Ce dimanche matin, il y a quelque chose de particulier dans l’air. Le printemps est arrivé jeudi — officiellement, astronomiquement, irrévocablement. Les jours s’allongent. Quelque part dans un village de France, le café du commerce ouvre ses volets, la machine à expresso crache son premier jet, et les habitués arrivent un par un, les mains dans les poches, le journal sous le bras ou le téléphone à la main. On s’installe. On refait le monde. On dit ce qu’on pense, sans filtre, sans langue de bois — comme on le fait ici, ensemble, chaque semaine. Et ce matin c’est un dimanche un peu spécial : jour d’élections municipales. Dès que j’aurai fini d’écrire ces lignes, j’irai retrouver les miens au café du village. Je rattraperai quelques lectures en retard devant un expresso. Puis on parlera de tout et de rien — surtout de tout. Et puis viendra le petit verre de blanc de midi, celui où les discussions s’animent vraiment, où on s’embrasse, où on se tape dans le dos, où on demande des nouvelles des enfants et des anciens. On se charrie, on se taquine, on ne sera pas toujours d’accord — mais on s’aime. C’est ça, la France qu’on défend ici. Pas celle des sommets européens, pas celle de Macron, pas celle de Von der Leyen, pas celle de Lecornu. Celle-là.

Je pense à vous ce matin. À vous, 10 000 abonnés, qui avez choisi de ne pas subir l’information mais de la comprendre. C’est un acte de résistance. Plein et entier. Dans un paysage médiatique verrouillé, formaté, financé par ceux qu’il est censé surveiller, choisir une information indépendante, c’est choisir son camp. Le vôtre.

Et un merci du cœur tout particulier à ceux d’entre vous qui ont choisi l’abonnement payant. Sans vous, rien de ce travail ne tiendrait. Pas les enquêtes, pas les lives du jeudi, pas les articles que personne d’autre ne publie. Vous êtes le carburant de ce Substack — et contrairement à celui des stations-service, vous, vous n’augmentez pas.

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Cette semaine a été particulièrement dense. Pendant que les médias mainstream vous abreuvaient de leur bouillie habituelle, j’ai publié en exclusivité pour mes abonnés payants une série complète sur ce qui se passe vraiment au Moyen-Orient — et ce que ça va coûter à chacun d’entre vous, concrètement et collectivement dans notre vie quotidienne. Quatre articles que je vous invite à lire ou relire :

🔴 Guerre Iran-Israël, jour 19 : la chronologie explosive d’une escalade que Trump prétend ne pas avoir commandée — Volet 1. De South Pars à Ras Laffan, comment une frappe coordonnée en secret a mis le feu au Golfe et aux marchés mondiaux.

🔴 Ras Laffan en ruines, gaz +32%, pétrole à 116$ : comment l’Iran détruit méthodiquement l’infrastructure énergétique mondiale — Volet 2. South Pars, Ras Laffan, Yanbu, Koweït, Riyad — le Golfe brûle. Et derrière les flammes, une pénurie structurelle dont personne ne mesure encore la durée.

🔴 Guerre en Iran : ce que la France et l’Europe vont vraiment payer — et que Macron ne vous dira jamais — Volet 3. Factures de gaz, prix à la pompe, hélium, engrais, désindustrialisation — l’addition arrive. Elle sera plus que salée. Et c’est vous qui allez la régler.

🔴 Guerre en Iran, détroit d’Ormuz bloqué, prix de l’énergie en orbite : la France marche vers le confinement énergétique et (presque) personne n’en parle… — Un choc pire que le Covid à venir ? Réponse officielle : circulez, il n’y a aucun risque !

Ces quatre articles sont réservés à mes abonnés payants. Si vous n’en êtes pas encore, c’est le moment. Le monde change à une vitesse que les grands médias ne veulent pas vous montrer. Moi, si.

Aujourd’hui, dans ce premier dimanche de printemps, je vais vous parler d’argent. Du vôtre. De ce qu’il reste — ou plutôt de ce qu’il ne reste plus.

Le SP98 a franchi les 2 euros le litre cette semaine. Le diesel suit. Et pendant que vous faites vos calculs au distributeur, le ministre de l’Économie vous conseille d’utiliser une application de comparaison de prix. Une appli. Voilà le niveau de la réponse gouvernementale face à une crise énergétique qui étrangle des millions de foyers.

