Mon fils a eu quatre mois il y a quelques jours seulement.

Ce matin, je lui fais un biberon en écoutant la radio. Les journaux parlent de la guerre en Iran — entrée dans son 33e jour sans issue diplomatique visible. Trump a déclaré la veille que les frappes allaient se poursuivre “de façon extrêmement dure au cours des deux à trois prochaines semaines”. Des explosions ont été filmées près d’infrastructures stratégiques dans le centre du pays. Le bilan du conflit dépasse plusieurs milliers de morts à travers le Moyen-Orient selon les compilations disponibles — le gouvernement iranien n’a pas actualisé ses chiffres officiels depuis le 26 mars où il reconnaissait au moins 1 937 morts côté iranien, des restrictions médiatiques rendant tout décompte précis impossible. La frégate iranienne IRIS Dena a été coulée le 4 mars au large du Sri Lanka par l’USS Charlotte, premier navire de guerre coulé par torpille américaine depuis 1945. Les marchés mondiaux de l’énergie sont en surchauffe permanente. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, reste verrouillé.

Mon fils ne comprend rien à tout ça. Il me regarde et sourit.

Et moi je pense à ce que j’avais écrit pour lui, bien avant qu’il arrive, quand je cherchais les mots pour lui expliquer dans quel monde il allait naître — Tu es né dans la tempête — Lettre à mon fils :

“Tu tomberas dans mes bras un matin où les journaux parleront de dettes, de guerres, de fractures, de pauvreté et de misère. Ils parleront et palabreront, comme toujours. Ils diront que le monde s’effondre.”

Ce matin-là est arrivé. Exactement comme ça.


La guerre en Iran et ses répercussions immédiates sur la France

L’opération militaire conjointe américano-israélienne lancée le 28 février 2026 — baptisée Operation Roaring Lion côté israélien, Operation Epic Fury côté américain — a déclenché une réaction en chaîne que personne ne contrôle plus. Le 18 mars, en coordination avec les États-Unis, Israël a frappé la portion iranienne du champ gazier de South Pars dans le golfe Persique, ainsi que diverses raffineries iraniennes, provoquant un nouveau choc sur les marchés de l’énergie dans le monde. L’historien Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études stratégiques, estime que “le scénario d’un enlisement du conflit est aujourd’hui le plus probable”, ajoutant que Trump s’est fait vendre l’idée d’une guerre courte et commence à réaliser que ce ne sera pas le cas.

Les répercussions en France sont immédiates et brutales. Le SP95-E10 a franchi le seuil des 2 euros le litre en France le 1er avril 2026, selon les données compilées par l’AFP sur 7 289 stations-service, soit une hausse de 28 centimes depuis le 27 février — une progression de 16,26 % en un mois. Le gazole s’affiche à 2,25 euros en moyenne. 12,59 % du réseau national est en rupture partielle. L’inflation alimentaire pour mars 2026 s’annonce à +2,3 %, un niveau qu’on n’avait pas observé depuis janvier 2025, et le prolongement du conflit fait craindre une poursuite de la flambée des prix du pétrole, mais aussi du gaz, avec un impact probable sur les tarifs alimentaires.

Ce n’est pas une crise conjoncturelle. C’est la collision de deux catastrophes : une guerre incontrôlable à l’autre bout de la Méditerranée, et une France déjà ruinée qui ne peut plus amortir aucun choc.


Ce que le gouvernement ne peut plus faire

En l’absence d’accord, les frappes vont se poursuivre, Trump menaçant de s’en prendre aux centrales électriques iraniennes. Les propositions américaines pour stopper le conflit sont considérées par Téhéran comme “irréalistes et excessives”. Le conflit entre dans son deuxième mois sans issue diplomatique claire.

En France, le gouvernement regarde. Il ne peut pas baisser la TVA sur le carburant — la directive européenne 2006/112/CE l’interdit. Il ne peut pas baisser la TICPE — 60,8 centimes par litre de gazole qu’il prélève depuis des décennies et dont il ne peut se passer pour financer un déficit qui court à 5 % du PIB, sur une dette de plus de 3 400 milliards d’euros. Il ne peut pas lancer de bouclier tarifaire — il n’a plus de marge budgétaire après des années de pillage systématique des finances publiques. Il a annoncé 70 millions d’euros d’aide pour le chômage partiel des entreprises “en difficulté” pour le seul mois d’avril. 70 millions. Pour une économie de 2 600 milliards de PIB.

