Cette semaine, j’ai eu une impression de déjà-vu, une impression qui devient presque familière, mais qui m’inquiète de plus en plus.
De nouvelles déclarations de personnalités médiatiques et politiques ont provoqué leur lot de déceptions. Des gens qui croyaient encore en une parole, en une conviction, en une certaine indépendance d’esprit, en un dernier espoir, se sont retrouvés à nouveau confrontés à ce qu’ils percevaient comme des revirements ou des accommodements.
Comme si, à mesure qu’une personnalité prenait de l’importance, elle finissait inéluctablement par considérer que la fidélité de ceux qui la soutiennent lui était acquise. Que son crédit moral était devenu suffisamment important pour résister à toutes les contradictions.
Il ne s’agit même plus de savoir qui a raison ou tort dans ces polémiques particulières. Ce qui m’interpelle, c’est cette mécanique répétitive : enthousiasme, confiance, déception, colère, puis recherche d’un nouveau visage auquel confier tous nos espoirs.
Pendant ce temps, dans la France réelle, les mouvements sociaux se multiplient. Ce samedi 17 octobre, les mobilisations autour du pouvoir d’achat et des conditions d’enseignement ont donné lieu à des manifestations dans plusieurs villes, mais aussi à des débordements, des violences et à des affrontements.
La colère est palpable, on le sent tous. Et lorsqu’elle ne trouve plus de débouché politique crédible, je crains qu’elle finisse par chercher d’autres moyens de se faire entendre.
Ce n’est évidemment pas une justification de la violence mais c’est précisément la raison pour laquelle il me paraît urgent de réfléchir aux moyens pacifiques de redonner une voix à ceux qui ont le sentiment de ne plus en avoir.
Car il y a une question que notre classe politico-médiatique semble avoir beaucoup de mal à regarder en face : que fait-on de ces millions de Français qui ne se reconnaissent plus dans aucun parti ?
On entend souvent que l’abstention est le premier parti de France. La formule n’est pas mathématiquement vraie à absolument toutes les élections, mais elle exprime quelque chose d’immense. Au premier tour des législatives de 2024, malgré une mobilisation particulièrement forte, plus de 16 millions de Français inscrits sur les listes électorales se sont abstenus.
Seize millions.
Au second tour de la présidentielle de 2022, on comptait 16,7 millions d'inscrits qui n'ont exprimé de vote pour aucun des deux candidats entre les votes blancs, l’abstention et les votes nuls. Presque autant que les 18,77 millions de voix obtenues par Emmanuel Macron. C’est immense.
Bien sûr, les raisons de l’abstention sont multiples, et tous les abstentionnistes ne rejettent pas le système. Mais parmi eux, combien ne supportent plus les renoncements présentés comme des compromis, les revirements, les alliances improbables, les stratégies élaborées en coulisses, les petites consignes, les mensonges, les promesses aussitôt oubliées ?
Et si nous passions à côté de l’essentiel depuis des années ?
À force de chercher de nouveaux visages pour résoudre la crise, nous oublions peut-être de nous demander pourquoi tant de Français ont cessé de croire à ceux qui prétendent les représenter.
Et surtout, si la solution n’était pas de changer une fois encore les acteurs, mais de repenser notre manière d’exercer la démocratie ?


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