Entre le chiffre provisoire de 800 000 personnes annoncé au moment où j’écris ces lignes et les estimations qui avaient porté l’affluence possible jusqu’au million, Paris a vécu samedi quelque chose que nous n’avions plus l’habitude de voir : une marée humaine réunie non par la colère ou la peur, mais par la joie, la paix, la foi, et, peut-être surtout, le besoin d’espérer à nouveau.
Il y a des moments dont on comprend immédiatement qu’ils dépassent l’événement qui les a provoqués. On regarde les images et, derrière ce qu’elles montrent, on sent autre chose: une atmosphère, uen bascule. Quelque chose d’infiniment plus difficile à mesurer qu’une foule, et pourtant presque palpable. C’est ce que j’ai ressenti ce samedi 26 septembre en voyant Paris rempli pour la venue de Léon XIV. Le chiffre communiqué pour la messe parle d’environ 800 000 personnes, tandis que, dans les jours précédents, les organisateurs et plusieurs médias avaient prévu 600 000. C’est donc un immense succès. Le périmètre avait d’ailleurs dû être étendu au-delà des Champs-Élysées, vers l’Étoile et l’avenue de la Grande-Armée.
Le chiffre définitif viendra. Mais il suffit presque de regarder les images : la place de la Concorde, les Champs-Élysées, l’Arc de Triomphe, et partout des visages, des familles, des jeunes, des personnes âgées, des religieux, des enfants portés sur les épaules. Cette immense avenue que nous avons si souvent vue associée aux manifestations, aux tensions, aux vitrines protégées, aux dispositifs policiers ou aux cérémonies officielles semblait appartenir, pendant quelques heures, à quelque chose d’autre. Une foule gigantesque était là, mais elle n’était pas menaçante. Elle n’était pas venue casser, conspuer, demander la tête de quelqu’un ou exprimer sa colère. Elle était venue pour une messe. Pour entendre parler de paix, de vie, de dignité, de conscience, de foi et d’espérance. Les sourcils froncés et les cris ont laissé place aux sourires et aux chants de joie.
C’est précisément ce contraste qui m’a frappée, parce qu’il vient après presque dix années durant lesquelles j’ai personnellement ressenti la France comme progressivement recouverte d’une sorte de chape de plomb. Chacun jugera évidemment la présidence d’Emmanuel Macron comme il l’entend ; je parle ici de mon ressenti, de l’atmosphère dans laquelle j’ai eu le sentiment de voir notre pays s’installer. Une succession de crises, d’alertes, d’interdictions, de divisions, de mises en garde. Notre-Dame qui brûle sous nos yeux en 2019. Puis la pandémie, les confinements, les restrictions, la gouvernance par la peur permanente, tout était devenu un danger potentiel dont il fallait se tenir éloigné. Ensuite “la guerre revenue en l’Europe” et dans notre vocabulaire quotidien, le réarmement, les menaces, la perspective de conflits plus larges, l’euthanasie... Et cette phrase d’Emmanuel Macron en août 2022, devenue presque emblématique d’une époque : la “fin de l’abondance”.




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