On a tout essayé pour éviter la crise… Sauf peut-être ce qui marche.

La crise des lycées n’est pas seulement une crise de moyens. Elle raconte quelque chose de beaucoup plus profond : ce qui arrive lorsqu’un pays cesse peu à peu de demander à son école de faire d’abord ce pour quoi elle existe

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Tout le monde voit qu’il se passe quelque chose de grave dans nos lycées. Dans l’école en général. manque de moyens et de profs, affaire du périscolaire chez les petits, niveau en baisse…

Ce mardi 6 octobre, près de 900 établissements étaient perturbés par la mobilisation. Le mouvement, commencé le 21 septembre, s’est étendu à tout le pays. Des lycéens réclament des professeurs, des remplaçants, des bâtiments décents, des classes moins surchargées et, au fond, la possibilité d’étudier normalement.

Sur une partie de ces revendications, je pense évidemment qu’ils ont raison; bien que d’autres revendications absurdes se mêlent à celles qui sont légitimes.

Quand des enfants travaillent en manteau parce que leur établissement est glacé l’hiver, ce n’est pas acceptable. Ce n’est d’ailleurs pas une caricature : en janvier dernier, à Noisy-le-Grand, des parents ont signalé des salles à 8 °C, la mairie reconnaissant pour sa part des températures de 13 à 14 °C. Quelques mois plus tard, à Paris, des écoles cherchaient refuge dans les musées parce que certaines classes approchaient les 45 °C !! Lors de la canicule de 2025, plus de 2 200 écoles avaient même dû fermer temporairement.

Quand un professeur est absent pendant des semaines et qu’aucun remplaçant n’arrive, ce n’est pas acceptable non plus.

L’Éducation nationale reconnaît elle-même que tous les besoins de remplacement ne peuvent pas être couverts dans tous les territoires. Pour combler les trous, les rectorats recrutent aussi des enseignants contractuels, sans concours, parfois pour quelques semaines ou quelques mois. Le diplôme demandé est généralement aujourd’hui un bac +3 dans l’enseignement général. Le problème n’est pas de jeter l’opprobre sur ces personnes, dont certaines font certainement un excellent travail. Le problème est qu’un système qui en est réduit à recruter dans l’urgence pour simplement mettre un adulte devant une classe révèle déjà sa propre fragilité.

Et pendant ce temps, le niveau continue de baisser…

Les derniers résultats PISA, publiés en septembre 2026 par le ministère lui-même, montrent de nouveau une diminution des performances des élèves français de 15 ans en compréhension de l’écrit et en mathématiques. La France reste dans la moyenne de l’OCDE, mais les résultats reculent continuellement et les inégalités sociales demeurent importantes.

Voilà le sujet.

On peut multiplier les commissions, les réformes, les acronymes, les plateformes numériques (beaucoup d’argent public dépensé) et les grandes déclarations ministérielles : une école dans laquelle on maîtrise moins bien la langue, le raisonnement et les mathématiques ne va pas mieux parce qu’on lui donne un nouveau programme transversal.

Et c’est précisément là que, selon moi, nous avons fait fausse route.

On a progressivement confondu exigence et violence

Pendant des années, on nous a expliqué qu’il fallait rendre l’école plus inclusive, moins verticale, moins autoritaire, moins contraignante.

Sur le papier, tous ces mots sont séduisants...

Mais à force de vouloir éviter la frustration, la sélection, la sanction, l’autorité et parfois même simplement l’effort, nous avons fini par oublier quelque chose de très simple : un enfant a besoin d’un cadre pour grandir. Simple, basique.

Un cadre n’est pas une humiliation, une règle n’est pas une violence et l’exigence n’est pas non plus de la maltraitance…Et l’autorité d’un professeur n’est pas une atteinte à la liberté d’un élève.

Il suffit pourtant d’observer un paradoxe français.

Des familles font parfois des pieds et des mains pour inscrire leurs enfants dans certains établissements privés, y compris payants. Pourquoi ?

Pas nécessairement parce qu’elles rejettent l’école publique ou qu’elles ont des valeurs sectaires. Beaucoup voudraient précisément pouvoir y trouver la même chose.

