Le retournement de situation est pour le moins spectaculaire. Depuis plus d’un an, le sort de Marine Le Pen semblait définitivement scellé. D’aucuns pensaient même qu’elle avait renoncé à toute ambition présidentielle, laissant à Jordan Bardella le soin de porter les couleurs du Rassemblement national pour l’élection présidentielle de 2027. Tout semblait écrit d’avance. C’était sans compter sur la Cour d’appel de Paris et sur l’opiniâtreté de l’intéressée, qui viennent de totalement rebattre les cartes.

Rappelons les faits. Reconnue coupable de détournements de fonds publics par le tribunal correctionnel de Paris le 31 mars 2025, Marine Le Pen s’était vu infliger une peine de 4 ans de prison (dont deux avec sursis), 100 000 euros d’amende et, surtout, 5 ans d’inéligibilité applicables immédiatement. Le 7 juillet 2026, la Cour d’appel confirme certes la culpabilité, mais, insistant sur l’absence d’enrichissement personnel de la prévenue, prononce des peines nettement plus clémentes : 3 ans d’emprisonnement (dont deux avec sursis), 100 000 euros d’amende et 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis.

Le résultat sur le plan politique est immédiat : ayant déjà purgé 15 mois fermes, Marine Le Pen redevient juridiquement éligible. Il ne reste, en réalité, qu’un seul caillou dans sa chaussure : cette peine d’un an de prison ferme. Bien qu’elle soit aménageable sous la forme d’un bracelet électronique à domicile, l’on voit mal comment mener une campagne présidentielle dans de telles conditions. Pour Marine Le Pen, la chose était exclue.

L’on aurait alors pu déduire que la Cour d’appel avait fait preuve d’une grande habileté politique : permettre juridiquement la candidature, tout en fixant des conditions matérielles que l’intéressée avait par avance refusées. Sauf que le soir même, au 20h de TF1, Marine Le Pen prend tout le monde de court et annonce se pourvoir en cassation.

C’est, littéralement, la panique dans les rédactions. Quelle est la véritable stratégie à l’œuvre ? Coup de génie tactique ou refus d’assumer ses responsabilités ? L’élection présidentielle va-t-elle pouvoir se tenir normalement ? Une chose est sûre : en poursuivant ce bras de fer, elle soulève une question fondamentale. En démocratie, la justice peut-elle avoir le pouvoir de se substituer au choix des électeurs ?

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