Et s’il déclarait simplement victoire ? Cette hypothèse est aujourd’hui dans tous les esprits. Tandis qu’il évoque des contacts préliminaires avec Téhéran, des négociateurs iraniens qu’il décrit « suppliants », menaçant tout à la fois de frapper plus fort si l’accord tarde, ses alliés au Proche-Orient – Israël en tête, mais aussi les monarchies du Golfe – retiennent leur souffle, craignant une sortie trop précipitée, une paix bâclée qui laisserait le régime iranien affaibli mais encore capable de nuire.
Depuis ce lundi 23 mars, le président américain met en avant ces discussions indirectes, ces points d’accord supposés, même si Téhéran dément publiquement toute négociation sérieuse et rejette les plans américains comme une liste de vœux pieux, tandis que les frappes continuent et que le détroit d’Ormuz reste un point de tension économique mondiale.
Ce scénario n’a rien d’étonnant pour qui observe depuis longtemps la manière dont les États-Unis conduisent leurs engagements militaires à l’étranger : ils sont coutumiers du fait, experts dans l’art de frapper vite et fort, de proclamer la victoire avec une assurance presque théâtrale, puis de se retirer en laissant aux acteurs locaux le soin de gérer les lendemains incertains.
Pensez à la première guerre du Golfe en 1991, où George H.W. Bush avait repoussé Saddam Hussein du Koweït avec une coalition massive, déclaré mission accomplie après cent heures de combat terrestre, sans pousser jusqu’à Bagdad pour éviter l’enlisement, laissant pourtant le dictateur au pouvoir et les Kurdes et chiites à leur sort répressif.
Ou encore l’invasion de l’Irak en 2003, où les troupes américaines renversèrent le régime en quelques semaines, Bush fils atterrissant sur un porte-avions avec sa fameuse bannière « Mission Accomplished », avant que l’occupation ne tourne au cauchemar insurrectionnel et que les États-Unis ne finissent par se désengager des années plus tard sous Obama, sans avoir stabilisé durablement le pays.
Au Vietnam déjà, après des années de guerre, Nixon avait parlé de « paix avec l’honneur » avant le retrait final et la chute de Saïgon. En Afghanistan, Trump lui-même avait négocié un accord avec les Talibans pour un retrait ordonné, Biden l’avait achevé de manière chaotique, et l’on avait vu les images des hélicoptères évacuant l’ambassade tandis que les Talibans reprenaient Kaboul. Chaque fois, la même logique : frapper pour affaiblir ou éliminer une menace immédiate, projeter une image de force décisive, éviter les coûts infinis d’une occupation prolongée, et déclarer que l’Amérique a rempli son rôle sans se transformer en gendarme éternel du monde.
Dans le cas présent, Trump semble appliquer à la lettre ce manuel bien rodé : il martèle que l’Iran a été « oblitéré » militairement, qu’il n’a plus de marine ni d’aviation digne de ce nom, que les frappes ont atteint leurs objectifs essentiels, et qu’un accord – même imparfait – permettrait de tourner la page sans engager des troupes au sol dans une nouvelle aventure coûteuse.
Ses alliés israéliens et du Golfe, qui ont longtemps poussé pour une pression maximale sur Téhéran, redoutent pourtant que cette hâte ne sacrifie les gains stratégiques : un Iran qui conserve assez de capacités pour reconstituer ses réseaux, financer le Hezbollah ou les Houthis, et menacer à nouveau la navigation ou la stabilité régionale. Ils craignent que la « victoire déclarée » ne soit qu’un rideau tiré trop tôt sur un théâtre encore instable, où les rancœurs et les armes accumulées risquent de resurgir.
Pourtant, pour Washington, l’équation reste la même depuis des décennies : l’Amérique n’a pas vocation à rester indéfiniment, elle vient, elle agit, elle proclame le succès et elle part, confiante dans sa puissance qui lui permet de dicter le tempo, quitte à ce que les partenaires locaux digèrent ensuite les conséquences...


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