La mort d’Hayden Panettiere, à seulement 36 ans, m’a beaucoup touchée. D’abord évidemment parce qu’elle était terriblement jeune, parce qu’elle était mère, parce qu’elle avait ce visage que beaucoup d’entre nous avaient littéralement vu grandir à l’écran. Mais aussi parce que sa disparition m’a ramenée à une conviction que j’ai depuis très longtemps et que j’avais déjà exprimée lorsque j’étais chroniqueuse sur TPMP : le cinéma est un monde d’adultes. Hollywood plus encore. Et je pense que, dans la mesure du possible, les enfants devraient en être préservés jusqu’à la fin de l’adolescence

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Je veux être très prudente sur un point. À l’heure où j’écris ces lignes, les causes exactes de la mort d’Hayden ne sont pas encore établies. Il serait donc à la fois malhonnête et indécent de transformer sa disparition en démonstration, comme s’il existait une ligne droite entre son enfance dans le cinéma et sa mort. Ce n’est pas ce que je dis.

En revanche, sa vie, et surtout ce qu’elle en disait elle-même ces derniers mois, nous donnent peut-être l’occasion de réfléchir à quelque chose que notre fascination pour la réussite précoce nous fait parfois oublier : qu’est-ce que cela signifie réellement, pour un enfant, de grandir dans une industrie faite par et pour des adultes ?

Hayden Panettiere avait commencé le mannequinat à huit mois. À onze mois, elle apparaissait déjà dans une publicité. À quatre ans, elle jouait dans One Life to Live (dans lequel j’ai aussi joué). Puis il y eut Guiding Light, 1001 Pattes, Remember the Titans et, à 17 ans, Heroes, qui fit d’elle un visage connu dans le monde entier. Plus tard, Scream et surtout Nashville confirmeraient son talent et sa place à Hollywood.

Sur le papier, c’est l’une de ces success stories dont l’Amérique raffole : une enfant exceptionnellement douée, une carrière commencée presque au berceau, puis la célébrité internationale. Pourtant, lorsqu’elle revenait récemment sur son enfance à l’occasion de la publication de ses mémoires, Hayden employait une expression qui m’a frappée. Elle racontait avoir grandi entre deux univers : celui des enfants ordinaires et celui de l’industrie, qu’elle décrivait comme un « very adult world », un monde très adulte.

Toute la question est peut-être là.

Le problème n’est pas seulement le pire d’Hollywood

Quand on parle des enfants acteurs, on pense immédiatement aux histoires les plus sombres de Hollywood : les abus, les prédateurs, la drogue, les parents intéressés, les fortunes dilapidées. Ces histoires existent et certaines sont effroyables. Mais à mes yeux, elles risquent presque de masquer une question plus ordinaire et donc plus intéressante.

Car même lorsque tout se passe bien, un plateau de cinéma reste un lieu de travail.

Je suis actrice et j’aime profondément cet univers. Je sais la magie qu’il peut y avoir sur un plateau, l’excitation d’un rôle, l’incroyable sentiment collectif qui naît lorsqu’une équipe entière travaille à donner vie à une histoire. Je sais aussi ce que ce métier peut offrir de merveilleux.

Mais je sais également ce qu’il exige.

Un tournage, ce sont des horaires, des contrats, de l’argent, des délais, des enjeux financiers, des producteurs, des agents, des réalisateurs, des techniciens, des attachés de presse. Ce sont des dizaines, parfois des centaines d’adultes qui sont là pour accomplir un travail et obtenir un résultat. Même lorsqu’ils sont tous bienveillants, même lorsque l’enfant est entouré et protégé, il demeure au milieu d’une mécanique professionnelle qui, par définition, n’a pas été conçue pour l’enfance.

On lui demande de connaître son texte, d’être prêt quand la caméra tourne, de refaire une scène autant de fois que nécessaire, de retrouver une émotion à la demande. Parfois de pleurer. Parfois d’avoir peur. Parfois d’être confronté, par la fiction elle-même, à des situations émotionnelles qu’il n’aurait pas encore rencontrées dans sa vie.

Et surtout, très tôt, il découvre une réalité dont nous mesurons peut-être mal la violence : il apprend que sa personne peut être évaluée.

Il passe des castings. On le choisit ou on ne le choisit pas. Il est assez ceci, pas assez cela. Son visage convient ou ne convient pas. Il plaît au public ou moins qu’avant. Il peut devenir célèbre, être reconnu dans la rue, puis voir arriver un autre enfant plus jeune, plus nouveau, plus bankable. C’est très violent.

Les adultes ont déjà parfois beaucoup de mal à ne pas confondre leur valeur personnelle avec leur réussite professionnelle. Imagine-t-on vraiment ce que cette confusion peut produire lorsque l’identité elle-même est encore en construction ?

Ce que nous appelons « une chance »

Il y a une phrase que les parents d’enfants talentueux entendent souvent : « Ce serait dommage de lui faire rater une telle chance. »

Je comprends parfaitement cette peur. Quel parent voudrait être celui qui ferme la porte au rêve de son enfant ? Et si c’était le rôle de sa vie ? Et s’il avait réellement quelque chose d’exceptionnel ? Et si cette occasion ne se représentait jamais ?

Mais avec les années, je crois que j’en suis venue à retourner la question : et si la chance, à dix ou douze ans, était justement de ne pas encore avoir de carrière ?

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