Hier, mercredi 1er avril 2026. Ce n’était pas un poisson.

Le SP95 a franchi pour la première fois de l’histoire les 2 euros en moyenne nationale. Le gazole s’affiche à 2,243 euros le litre, mesuré sur 9 600 stations — record absolu depuis que l’État suit les prix à la pompe, en 1985. Le précédent pic, mars 2022 après l’invasion de l’Ukraine, plafonnait à 2,14 euros. Il est pulvérisé. Dans certaines stations d’autoroute, l’afficheur tourne déjà à 2,50 euros. Depuis les premières frappes israélo-américaines contre l’Iran le 28 février, le gazole a bondi de 52 centimes en un mois — plus 30 % en quatre semaines. Le baril de Brent, qui s’échangeait à 70 dollars fin février, a franchi les 115 dollars. La fermeture partielle du détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, a suffi à déclencher le choc.

Les stations TotalEnergies, prises d’assaut depuis que l’enseigne a plafonné ses tarifs à 1,99 euro, tombent à sec en quelques heures. Des conducteurs en réserve qui repartent les mains vides. Des infirmières à domicile coincées. Des artisans qui calculent s’ils peuvent encore honorer leurs chantiers. Des transporteurs qui bloquent le périphérique parisien. La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon tente de rassurer comme elle le peut. Le ministre des Transports Tabarot avait prévenu lundi sur Europe 1 : “Le carnet de chèques ne peut plus être utilisé pour l’ensemble de nos concitoyens.”

Voilà la situation. Et ce que le ministre appelle “le contexte géopolitique exceptionnel” n’est en réalité que le révélateur d’une ruine bien plus ancienne, bien plus profonde, que j’avais décrite en 2024 dans La tempête qui vien (achetez-le ici) :

“Je suis frappé par l’ébullition qui saisit ce pays, chauffé à blanc par le désarroi, l’exaspération et la colère. Vous êtes de plus en plus nombreux à la faveur des crises et de la destruction programmée à vouloir vous mobiliser pour éviter l’effondrement de notre nation et mettre un terme à la folie d’une France vendue à la découpe, et dont les finances publiques sont scrupuleusement saccagées.”


I. La mécanique du racket

Avant de parler de guerre, de pétrole, d’Ormuz — il faut parler de la structure de ce que vous payez réellement à la pompe. Sur ces 2 euros le litre, 60,8 centimes sont prélevés en TICPE — Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques. À cela s’ajoute une TVA à 20 % calculée sur le total taxe incluse. Une taxe sur la taxe, légale, structurelle, permanente depuis 1995. Et si vous pensez que le gouvernement pourrait simplement baisser la TVA : la directive européenne 2006/112/CE l’interdit expressément. La France ne peut pas descendre de 20 % à 5,5 %. L’Union européenne le lui interdit. Cette architecture fiscale produit une asymétrie que les automobilistes ressentent chaque jour sans toujours pouvoir la nommer : quand le baril baisse, la répercussion à la pompe est partielle — le plancher fiscal absorbe une part de la baisse. Quand le baril monte, la hausse, elle, se répercute presque intégralement.

J’avais dénoncé cette mécanique avec précision dans La tempête qui vient en décrivant comment le système est verrouillé par des institutions que personne n’a élues :

“Cette oligarchie n’aspire qu’à une chose : avoir la liberté totale d’utiliser et dilapider la richesse nationale à son seul profit et à celui des puissantes forces qui l’ont mise en place. Elle passe mécaniquement par la dérégulation de l’économie, par une dévaluation économique intérieure criminelle, par des cooptations et des nominations à des postes prestigieux...”

Et aussi, sur l’impuissance organisée du Parlement face à ce système :

“Force est de constater que ce rouleau compresseur qui écrase la France est total, sans opposition, sans lever de boucliers et sans aucun blocage institutionnel. En tout état de cause, la grande majorité des députés se sont couchés lamentablement face aux outrages de la macronie pendant les Gilets Jaunes, la réforme des retraites, la crise sanitaire ou encore l’inconséquente guerre en Ukraine, qui a coûté aux Français près de 64 milliards d’euros en coûts induits.”

