Il existe aujourd’hui une étrange suspicion envers la Beauté.

Comme si elle était secondaire, superficielle ou même presque indécente dans un monde “sérieux”. D’ailleurs, et surtout pour une femme, dans un métier dit sérieux, c’est presque un facteur de décrédibilisation.

Et pourtant, pendant des millénaires, toutes les civilisations humaines ont considéré exactement l’inverse:

Les cathédrales, les temples grecs, les mosquées, les palais et autres merveilles de la Renaissance, les jardins japonais, les chants sacrés, les vitraux (d’actualité avec la polémique sur Notre-Dame et les vitraux contemporains d’ E.Macron), les statues, les fresques, les poèmes…

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Même les sociétés les plus pauvres ont trouvé du temps, de l’énergie et des ressources pour créer du Beau.

Pourquoi ?

Parce qu’intuitivement, l’humanité a toujours compris quelque chose que notre époque semble oublier :
la Beauté n’est pas un supplément d’âme; elle est une nourriture, qui n’est pas seulement spirituelle mais presque physiologique.

Le cerveau humain réagit physiquement à la Beauté

Depuis plusieurs années, les neurosciences observent quelque chose de fascinant :
la contemplation de formes harmonieuses active des zones cérébrales liées au plaisir, à l’apaisement, au sens et même à la motivation vitale.

Certaines proportions, certaines symétries, certaines harmonies semblent produire sur nous un effet presque universel.

Comme si notre cerveau reconnaissait instinctivement un ordre.

Cela explique peut-être pourquoi un paysage harmonieux apaise, pourquoi certaines architectures nous élèvent intérieurement, ou pourquoi certaines villes nous épuisent sans même que nous sachions exactement pourquoi.

Nous sous-estimons profondément l’impact psychologique des environnements visuels dans lesquels nous vivons.

Un être humain entouré de béton agressif, de bruit visuel, de lumière artificielle permanente et d’espaces sans âme ne ressort pas indemne psychologiquement.

Et inversement : la Beauté peut réparer silencieusement.

Il est même possible que la Beauté ne soit pas seulement une expérience culturelle ou émotionnelle… mais aussi structurelle, neurologique et peut-être même mathématique.

Depuis plusieurs années, un champ de recherche appelé la neuroesthétique tente de comprendre pourquoi certaines formes, proportions ou harmonies provoquent des réactions si profondes dans le cerveau humain.

Certaines études montrent que les environnements harmonieux influencent directement notre humeur, notre niveau de stress, notre cognition et même notre santé mentale.

Un peu comme si notre système nerveux reconnaissait instinctivement certains équilibres.

Ce n’est peut-être pas un hasard si les mathématiques apparaissent si souvent derrière les grandes œuvres artistiques, les architectures sacrées ou même certaines structures naturelles.

Depuis l’Antiquité, philosophes, artistes et scientifiques sont fascinés par le nombre d’or, cette proportion mystérieuse que l’on retrouve aussi bien dans certaines fleurs et spirales naturelles que dans des œuvres humaines majeures.

Bien sûr, le sujet reste débattu scientifiquement. Certains chercheurs contestent l’idée d’une “formule universelle” de la beauté. Mais même les débats eux-mêmes sont révélateurs : depuis des siècles, l’humanité cherche à comprendre pourquoi certaines proportions semblent produire une impression d’harmonie presque instinctive.

Ces débats sont même parfois instrumentalisés par la Politique…

Certaines hypothèses vont encore plus loin :
et si le cerveau humain traitait plus facilement certaines structures harmonieuses ?

Il y a des recherches sur le nombre d’or qui suggèrent précisément une forme de fluidité perceptive et de traitement visuel plus naturel face à certaines proportions, comme une harmonie silencieuse, presque subliminale,
qui agit sur notre état intérieur avant même d’être intellectualisée.

La Beauté court-circuite-t-elle notre conscient ?

C’est peut-être pour cela que certaines œuvres nous bouleversent sans que nous sachions réellement expliquer pourquoi.

La Beauté enrichit même ceux qui ne la possèdent pas

C’est peut-être l’un des aspects les plus fascinants du Beau:

On peut profiter d’une cathédrale sans la posséder, s’émerveiller d’un coucher de soleil sans l’acheter, admirer une rue harmonieuse sans être riche ou un jardin public sans être propriétaire du terrain.

La Beauté est l’une des rares richesses qui enrichit aussi ceux qui la contemplent.

Les anciennes civilisations l’avaient compris.

