Trump, dans sa dernière grand-messe médiatique – celle de Floride, au milieu des golfeurs républicains et des effluves de green fees –, nous sort sa petite phrase, ciselée comme un slogan de pub pour fast-food : « We took a little excursion because we felt we had to do that to get rid of some evil. And I think you’ll see it’s going to be a short-term excursion. » Une petite excursion ! Court terme ! Comme si l’on parlait d’un week-end à Mar-a-Lago avec vue sur les bunkers iraniens. Il a bombardé cinq mille sites, il garde les plus gros pour la fin « au cas où », il menace de frapper vingt fois plus fort si le pétrole ne coule plus dans le détroit d’Ormuz, mais non, non, c’est presque fini, très en avance sur le planning, très complet, pretty much. Il dit ça avec le sourire satisfait du type qui vient de finir un trou en un coup et qui s’attend à des applaudissements pour sa modestie. On sent presque l’odeur du hot-dog et du triomphe facile : mission accomplie, on rentre, on baisse les prix à la pompe, et hop, on passe à autre chose.

Et puis arrive Netanyahu, ce chirurgien de la géopolitique qui opère sans anesthésie et qui facture le scalpel en souriant. Lui, il contredit le grand optimiste orange avec la précision d’un horloger sadique. Les buts ne sont pas atteints, dit-il. On n’a pas encore tout cassé. « We are breaking their bones – and we are not done yet. » Briser leurs os. Pas « neutraliser des capacités », non : briser leurs os. L’expression est si crue qu’elle en devient presque poétique, dans le genre poésie concentrationnaire. Il la lâche lors d’une visite au centre de commandement santé, comme s’il commentait un match de boxe : on est en train de les mettre K.O., mais on continue les uppercuts parce que le public en redemande. Et puis, ce petit sourire perfide, ce rictus de renard qui a déjà croqué la poule et qui attend que les plumes retombent : « Ah ah, les Iraniens doivent se prendre en main maintenant. » Se prendre en main ! C’est l’ultime élégance du bourreau : on vous fracasse les membres, et ensuite on vous tend un miroir en disant : « Allez, debout, assumez-vous, c’est votre tour de reconstruire. »

Ce qui rend ce tandem si parfaitement insupportable, c’est la complémentarité de leur hypocrisie. Trump minimise pour calmer Wall Street, pour faire croire que la guerre est un épisode Netflix – « short-term », « pretty quickly », « very complete ». Netanyahu maximise pour justifier l’injustifiable : on n’arrête pas tant que le régime n’est pas renversé par le peuple lui-même (sous nos bombes, bien sûr, sinon ce n’est pas du peuple spontané). L’un vend la paix imminente comme un produit soldé, l’autre vend la prolongation du carnage comme un investissement moral.

Et le pire, c’est qu’ils ne se contredisent pas vraiment. Ils se complètent. Trump laisse la porte ouverte : « mutual decision », dit-il, on décidera ensemble avec Bibi quand ça s’arrête – mais c’est lui qui a le dernier mot, bien sûr, le gros bouton rouge. Netanyahu, lui, sait que tant qu’il y a des « os à briser », il peut continuer, parce que Trump adore les winners, et qu’un winner qui déclare victoire trop tôt passe pour un loser. Alors ils dansent ce tango macabre : l’un dit « bientôt fini », l’autre répond « pas encore assez cassé », et entre les deux, des milliers de vies continuent de s’effriter sous les frappes.

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