Le gouvernement ne baissera donc pas la TICPE. Il en a besoin pour financer un déficit qui court à 5 % du PIB, sur une dette qui dépasse 117 % du PIB. Il a annoncé en urgence 70 millions d’euros pour le chômage partiel des entreprises “en difficulté” pour le seul mois d’avril. Soixante-dix millions pour absorber un choc national. Pendant ce temps, les intérêts de la dette publique française sont devenus le premier poste de dépenses de l’État — devant l’Éducation nationale.


II. Ceux qui souffrent, aujourd’hui

Derrière la pompe, ce qui se fracture, c’est le tissu humain de la France réelle. La Banque de France recensait 68 961 défaillances d’entreprises sur douze mois glissants à fin janvier 2026 — record absolu, supérieur de 16 % à la moyenne d’avant la crise sanitaire. Selon les projections du groupe BPCE, le chiffre pourrait atteindre 69 000 procédures en 2026. L’économie française a détruit 60 000 postes salariés privés en 2025. L’INSEE anticipe 22 000 destructions supplémentaires d’ici juin 2026. Le chômage a atteint 7,9 % au quatrième trimestre 2025 — son niveau le plus haut depuis cinq ans — et devrait frôler 8,2 % à mi-2026 selon l’OFCE. Chez les 15-24 ans, il a bondi de 2,8 points en un an. Les augmentations salariales pour 2026 s’établissent en moyenne à 1,73 % sur 800 accords de branche — troisième année consécutive de recul. Ceux qui espéraient rattraper les pertes de pouvoir d’achat de 2021-2023 peuvent faire le deuil de cette idée.

Ces chiffres ne sont pas abstraits. Ce sont des visages, des métiers, des vies. Je les ai décrits dans Nous, les Sans Dents (commandez-le ici) :

“Ce que je décris ici n’est pas un mouvement d’humeur. C’est une chronique de la colère. Une colère lente, sourde, accumulée depuis des décennies de trahisons, de promesses non tenues, de condescendance de caste. Car ceux qui souffrent, aujourd’hui, ce ne sont pas les agitateurs de plateaux télé. Ce ne sont pas les spin doctors, les influenceurs politiques ou les chroniqueurs de salon qui vont de média en média à bord de taxis G7. Ce sont les artisans à bout de souffle. Les profs abandonnés dans un système vermoulu et destructeur. Les mères célibataires isolées. Les soignants démoralisés. Les petits patrons écrasés par l’URSSAF. Des retraités déclassés. De nombreux jeunes qui, diplômés ou non, savent déjà que leur avenir est promis à un enfer social, sans perspective. Des salariés aux rémunérations qui ne les protègent plus de l’effondrement économique, fragilisés par une protection sociale déchiquetée par la mondialisation.”

Ajoutez à cette liste les conducteurs qui font le plein à 2 euros ce week-end, calculent ce qu’il reste pour les courses, et referment leur portefeuille. C’est la même France. La France qu’on ne filme pas, qu’on ne cite pas, que personne ne représente.


III. La ruine est ancienne. Ils le savent.

Ce qui se passe en ce moment n’est pas un accident. C’est une trajectoire. La France se prépare depuis l’automne 2024 à une austérité sans précédent — j’écrivais dans La tempête qui vient :

“À la mi-octobre 2024, alors que la France est placée sous la coupe de Bruxelles avec l’arrivée de Michel Barnier et d’un gouvernement le plus illégitime de la 5e République, le pays se prépare à une austérité sans précédent pour les Français, rappelant l’opération de la Troïka sur la Grèce en 2010. Pourtant, on apprend que les budgets de l’Élysée, du Sénat et de l’Assemblée nationale devraient considérablement augmenter. 3 millions d’euros de plus pour le bunker doré d’Emmanuel Macron. Le Sénat et l’Assemblée pensaient pouvoir compter sur une augmentation de 13 millions d’euros alors même que les sénateurs et les députés s’étaient discrètement augmentés de 700 euros et de 300 euros sur leurs frais de mandat pour ‘faire face à l’inflation’.”