Le ministre des Transports Tabarot l’a dit sans détour sur Europe 1 : “Le carnet de chèques ne peut plus être utilisé pour l’ensemble de nos concitoyens.”

Voilà la vérité nue. Un État ruiné face à une guerre qu’il n’a pas décidée, dont il subit les conséquences, et qu’il ne peut pas amortir. Ce pays a vécu au-dessus de ses moyens pendant cinquante ans. La facture arrive maintenant, à la pompe, au supermarché, sur la fiche de paie.

24 % des Français déclarent avoir réduit le nombre de repas par jour en raison de l’inflation, un chiffre qui grimpe à 39 % chez les jeunes. 67 % ont réduit leur consommation de viande et de poisson. 68 % ont modifié leurs habitudes de courses, notamment en rationalisant leurs achats et en recherchant systématiquement les promotions. Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des millions de vies réduites, comprimées, rognées en silence.


Ce qu’on ne peut pas dire à nos enfants

Quand j’ai commencé à écrire Tu es né dans la tempête ( vous pouvez le commander ici), la question que je tournais dans tous les sens était simple et terrifiante : qu’est-ce qu’on dit à un enfant qui naît dans ce monde-là ?

Pas le monde idéal. Pas le monde d’avant. Le monde tel qu’il est : une guerre au Moyen-Orient qui enflamme les prix, un État en faillite qui ne peut plus protéger personne, des millions de Français qui ne mangent plus à leur faim, et une classe politique qui a dilapidé quarante ans de richesse nationale en regardant ailleurs.

On ne peut pas lui mentir. On ne peut pas lui dire que tout va bien. On ne peut pas lui promettre la stabilité, la sécurité, le confort. Ces promesses-là ont été tenues — et trahies — par ceux qui nous ont précédés.

Ce qu’on peut faire, c’est lui transmettre ce que j’écrivais dans le livre :

“Tu vas naître dans un monde qui a la voix rauque, le souffle court et les yeux cernés. On te dira que tout est compliqué, que tout se décide ailleurs, que la liberté est un luxe pour les jours ensoleillés auxquels nous n’avons plus droit. On te dira de baisser la tête, de ne pas faire de vagues, de suivre la ligne et de ne rien dire. Je t’écris pour te dire l’inverse.”

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Ce qui résiste quand tout s’effondre

Il y a quelque chose que ni la guerre en Iran, ni l’inflation alimentaire, ni la faillite de l’État ne peuvent détruire. Ce quelque chose, c’est la transmission. Ce qu’un père dit à son fils. Ce qu’une famille tient debout contre les bourrasques.

J’avais écrit, dans les premières pages du livre :

“Je t’écris parce que j’ai appris que la vérité coûte. Elle coûte des amis, et des carrières toutes tracées. Elle coûte des regards noirs et des portes qui se ferment. Mais elle paie en retour par ce qui n’a pas de prix : la dignité de se regarder dans la glace.”

Ce n’est pas un livre de politique. Ce n’est pas un manifeste. C’est une lettre d’un père à son fils, écrite dans un pays cabossé, à une époque sans boussole, avec la seule conviction que tenir debout est un acte en soi. Que résister à la résignation est une forme d’héroïsme ordinaire. Que les familles qui tiennent, les gens qui se lèvent, ceux qui refusent de se laisser broyer en silence — ce sont eux qui font tenir un pays.

“Je ne te promets pas le confort. Je te promets mieux : la hauteur. Tenir droit quand le vent souffle, rétablir la vérité quand les mots sont truqués, tendre la main quand c’est plus facile de la garder dans la poche.”


Pourquoi ce livre, maintenant

Ce livre a été écrit fin 2025. Avant la guerre en Iran. Avant les 2 euros le litre. Avant le début de la pénurie et un très probable confinement énergétique.

Et pourtant, il décrit exactement ce matin-là.

Si vous cherchez un livre pour vous — pour comprendre ce que vous ressentez, pour ne pas vous noyer dans la sidération de l’actualité, pour trouver des mots à ce que vous vivez — c’est pour ça qu’il a été écrit.

Si vous avez des enfants, des petits-enfants, un neveu, une nièce — c’est pour eux qu’il a été écrit aussi. Parce que la question “dans quel monde vivront-ils ?” mérite une réponse honnête. Pas rassurante. Honnête.

“Tu es notre fils né dans un pays cabossé qui tient. Fais honneur aux mains qui l’ont porté avant nous.”

“Alors même que tu es né dans la tempête, deviens un homme et ne baisse jamais la tête.”


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