Nous reproduisons ce communiqué de la CGT Radio France.
Marine Le Pen, montage et manipulation : le jour où Radio France a renié ses principes
Depuis l'interview de Marine Le Pen le mercredi 24 juin dans Les Matins de France Culture, et la diffusion d'une vidéo trompeuse de « LEON le média », un pure-player actif sur les réseaux sociaux, la colère des auditeur·ices, celle des équipes de France Culture et celle de la CGT Radio France ne faiblit pas. La réponse de la direction de Radio France semble bien éloignée de ses principes jusqu'ici exposés en matière de déontologie.
Ce jour-là, soit le producteur de la matinale Guillaume Erner savait qu'il s'agissait d'un montage fallacieux, et il a choisi délibérément de le diffuser contre l'avis explicite de son équipe et des journalistes, soit il n'a pas fait le travail minimum et élémentaire de vérification qui incombe à tout professionnel de l'information. Dans les deux cas, il s'agit d'une faute majeure qui entache la réputation de toutes les antennes de la radio de service public. Rappelons qu'en novembre 2023, la direction a mis en avant 8 grands « principes de l'information de Radio France », avec notamment le travail de vérification, la crédibilité des sources, la distinction entre opinions et faits, et l'indépendance pour « ne pas entamer la confiance du public », autant de principes incontournables bafoués par Guillaume Erner.
Comme l'a rappelé le SNJ-CGT Radio France, à la faute professionnelle, le producteur a ajouté la complaisance à l'égard du RN, parti d'extrême droite toujours pas purgé de ses racines antisémites, et participé à la diabolisation politico-médiatique de La France Insoumise. La CGT Radio France avait déjà dénoncé un précédent dangereux quand le même producteur avait osé un parallèle insoutenable entre les victimes de l'attentat de Charlie Hebdo et la mort de Charlie Kirk, l'influenceur américain d'extrême droite. La CGT Radio France s'inquiète d'une dérive éditoriale plus profonde. La veille de l'invitation de Marine Le Pen, lors d'un entretien avec l'historien et producteur sur France Culture Patrick Boucheron, ce dernier, malgré l'insistance de Guillaume Erner, a refusé d'instrumentaliser la mémoire et les écrits de Marc Bloch pour trancher un débat biaisé sur l'antisionisme. Depuis, Patrick Boucheron fait l'objet d'une campagne hostile et haineuse, alimentée par les réseaux sociaux.
Après tant de dérapages, l'avertissement adressé par la direction de Radio France à Guillaume Erner, ainsi que le retrait de son billet d'humeur, ne peuvent suffire. D'autres salariés de Radio France, bien connus des auditeur·ices, ont été directement licenciés ou privés de la reconduction de leur contrat suite à des cabales d'extrême droite. En vertu de ce dangereux précédent, suffira-t-il de s'excuser lors d'entretiens disciplinaires pour mériter et obtenir la clémence de la direction, ou celle-ci s'exerce-t-elle à géométrie variable ? La CGT Radio France soutient les personnels de France Culture dont l'éthique professionnelle est injustement remise en cause par la faute d'un seul homme. Elle interpelle la direction de Radio France sur son traitement partial de ces manquements graves, qui entame la confiance de tous·tes les salarié·ies de la radio publique et renie les principes déontologiques qui régissent nos antennes.
Nous ne voyons pas comment Guillaume Erner pourra encore présenter à la rentrée cette matinale dans des conditions satisfaisantes et sereines, à l'aube de campagnes pour les élections présidentielle et législatives qui seront traversées par des questions politiques cruciales, et qu'il sera impossible de ne pas évoquer. Le présentateur d'une matinale radio incarne la voix de son antenne. Guillaume Erner ne doit, ne peut plus être la voix de France Culture.
Paris, le 8 juillet 2026.

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