Le budget 2026 a été adopté au 49.3 — troisième fois consécutive que la représentation nationale est court-circuitée pour passer une loi de finances. Déficit à 5 % du PIB. Dette à 118,6 % du PIB. Dépenses publiques à 56,6 % du PIB, prélèvements obligatoires à 43,9 %. L’écart est financé par l’emprunt. L’emprunt sera remboursé, un jour, par ceux qui font le plein aujourd’hui — et par leurs enfants.

“Des millions de Français sont en train de prendre conscience de l’ampleur de la trahison. Ils découvrent avec stupeur la profondeur abyssale de l’extorsion de fonds dans nos finances publiques que nous abondons à la sueur de notre front depuis tant d’années. Le seuil d’alerte est à présent dépassé alors que la caste politique continue de distribuer nos biffetons depuis les guichets d’une République maquerelle à une oligarchie qui festoie, qui s’engraisse et qui méprise son peuple.”La tempête qui vient

Ce passage a deux ans. Il décrit ce matin avec une précision chirurgicale.


IV. Ce que ça coûte à ceux qui naissent maintenant

Mon fils a 4 mois. Il est né le 29 novembre 2025 dans ce pays-là, à cette époque-là. Chaque Français nouveau-né porte sur ses épaules, dès son premier souffle, une dette publique de 49 000 euros. Il n’a rien signé. Il n’a rien voté. On lui a juste transmis la facture.

Quand j’ai commencé à écrire Tu es né dans la tempête — Lettre à mon fils (commandez-le ici), je cherchais les mots pour dire à mon enfant ce que valait le monde qu’on lui laissait — sans lui voler l’espoir pour autant :

“Tu tomberas dans mes bras un matin où les journaux parleront de dettes, de guerres, de fractures, de pauvreté et de misère. Ils parleront et palabreront, comme toujours. Ils diront que le monde s’effondre. Le monde s’effondre tous les jours pour ceux qui regardent béatement la télé et qui ont décidé de faire allégeance à cette oligarchie, malgré eux. Et pourtant, le monde se reconstruit tous les jours pour ceux qui se lèvent, qui se posent des questions et qui combattent. Mais ceux-là sont taxés de complotistes, de factieux et de séditieux.”

Ce matin-là est arrivé plus vite que prévu.

Et j’y avais aussi écrit ceci, en pensant à tout ce que j’avais traversé depuis des années à couvrir ce pays qui se délite :

“J’ai vu des soignants épuisés, des professeurs désorientés, des entrepreneurs asphyxiés, des gens terrorisés et isolés, des enfants et des ados qui ont basculé dans la mélancolie et la dépression. J’ai vu des familles se rompre à Noël parce que les uns avaient peur des autres en les accusant d’être des dangers pour la société. J’ai vu la solitude se propager dans le pays.”Tu es né dans la tempête

Aujourd’hui ces mêmes familles font le plein à plus de 2 euros, regardent le compteur tourner, et calculent mentalement si elles peuvent encore se permettre de rendre visite aux leurs.

Ce livre n’est pas un livre politique. C’est une promesse faite à un enfant, à mon enfant :

“Je ne te promets pas le confort. Je te promets mieux : la hauteur. Tenir droit quand le vent souffle, rétablir la vérité quand les mots sont truqués, tendre la main quand c’est plus facile de la garder dans la poche. Tu n’as pas été conçu pour consommer ta vie, mais pour la vivre comme une expérience extraordinaire. On te dira que l’engagement est une folie, que les gens raisonnables ferment leur gueule et s’occupent de leurs affaires. Ne les écoute pas.”Tu es né dans la tempête


V. La réponse de l’exécutif — et ce qu’elle dit réellement

La réponse du gouvernement à ce choc tient en un seul mot : nier. Ce matin même, sur X, Maud Bregeon a publié un fil en sept tweets pour répondre à Marine Le Pen qui alertait sur les pénuries. La porte-parole du gouvernement a affirmé doctement que “nos approvisionnements nationaux se font avant tout via l’Atlantique — États-Unis, Afrique, Brésil — pas par le détroit d’Ormuz”, ajoutant qu’“il n’y a pas de pénurie de carburant en France”. Elle a conclu sur la nécessité de “réduire notre dépendance en s’appuyant sur nos points forts : la production en France d’électricité décarbonée.” Autrement dit : ne changeons rien, faites confiance à l’État.

