Depuis quelque temps, lorsque j’observe les grandes évolutions de notre monde, une impression me revient avec insistance : celle que nous sommes progressivement pris en étau entre deux visions de l’avenir qui, bien qu’elles se présentent comme radicalement opposées, finissent par m’inspirer une inquiétude assez semblable.

D’un côté, une vision globaliste et technocratique, dans laquelle les grandes décisions semblent devoir être prises à une échelle toujours plus supranationale, avec des institutions, des experts et des systèmes numériques chargés d’organiser nos sociétés, nos comportements et, de plus en plus, notre quotidien. De l’autre, particulièrement dans certains milieux de la Silicon Valley, un courant techno-libertarien qui entend s’affranchir de nombreuses contraintes institutionnelles et réglementaires au nom de la liberté et de l’innovation, mais dont certaines branches flirtent avec le transhumanisme et l’idée que l’être humain lui-même serait une sorte de projet à perfectionner.

Ces deux mondes s’affrontent, parfois violemment sur le terrain des idées. Ils ne constituent évidemment pas deux blocs homogènes et leurs philosophies diffèrent profondément. Pourtant, je me demande si, à force de vouloir chacun redessiner notre avenir, ils ne risquent pas de finir par oublier ceux qui sont censés en être les premiers bénéficiaires.

Car au milieu de ces grandes ambitions, il y a nous: le peuple, les êtres humains, tout simplement.

Ceux qui aspirent à vivre convenablement de leur travail, à élever leurs enfants dans un environnement sain, à prendre soin de leurs parents vieillissants, à entreprendre, à construire, à transmettre. Ceux qui aimeraient pouvoir profiter du progrès sans avoir à renoncer à leur liberté, bénéficier d’une société protectrice sans être infantilisés, connaître une certaine prospérité sans devoir sacrifier leur vie entière à la productivité. Ceux qui aspirent à une justice sociale réelle, mais aussi à une société dans laquelle l’effort, le mérite, le sens du devoir et la responsabilité personnelle conservent toute leur valeur.

Finalement, ces aspirations me paraissent assez simples, humaines et raisonnables. Elles relèvent même, à mes yeux, du véritable cercle de la raison et de la mesure. Alors pourquoi ai-je parfois le sentiment qu’elles sont devenues presque transgressives ?

Et si, plutôt que de nous laisser enfermer dans ce choix entre deux visions du monde, nous commencions enfin à imaginer une troisième voie, qui remette l'humain au centre de tout ?

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