C’est aussi pour cela que les grandes œuvres étaient souvent publiques :
fontaines, places, églises, statues, opéras, jardins, façades, arches, vitraux etc…

Le Beau élevait collectivement l’âme d’un peuple. (c’était aussi du soft power, ne soyons pas naïfs, mais l’un n’empêche pas l’autre).

Aujourd’hui, beaucoup de villes modernes semblent avoir abandonné cette idée.
Comme si seule la fonctionnalité comptait désormais.

Il faut construire vite, rentabiliser (parfois se servir au passage) et optimiser.

Mais une civilisation qui cesse de vouloir embellir le monde finit souvent par produire une forme de fatigue intérieure, de dépression latente.

L’enfance : quand la Beauté imprime le cerveau

Chez Idriss Aberane, j’avais exprimé ma volonté d’élever mes enfants dans une belle ville, pour que leurs cerveaux s’imprègnent de cette Beauté.

Car ce sujet devient encore plus important lorsqu’on parle des enfants.

Le cerveau en formation absorbe tout : les formes, les couleurs, les sons, les rythmes,
les proportions, les visages, les ambiances.

Nous savons aujourd’hui que l’environnement sensoriel influence profondément le développement émotionnel et cognitif humain.

Que devient une génération élevée dans des environnements visuels de plus en plus artificiels, fragmentés, agressifs, numériques, instantanés, laids, sans silence ni contemplation ?

À l’inverse, que produit une enfance entourée de musique, d’art, de nature, de matières nobles, d’harmonie architecturale et de beauté vivante ?

La question est immense.
Et elle est profondément politique au sens noble du terme :
quel monde voulons-nous imprimer dans l’esprit humain ?

Le mystère du nombre d’or

Depuis l’Antiquité, scientifiques, artistes, architectes et philosophes sont fascinés par une proportion particulière :
le nombre d’or.

On le retrouve dans certaines structures naturelles comme les coquillages, les fleurs,
les galaxies, mais aussi dans l’architecture grecque, les œuvres de Léonard de Vinci,
ou certaines compositions musicales et artistiques.

Pourquoi certaines proportions nous semblent-elles instinctivement “justes” ?

Pourquoi certaines harmonies semblent-elles toucher quelque chose de profond en nous ?

Personne ne possède réellement la réponse complète.

Mais cette fascination universelle suggère peut-être une intuition ancienne :
la Beauté n’est peut-être pas totalement arbitraire, et certaines structures du réel porteraient peut-être en elles une forme d’ordre intelligible et intrinsèque.

La Beauté et le divin

Il est d’ailleurs frappant de constater que, dans presque toutes les civilisations, la Beauté a longtemps été liée, même fusionnée, au sacré.

Les plus grandes œuvres humaines ont souvent été créées “pour Dieu” (en plus de la gloire des mécènes, évidemment)":

Cathédrales, icônes, mosquées, temples, musique sacrée, peinture religieuse…

L’être humain ressentirait-il instinctivement que la Beauté relie à quelque chose de supérieur ?

Même ceux qui ne croient pas en une religion particulière ressentent souvent cela face à certaines œuvres ou certains paysages : une impression de dépassement, de transcendance, de présence à travers l’émerveillement.

La Beauté nous sort momentanément du trivial, elle suspend le bruit intérieur.

Elle rappelle qu’il existe peut-être autre chose que l’utilitaire, que la rentabilité,
la vitesse ou la consommation.

Elle est un aimant; on sent qu’elle fait du “bien”.

Une époque qui produit de la laideur

Le paradoxe de notre époque est peut-être là, illustré par ce jadis magnifique manoir du XIXᵉ siècle transformé en logements sociaux écologiques dans le Pas-de-Calais, et qui a suscité de vives réactions…

Nous n’avons jamais eu autant de moyens technologiques.
Nous débordons d’écrans, d’images et avons à disposition tant de capacités de création…et pourtant,beaucoup ressentent une forme de désert esthétique moderne.

Architecture froide, objets jetables, espaces interchangeables, pollution visuelle.
Et bien sûr: uniformisation mondiale.

La civilisation contemporaine produit énormément, mais embellit de moins en moins.

Et peut-être que cette laideur diffuse a un coût psychologique immense que nous ignorons.

L’être humain ne vit pas seulement de pain, de technologie ou de confort matériel.

Il vit aussi de sens, d’harmonie, de verticalité, de contemplation.

Autrement dit : de Beauté.

Béatrice.

Joie, vie, liberté… ensemble. 🌹

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