🔴 EN DIRECT ce soir, samedi 17 octobre, à 18h (heure de Paris), avec Alexandre Del Valle
En 2006, Mikhaïl Gorbatchev écrivait que Tchernobyl avait peut-être fait tomber l'URSS plus sûrement que la perestroïka. Pas à cause de l'explosion, mais à cause de ce qu'elle avait révélé : l'écart entre ce que l'État disait et ce que les gens voyaient. Ce soir, on pose la même question à l'Arabie saoudite.
L'enquête de Reuters publiée le 15 octobre fait l'inventaire : depuis le 28 février, au moins 135 frappes de drones et de missiles contre au moins 84 sites d'infrastructures du Golfe, dans sept pays. Fujaïrah a été touchée au moins 19 fois, Ras Laffan en a pour trois à cinq ans de réparations, un drone a frappé à 130 mètres d'un réacteur de Barakah, et le Koweït, qui tire 90 % de son eau potable du dessalement, a vu au moins quatre de ses huit centrales frappées.
En face, au moins 34 communiqués officiels ont parlé de « débris d'interception ». Les 14 experts consultés par Reuters jugent cette explication hautement improbable, et dans cinq pays du Golfe, photographier certains dégâts est illégal.
Le front saoudien : la production est passée de plus de 10 à moins de 7 millions de barils par jour, l'oléoduc Est-Ouest a été coupé 11 jours, la raffinerie de Jazan est à l'arrêt. L'aéroport de Riyad a été visé 20 fois depuis le début du mois (13 morts le 10 octobre), le siège d'Aramco a été touché, et le palais al-Maashiq à Aden a été frappé le 15 octobre. Washington a refusé d'intervenir directement, et Riyad s'appuie désormais sur le pacte de La Mecque avec la Turquie et le Pakistan.
Alors, un régime peut-il tomber de l'intérieur quand il ne peut plus dire la vérité sur ses propres dégâts ? Avec Alexandre Del Valle, on regarde aussi ce qui tient : en 2019, après Abqaïq, Aramco avait détaillé publiquement les dégâts et retrouvé sa capacité en onze jours. Fujaïrah, frappée 19 fois, a battu deux records d'exportation. Et le Koweït a demandé à ses citoyens d'économiser l'eau « dans l'esprit de la responsabilité partagée ».
Un royaume ne tombe pas parce qu'on le frappe. Il tient tant qu'il ose regarder ses dégâts en face, et réparer avec son peuple.
Sources : Reuters, Iran International, The Guardian, Al Jazeera, BBC, Arab News, AP, Al-Monitor, Valeurs actuelles, Anadolu, UNA/SPA, Aramco, Project Syndicate.
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De Tchernobyl à Riyad : quand un État cache ses dégâts
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