Ce n’est pas une crise conjoncturelle. Ce n’est pas la faute du seul détroit d’Ormuz. C’est l’aboutissement logique de décennies de fiscalité prédatrice et d’un État obèse qui vit sur le dos de ceux qui travaillent, roulent, chauffent, mangent. La France de 2026 marche vers l’auto-confinement économique — pas par choix, mais par nécessité.


La pompe à fric, acte II

Revenons aux chiffres, parce que les chiffres, ça ne ment pas — contrairement aux communicants de l’Élysée. En l’espace de quelques semaines, le prix moyen du gazole a bondi de près de 30 centimes, sous l’effet d’une hausse du baril de plus de 13 %. Pour un ménage qui roule 20 000 kilomètres par an avec une voiture de taille moyenne, on parle de plusieurs centaines d’euros supplémentaires sur l’année — une somme que beaucoup de familles françaises n’ont tout simplement pas.

Et ce n’est pas tout. Depuis le 1er janvier 2026, la contribution aux certificats d’économie d’énergie incluse dans le prix du carburant est passée de 11 centimes à 16-17 centimes par litre. Cinq à six centimes de plus, silencieusement, pendant que personne ne regardait. Un cadeau fiscal supplémentaire prélevé sans vous demander votre avis — ni même prendre la peine de vous en informer.

Résultat : pour les foyers les plus dépendants de leur véhicule, la facture annuelle de carburant est estimée à 1 800 euros. Pas pour des vacances à Miami. Juste pour aller au boulot. Juste pour déposer les gosses à l’école. Juste pour exister dans un pays où les transports en commun s’arrêtent souvent au périphérique de la grande ville la plus proche.


Les sans-dents au volant

J’ai mis un nom sur ce phénomène dans mon livre Nous les Sans-dents : cette France périphérique, cette France des ronds-points et des zones pavillonnaires, qui ne compte pas dans les statistiques du CAC 40 mais qui représente la majorité silencieuse du pays. Ce sont ces gens-là qui souffrent en premier quand le litre franchit les 2 euros. Pas les cadres parisiens qui prennent le Vélib’. Pas les bobos qui ont les moyens de se payer une Tesla. Non. Les aides-soignantes qui font 40 kilomètres pour leur poste de nuit. Les artisans qui chargent leur camionnette chaque matin. Les ouvriers des zones industrielles reléguées en périphérie. Eux.

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Plus de la moitié des Français — 56 % — estiment que leur pouvoir d’achat a baissé ces derniers mois. Plus de 3 Français sur 4 déclarent se serrer la ceinture. Ces chiffres viennent d’un sondage Elabe pour BFMTV — pas exactement réputé pour son radicalisme. Quand même BFMTV ne peut plus maquiller la réalité, c’est que la situation est sérieuse.

72 % des Français ont renoncé à au moins une dépense fondamentale : sorties, vacances, alimentation, chauffage ou santé. 28 % ont renoncé à chauffer convenablement leur logement. 16 % ont renoncé à prendre soin de leur santé. Dans un pays membre du G7, septième puissance économique mondiale, des gens choisissent entre le médecin et le plein d’essence. Laissez ça reposer un instant.


La grande illusion des prix qui baissent

On nous vend depuis quelques semaines la bonne nouvelle : l’inflation recule. Mais la réalité, elle est là : les prix en magasin restent très élevés, maintenant une pression forte sur le pouvoir d’achat de près de 80 % des Français. Les dépenses alimentaires des ménages français atteignent 137,5 milliards d’euros — le niveau le plus élevé des dernières années, supérieur de 22 % par rapport à 2019. 22 % de plus qu’avant le grand pillage inflationniste. Les prix ont monté comme une marée — et ils ne redescendent jamais vraiment.

Les prix alimentaires avaient fortement augmenté entre 2022 et 2024, parfois de 10 à 15 % sur un an. Un retour rapide aux niveaux d’avant 2021 reste peu probable. Ce que vous avez perdu, vous ne le récupèrerez pas. Les économistes vous l’écrivent poliment dans leurs rapports. Moi, je vous le dis franchement.