Problème : au même moment, BFM diffusait ce matin la déclaration de Dominique Schelcher, patron de Coopérative U — l’une des plus grandes enseignes de distribution française — qui avertissait de “problèmes de disponibilité du carburant d’ici deux semaines” si le conflit perdure, exprimant son inquiétude “très sérieuse” pour les stations-service. Deux semaines. Pas dans six mois. Dans deux semaines.

D’un côté une porte-parole gouvernementale qui dit : pas de pénurie, dormez tranquilles. De l’autre, le patron d’un réseau de grande distribution qui alerte en direct : dans quinze jours, ce pourrait être la rupture. C’est le même pays, le même jeudi matin, la même réalité physique des cuves qui se vident. Et le gouvernement choisit de nier plutôt que d’agir — parce qu’agir coûte de l’argent qu’il n’a plus, et que reconnaître la réalité coûte de la crédibilité qu’il n’a plus non plus.

C’est exactement ce que je décrivais dans La tempête qui vient :

“Lorsqu’un Président de la République, flanqué d’un gouvernement illégitime, avorton d’une dissolution qui n’a servi qu’à masquer la ruine, se met en tête qu’une partie de son peuple s’oppose à ses intérêts, il est clair que les Français doivent comprendre qu’ils sont les sujets opprimés d’une Junte politique.”

Ce n’est pas la guerre en Iran qui a fermé le carnet de chèques. C’est trente ans de pillage des finances publiques. Et l’opposition parlementaire n’est pas en reste. J’avais décrit dans La tempête qui vient comment le Parlement a abdiqué son rôle de contre-pouvoir :

“Une grande majorité de députés, qui ont reçu le mandat du peuple, ont délibérément renoncé depuis 7 ans à s’opposer réellement à l’autoritarisme décomplexé d’Emmanuel Macron et à sa garde prétorienne, ainsi qu’à l’Union européenne totalitaire. Car, dans les arcanes de cette démocratie à l’encéphalogramme plat, le grand banquet républicain financé par nos impôts est ouvert matin midi et soir 7 jours sur 7.”

Et la conclusion de ce livre résume ce à quoi nous faisons face :

“Alors oui, la tempête qui vient, se rapproche et sera violente. N’en doutez pas. Dès maintenant, soyez prêts. Car ce sera l’Oligarchie ou les Français.”La tempête qui vient


VI. La promesse qu’on peut encore tenir

Ce post n’est pas une liste de doléances. C’est un constat. La France de 2026 est la France exactement telle que je l’avais décrite — pas par prescience, mais parce que la trajectoire était lisible pour quiconque refusait de se laisser endormir par les éditorialistes de cour.

Lire. Comprendre. Transmettre. C’est ce que j’écrivais dans Tu es né dans la tempête en pensant à mon fils, mais aussi à tous ceux qui cherchent à tenir debout dans cette tempête :

“De ton grand-père : assieds-toi avant d’asséner. Lis. Annote. Cherche la page que l’on te cache. Lis des livres que ce monde dissimule à ta vue. Décide ensuite, et assume.”

Et la promesse finale du livre, que je relis aujourd’hui avec une acuité particulière :

“Alors même que tu es né dans la tempête, deviens un homme et ne baisse jamais la tête.”Tu es né dans la tempête

C’est valable pour lui. C’est valable pour nous — ce jeudi matin, pendant que le compteur à la pompe tourne.


Ces deux livres ont été écrits pour nommer ce que nous traversons — et pour tenir debout malgré tout :

📕 La tempête qui vient — L’analyse du pillage organisé, de l’abdication démocratique et de la convergence des crises. 6,99€

📗 Tu es né dans la tempête — Lettre à mon fils — Ce qu’on dit à un enfant qui naît dans ce monde-là. Comment tenir. Comment transmettre. 6,99€

Vente directe, sans intermédiaire — nicolasvidal.substack.com