Le compteur affiche plus de 300 000 manifestants, 8 000 pompiers montés à Paris et des lycées bloqués de Saint-Denis à Lyon. Dans le même temps, un hebdomadaire qui jurait de nommer la taupe du RN rend les armes dans un communiqué gêné. L’apaisement, c’est d’abord le silence de ceux qui devaient parler.

Deux poubelles en feu, un gamin visé à bout portant

Lyon, en direct sur BFM : deux poubelles qui brûlent, et un lycéen cadré comme une menace. Ce que la chaîne n’a pas passé en boucle, c’est l’image d’un jeune visé à bout portant par un policier. Je condamne les violences, toutes. Je refuse ce cadrage qui rassure ceux dont les enfants ne sont pas scolarisés en lycée REP. À Saint-Denis, un journaliste qui filme le blocus voit son téléphone jeté au sol à deux reprises par un policier qui refuse de donner son numéro RIO : voilà ce que devient le maintien de l’ordre quand personne ne demande de comptes. Quand Gabriel Attal accuse LFI d’utiliser la jeunesse comme « chair à canon politique », je lui renvoie l’expression : la chair à canon, c’est le projet militaire (Ukraine, SNU, loi de programmation) qui la réclame, pas un lycéen qui demande une porte aux toilettes. Valérie Pécresse, elle, chiffre à plus de 100 000 € les dégâts du lycée Paul Éluard et veut la facture pour le maire de Saint-Denis, tandis qu’un lycéen montre des salles à 40 °C. L’État a le monopole de la violence légitime, et c’est précisément pour cela qu’il est dangereux.

▶ 22:11 — Un policier jette deux fois le téléphone d’un journaliste
▶ 57:06 — Attal accuse LFI de « chair à canon » : la réplique
▶ 1:05:28 — BFM en direct sur deux poubelles qui brûlent
▶ 1:11:10 — Pécresse veut faire payer 100 000 € au maire de Saint-Denis

La colère n’est pas un bug d’algorithme

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Pendant que le roi d’Espagne reçoit Emmanuel Macron en grande pompe, 8 000 pompiers sont venus à Paris dire qu’ils ne peuvent plus porter secours. Ils n’étaient pas là pour un euro de plus, mais pour alerter sur l’état de la sécurité civile. Depuis l’étranger, le président accuse les réseaux sociaux de diviser et de nourrir l’émotion négative. Les algorithmes ont leur part, je l’admets. Mais cette colère vient de dix ans d’appauvrissement, de la dette du Covid, d’une dissolution suivie d’un verrouillage des institutions. Et ce qui défigure la démocratie, c’est le LBD tiré dans le visage des manifestants. La presse régionale titre sur cette colère qui monte ; la presse nationale l’esquive, quand Nathalie Saint-Cricq ne la réduit pas à une récupération de La France insoumise, alors qu’elle monte depuis 2018. Ce qui m’alarme, c’est moins l’homme que la société qui tolère sans débat les chiens et les tirs sur des adolescents : « Le problème, c’est pas Macron. Le problème, c’est que Macron est possible. »

▶ 27:45 — Toutes les unes parlent de colère, sauf la presse nationale
▶ 31:09 — Macron en Espagne, 8 000 pompiers dans la rue
▶ 35:43 — Ce qui abîme la démocratie, ce n’est pas les réseaux sociaux
▶ 47:38 — Le problème, ce n’est pas Macron, c’est qu’il soit possible

Retraite à 65 ans, carburant en deux clics : la facture

Regardez ce que le pouvoir a en magasin pour ceux qui travaillent. Édouard Philippe relance la retraite à 65 ans et 45 annuités : c’est la réforme de 2023, celle que des millions de personnes ont rejetée dans la rue, resservie par un homme dont le nom reste attaché au rapport BlackRock de 2018 sur la capitalisation. Sur la pénibilité, les carrières longues et les régimes spéciaux, il distribue « des petites miettes pour dire “rassurez-vous, j’ai un grand cœur” », tout en épargnant policiers et gardiens de prison, ceux-là mêmes qui seraient chargés de réprimer les manifestants. Côté carburant, l’aide passe de 20 à 40 centimes pour près de 6 millions de personnes, « en deux clics » promet Serge Papin ; testé en direct sur info.gouv.fr, le parcours accumule les clics et les pièces justificatives, puis vous déclare non éligible. Rouler au diesel agricole vous expose à 1 000 € d’amende, à la saisie du véhicule et à la prison, tandis que les grandes fortunes fraudent sans être inquiétées. Et l’Europe nous invite à baisser le chauffage, dans un continent qui a le nucléaire mais dont le prix de l’électricité reste indexé sur le gaz : Orwell, mais au premier degré.

▶ 17:27 — Philippe relance la retraite à 65 ans et 45 annuités
▶ 1:20:38 — Diesel rouge : les gueux fraudent, les riches s’en sortent
▶ 1:31:57 — Aide carburant : on teste info.gouv.fr en direct
▶ 1:37:56 — L’UE veut qu’on baisse le chauffage cet hiver

La taupe introuvable, l’indulgence à géométrie variable

L’Infiltré promettait de révéler l’identité de la taupe au RN, puis y renonce dans un communiqué gêné : tout vous dévoiler, et finalement pas de taupe. On murmure des pressions de Marine Le Pen auprès de Lagardère et de Bolloré. Rumeur, rien de plus à ce stade, mais la reculade prête à sourire. Jordan Bardella, lui, dénonce devant la presse une « opération de déstabilisation » de Mediapart et annonce une plainte en diffamation, tandis que Fabrice Arfi promet la suite des révélations. Ce que je reproche aux plateaux, c’est leur façon de minimiser les accusations d’antisémitisme visant Bardella au motif qu’il avait 17 ans, quand Jean-Luc Mélenchon se voit taxé d’antisémitisme en un claquement de doigts. Dix-sept ans pour l’un, l’éternité pour l’autre : la prescription médiatique a ses favoris.

▶ 9:44 — L’Infiltré renonce à nommer la taupe du RN, Bardella crie au complot
▶ 1:24:19 — « À 17 ans » : comment les plateaux défendent Bardella



Cent jours d’apaisement, disaient-ils. La colère, elle, a tenu le calendrier.


L’EDITO

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