Le gouvernement qui s’est trompé — et qui l’avoue

Face à tout ça, quelle est la réponse de l’exécutif ? Roland Lescure a encouragé les Français à utiliser des applications de comparaison de prix en temps réel, les écarts entre stations pouvant atteindre 15 à 20 centimes. Téléchargez une application. Comparez. Optimisez. Adaptez-vous. Débrouillez-vous.

Mais cette semaine, un aveu a quand même filtré — chose rare dans la Macronie, où l’on préfère d’ordinaire noyer le poisson plutôt que le reconnaître. Maud Brégeon, porte-parole du gouvernement, a reconnu publiquement que l’exécutif s’était trompé sur l’ampleur de l’envolée des prix sur BFM. Trompé. Le mot est lâché. Ce gouvernement qui nous expliquait depuis des mois que tout allait bien, que l’inflation était maîtrisée, que le bouclier tarifaire avait tout protégé — ce même gouvernement admet aujourd’hui s’être planté. Merci pour l’honnêteté tardive. En attendant, c’est vous qui avez payé la facture.

Pendant ce temps, les oppositions réclament des mesures concrètes : le RN plaide pour une réduction de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %, les considérant comme des biens de première nécessité, tandis que certains proposent le retour d’une TICPE flottante qui baisserait automatiquement quand les cours s’envolent. Ces mesures sont techniquement faisables. Elles ont déjà été appliquées par le passé.

Sauf que — et c’est là que ça devient savoureux — une partie de ceux qui réclament ces baisses de taxes font semblant d’ignorer un détail crucial : c’est Bruxelles qui bloque. Les règles européennes encadrent strictement la fiscalité sur l’énergie, et baisser la TVA sur les carburants nécessite soit une dérogation, soit un courage politique que personne n’a vraiment eu jusqu’ici. Mais voilà que Bruxelles elle-même commence à sentir le vent tourner. Ces derniers jours, la Commission européenne a commencé à plaider timidement pour un allègement de la fiscalité énergétique dans les États membres. Timidement — parce que Bruxelles ne fait jamais rien franchement. Mais le signal est là : même l’Union européenne a compris que le chaos social est proche. Que les peuples en ont assez. Que la prochaine explosion ne sera pas une simple manifestation mais quelque chose de bien plus profond, bien plus durable.

Trop peu, trop tard ? Probablement. Mais au moins, pour une fois, ils ont peur.


La tempête, c’est maintenant

Ceux qui me lisent depuis quelques mois savent que j’avais anticipé ce scénario dans La Tempête qui vient. Le mécanisme était lisible dès lors qu’on acceptait de regarder les chiffres en face plutôt que de se noyer dans les éléments de langage ministériels. L’équation est simple : une fiscalité en hausse permanente, des revenus qui stagnent, des prix énergétiques structurellement élevés, une classe politique totalement déconnectée des réalités du terrain. C’est une bombe à retardement.

Et la série que j’ai publiée cette semaine sur la guerre en Iran vient confirmer ce que j’écrivais il y a encore quelques mois : en cas d’extension du conflit à d’autres pays producteurs ou de blocage durable des routes maritimes, le baril pourrait franchir les 100 dollars, voire atteindre les 130 dollars comme lors de crises précédentes. Le détroit d’Ormuz est sous tension. Les tankers ne passent plus normalement. Et personne dans ce gouvernement ne semble avoir anticipé la moindre stratégie d’approvisionnement alternative.

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Les Gilets Jaunes s’étaient levés pour 1,45 € le litre de carburant. Nous y sommes à nouveau — mais dans un contexte autrement plus explosif : finances publiques à genoux, tissu social fracturé, défiance institutionnelle record, et un exécutif qui n’a tiré aucune leçon de rien.

La prochaine vague ne sera pas jaune. Elle sera bien plus massive. Et bien plus déterminée.

Bon dimanche à tous. Profitez du soleil, du café chaud, des vôtres. Allez voter. Et si ce travail vous est utile — si ces articles vous donnent les clés que les grands médias vous refusent — parlez-en autour de vous. C’est la meilleure façon de soutenir une presse indépendante qui ne doit rien à personne.


📘 Mes deux livres — commandez directement :

👉 Nous les Sans-dents — La France périphérique, celle qu’on ne voit pas, celle qu’on méprise. Jusqu’au jour où elle se lève.

👉 La Tempête qui vient — Le livre qui avait tout anticipé. Plus que jamais d’actualité.