Le partenariat stratégique entre la Russie et la Chine est aujourd’hui très solide car il repose sur une complémentarité économique évidente, des intérêts géopolitiques convergents et une relation personnelle durable entre Xi Jinping et Vladimir Poutine. La Russie fournit à la Chine des matières premières abondantes et bon marché, notamment du pétrole qui représente en effet près de la moitié de ses exportations, tandis que Pékin offre un marché immense, des paiements en yuans qui contournent les sanctions occidentales et des biens manufacturés.
Ce rapprochement, institutionnalisé depuis le traité de 2001, a été considérablement accéléré par les sanctions européennes et américaines qui ont coupé la Russie de ses marchés traditionnels et l’ont obligée à pivoter massivement vers l’Est. Les deux puissances partagent la même vision d’un monde multipolaire où l’influence occidentale est contenue, et leur coopération s’étend aux BRICS, à l’Organisation de coopération de Shanghai ainsi qu’à des dossiers sensibles comme l’Iran ou la Corée du Nord. Ce n’est donc pas une alliance de circonstance mais un axe structuré qui rend le lien particulièrement résistant à court et moyen termes.
Pour l’Union européenne, cette situation constitue un échec stratégique majeur et une difficulté durable. Depuis la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’URSS, la Russie, dont le tropisme culturel, historique et démographique reste profondément européen, a souvent tendu la main pour s’intégrer à une architecture de sécurité collective continentale. Elle a proposé à plusieurs reprises, notamment avec le plan Medvedev de 2008, une sécurité européenne « de Vancouver à Vladivostok » indivisible, loin du centrage exclusif sur l’OTAN.
Ces ouvertures ont été systématiquement ignorées ou rejetées. Au lieu d’une intégration inclusive, l’Occident a privilégié l’élargissement rapide de l’OTAN et de l’UE vers l’Est, perçu à Moscou comme un encerclement malgré les assurances verbales données à Gorbatchev en 1990. Les crises successives, de la Géorgie en 2008 à l’Ukraine en 2014 puis 2022, ont achevé de briser la confiance. Les sanctions massives ont alors poussé la Russie, qui cherchait encore un partenariat équilibré avec l’Europe, dans les bras d’une Chine opportuniste. L’UE a ainsi accumulé les mauvais choix : traiter la Russie en vaincue de la Guerre froide, alterner business énergétique et leçons de morale, et ignorer ses préoccupations de sécurité légitimes tout en armant un voisinage perçu comme hostile.
Aujourd’hui, le retour en arrière est extrêmement compliqué. La confiance est rompue des deux côtés, la Russie s’est réorientée durablement vers l’Asie, l’Europe paie le prix économique et énergétique du découplage, et l’axe sino-russe consolide un pôle eurasiatique qui complique toute stratégie européenne de réduction des risques vis-à-vis de la Chine.
L’UE a manqué la grande opportunité post-1991 d’une Europe véritablement de l’Atlantique à l’Oural. Le résultat est une polarisation structurelle qui affaiblit l’Europe sur le long terme, qu’il est urgent de quitter pour retrouver sa souveraineté en même temps que quelques marges de manœuvre. Tous les gens sérieux, honnêtes et sincèrement attachés à la France feront la même analyse, loin de celle des généraux d’apéritif et des putains peroxydées sur le retour qui hantent les plateaux TV.
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