Depuis quelque temps, je partage avec vous sur mes réseaux des avancées technologiques qui me fascinent autant qu’elles m’interrogent, pour qu’on comprenne ensemble comment naviguer ce monde en transformation. L’intelligence artificielle, les biotechnologies, les objets connectés, les nouvelles formes de monnaie… Les innovations se succèdent à une vitesse vertigineuse, au point qu’on a parfois à peine le temps de comprendre ce qu’une technologie permet de faire qu’une autre vient déjà repousser les limites.
Je ne suis pourtant pas de ceux qui pensent que tout était mieux avant. J’aime le progrès, j’aime la créativité humaine, et je trouve extraordinaire que la science puisse un jour nous permettre de soigner des maladies aujourd’hui incurables, de faciliter notre quotidien ou de résoudre des problèmes qui semblaient insurmontables.
Mais je crois aussi qu’il est temps de se poser une question fondamentale : ce n’est pas parce que nous sommes capables de faire quelque chose que nous devons nécessairement le faire.
Et surtout, qui décide des limites ?
Car à force de célébrer chaque nouvelle prouesse technologique, j’ai parfois le sentiment que nous avons relégué la question de l’éthique au second plan. Comme si elle était devenue un obstacle à l’innovation plutôt qu’une condition indispensable de son bon développement.
Prenez les lunettes connectées de Meta, par exemple, dont je vous avais parlé dans un Reel. Sur le papier, elles sont fascinantes : elles permettent de filmer, de prendre des photos, d’interagir avec une intelligence artificielle, quasiment sans sortir son téléphone.
Mais elles permettent aussi de filmer des inconnus qui ne réalisent pas forcément qu’ils sont enregistrés. Nous avons déjà vu des témoignages de personnes découvrant leur image diffusée sur les réseaux sociaux sans avoir donné leur accord.
Ce qui me préoccupe, ce n’est pas simplement l’appareil. C’est le changement de société qu’il accompagne. Jusqu’à présent, lorsqu’une personne pointait son téléphone vers vous, vous pouviez au moins comprendre qu’elle était potentiellement en train de vous filmer. Avec des lunettes qui ressemblent à des lunettes ordinaires, cette frontière devient beaucoup moins visible.
Allons-nous finir par considérer qu’être filmé en permanence, potentiellement à notre insu, est simplement le prix à payer pour vivre dans un monde moderne ?
Je refuse cette idée. Et je ne crois pas qu’il faille être technophobe pour défendre le droit à la vie privée.
Mais ce qui se passe avec ces lunettes n’est finalement qu’un avant-goût de transformations autrement plus profondes.
Car désormais, les nouvelles technologies ne se contentent plus de modifier notre façon de communiquer ou de travailler. Elles commencent à transformer le vivant lui-même, notre alimentation, et potentiellement jusqu’à notre rapport à l’argent et à la liberté.
Des chiens génétiquement modifiés pour des usages militaires, des neurones humains connectés à des ordinateurs, des aliments issus de nouvelles techniques génétiques sans étiquetage spécifique, et des technologies monétaires dont les usages futurs méritent une vigilance particulière…
Ce ne sont pas des scénarios de science-fiction. Ce sont des recherches, des projets ou des décisions bien réels, à des stades de développement différents.
Et derrière tous ces exemples se dessine une même question, qui me semble autrement plus importante que la prochaine prouesse technologique : qui fixe aujourd’hui les limites, et quels moyens aurons-nous demain de refuser ce que nous n’aurons jamais choisi ?
C’est ce que je voudrais approfondir avec vous dans la suite de cette lettre. Parce qu’au-delà des inquiétudes, je crois qu’il existe des principes très concrets à défendre dès maintenant, pour que le progrès reste une promesse plutôt qu’une contrainte.
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