contre deux, un recours de CNews contre une précédente mise en demeure de l’Arcom, celle de 2022 liée aux propos du professeur Christian Perronne sur le Covid. Le régulateur a fixé lui-même l’horizon de son dispositif de surveillance du pluralisme : la campagne présidentielle de 2027.