Elles cherchent un cadre, de la discipline, des enseignants présents, une attention portée au niveau scolaire, des règles claires, parfois une blouse ou un uniforme, une certaine manière de parler aux adultes, de se tenir en classe, de travailler.

Tous les établissements privés ne sont évidemment ni excellents ni transposables tels quels au public. Leur recrutement social joue aussi un rôle, mais refuser d’observer ce que les familles viennent y chercher serait absurde.

Un récent sondage Odoxa commandé par l’Ifrap est à cet égard révélateur : parmi les parents interrogés, le privé était notamment perçu comme supérieur au public en matière de discipline, de sécurité, d’encadrement du téléphone et de niveau scolaire. C’est la preuve d’une aspiration des familles qu’on aurait tort de mépriser.

Pourquoi ne pas commencer par écouter cette aspiration ?

Pourquoi ne pas remettre au cœur de l’école publique ce qui a fait sa grandeur : la connaissance, la transmission, l’effort, la discipline, la politesse, la lecture, l’écriture, les mathématiques, l’histoire, les sciences, la culture générale et l’apprentissage de l’esprit critique ?

Nous demandons toujours plus à l’école, sauf d’enseigner.

C’est peut-être l’un des grands travers de notre époque.

Nous avons transformé l’école en instrument chargé de régler progressivement tous les problèmes de la société, souvent créés par de mauvaises politiques.

Elle doit éduquer à la santé, au numérique, aux discriminations, aux comportements, à l’environnement, à la citoyenneté, à la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Depuis la rentrée 2025, un programme national EVAR à l’école primaire et EVARS au collège et au lycée encadre ces enseignements, avec au moins trois séances annuelles spécifiques.

Je sais très bien que trois séances annuelles ne remplacent pas à elles seules les heures de français ou de mathématiques et ce n’est pas mon propos.

Mon propos est celui des priorités.

Je trouve révélateur qu’au moment où l’institution peine parfois à garantir un professeur devant chaque classe, où les résultats en lecture et en mathématiques reculent, où certains bâtiments deviennent presque impraticables en hiver ou pendant les canicules, l’État continue d’étendre le périmètre de ce qu’il considère comme sa mission éducative jusque dans des domaines qui touchent à l’intimité, aux valeurs et aux responsabilités familiales.

À force de vouloir tout enseigner, l’école risque de ne plus suffisamment enseigner l’essentiel.

Et à force de vouloir fabriquer le citoyen parfait, elle oublie parfois de former d’abord un jeune capable de lire un texte difficile, de construire un raisonnement, de compter, de connaître son histoire et de penser contre l’opinion dominante, quelle qu’elle soit.

Même logique avec les téléphones

Je pense qu’un téléphone n’a rien à faire pendant un cours.

Un professeur doit pouvoir exiger qu’il soit rangé. Un établissement doit pouvoir poser des règles strictes. Et des adolescents ont évidemment besoin d’être protégés d’une consommation permanente d’écrans et de réseaux sociaux.

Mais là encore, regardons la méthode qui a été appliquée:

Depuis la rentrée 2026, la loi interdit désormais l’utilisation du téléphone non seulement dans les écoles et les collèges mais également dans les lycées, avec des exceptions déterminées par les établissements.

Et le Parlement avait voulu aller encore plus loin en interdisant l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Cette disposition a finalement été censurée le 14 août par le Conseil constitutionnel.

C’est ici que je place une limite.

Que l’école fixe les règles dans l’école : oui, je suis pour.

Que l’État se substitue progressivement aux parents pour décider de ce qu’un adolescent peut consulter dans sa vie privée : je suis beaucoup plus réservée.

Il existe des contrôles parentaux. Il existe une responsabilité éducative. Et il devrait aussi exister un principe simple : tout ce qui pose un problème dans la société n’appelle pas nécessairement une nouvelle interdiction nationale.

Sinon, de loi en loi, nous habituons nos enfants à une idée singulièrement dangereuse: la responsabilité individuelle et familiale finit toujours là où commence la responsabilité de l’État.

Et pendant ce temps, le périscolaire a révélé un scandale autrement plus grave

Il y a là une contradiction qui me heurte particulièrement.

L’institution veut intervenir toujours plus loin dans l’éducation affective et intime des enfants, mais elle n’a pas été capable, dans certains cas, de les protéger correctement lorsqu’ils étaient placés sous sa responsabilité.

À Paris, les affaires de violences sexuelles dans le périscolaire ont révélé des dysfonctionnements considérables. Au printemps 2026, la Ville avait suspendu des dizaines d’animateurs, dont plusieurs dizaines pour des soupçons de violences sexuelles. Surtout, certaines alertes étaient restées sans réponse et nombre de mesures qui auraient pu renforcer le système figuraient déjà dans un rapport d’inspection datant de 2015. Et le Parisien vient de sortir un papier sur une lanceuse d’alerte qui a été placardisée au lieu d’être écoutée…

Voilà ce qui devrait nous obséder.

Protéger réellement les enfants qui nous sont confiés, leur donner des adultes formés et responsables, des locaux dignes, des professeurs, des connaissances, des règles,et donc un avenir.

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La violence ne doit pas voler leur colère aux lycéens.

Évidemment, rien ne justifie de brûler un établissement, d’agresser un professeur ou un policier, de détruire un arrêt de bus ou de casser le commerce de quelqu’un qui n’a rien demandé. RIEN.

Et c’est précisément pour cela que la violence qui vient se greffer sur ces mouvements est si destructrice.

Ces derniers jours, des groupes violents se sont mêlés à certaines mobilisations. Les autorités affirment notamment avoir identifié des agitateurs se déplaçant d’un établissement à l’autre ; à Lyon encore ce mardi, des incidents se sont produits en marge d’un cortège qui, lui, s’était déroulé sans incident. Dans le même temps, la très grande majorité des lycéens interrogés disent rejeter les dégradations.

Il faut être capable de tenir les deux idées en même temps. Je sais, nous sommes dans la société du binaire…

Mais il faut condamner sans ambiguïté ceux qui cassent, ET refuser qu’ils servent de prétexte pour ne plus entendre ceux qui réclament simplement une école qui fonctionne.

Parce que ce serait trop facile. On nou sa fait le même coup à chaque crise sociale: Gilets Jaunes, etc…

Il suffirait alors d’attendre que quelques vitrines soient brisées pour ne plus parler des professeurs absents, des classes surchauffées, des bâtiments délabrés ou du niveau qui baisse.

La violence ferait disparaître le problème.

Elle ne le résout pas.

Ce qui éclate aujourd’hui était prévisible

Pendant trop longtemps, nous avons cru que la paix sociale consistait à diminuer les exigences, à contourner les difficultés, à ne surtout pas froisser, à remplacer l’autorité par des procédures et les règles simples par toujours plus de dispositifs.

Je crois exactement l’inverse.

La véritable justice sociale, c’est l’exigence.

Parce que l’enfant qui vient d’une famille cultivée trouvera toujours quelqu’un pour lui apprendre ce que l’école ne lui a pas appris; il aura des livres chez lui, on corrigera son français, on l’aidera en mathématiques, on lui expliquera l’histoire, on lui apprendra les codes.

Celui qui dépend entièrement de l’école, lui, n’aura rien de tout cela.

C’est donc lui que le nivellement par le bas frappe en premier.

Voilà pourquoi l’exigence scolaire n’est pas réactionnaire, elle est au contraire profondément sociale.

Et voilà pourquoi je refuse le faux choix qu’on nous propose aujourd’hui entre soutenir les lycéens ou défendre l’autorité.

Je veux les deux !

Je veux des lycéens entendus lorsqu’ils réclament des conditions de travail dignes.

Je veux des professeurs respectés, des casseurs sanctionnés, des établissements entretenus, des parents qui puissent exercer leur responsabilité, et je veux une école suffisamment sûre d’elle-même pour recommencer à dire à un enfant :

“Nous attendons beaucoup de toi. Parce que nous croyons que tu en es capable;

nous croyons en toi.”

C’est peut-être cela que nous avons oublié.

Et c’est peut-être par là qu’il faudrait recommencer.

Béatrice

Joie, vie, liberté… ensemble. 🌹

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