Contemplez, ô mes frères en lucidité désenchantée, cet improbable légume de serre, endive étiolée, blafarde et filiforme, qui ose parader sous les feux de la rampe européiste comme si elle incarnait la pensée vive ! L’homme-endive, ce phytotype hydroponique élevé dans les bacs tièdes du conformisme macronien et des poubelles à compost de l’oncle Sam, dépourvu de terreau, de sève et surtout de saveur, se dresse là, vertical et vain, tel un asparagoïde anémique que l’on aurait oublié d’assaisonner.

Pareil à l’endive, qui se pare d’une noblesse d’emprunt dès qu’on l’accompagne d’une émulsion de bons sentiments, Glucksmann offre au palais politique un croquant mou, une amertume aqueuse et fugace qui s’évapore sitôt la dent posée. Son passage géorgien fut l’apothéose de cette vacuité : conseiller spécial d’un Saakashvili en pleine mue autoritaire, il y rédigeait des allocutions aussi creuses que ses convictions, coordonnait des réformes européennes que l’on appliquait avec la diligence d’un fonctionnaire en sieste, tout en se constituant, à peu de frais, une légende d’intellectuel de terrain. On l’imagine, badge au revers, dictant des périodes cicéroniennes à des apparatchiks caucasiens, pendant que les geôles tbilissiennes résonnaient d’une tout autre éloquence.

Cet ectoplasme engagé est à l’action ce que l’endive est à la gastronomie : une présence décorative, parfaitement indolore pour l’oligarchie, vaguement astringente pour les esprits exigeants, et d’une transparence absolue pour le vulgum pecus. Pro-européen jusqu’à la moelle (si moelle il y avait), anti-poutinien par posture obligée, il brandit ces étendards avec la conviction lymphatique de celui qui n’a jamais véritablement trempé dans l’Histoire, seulement dans son jus.

Son mariage avec une éminente Géorgienne du sérail ? Pur réflexe endivien : s’unir à ce qui possède un peu de caractère, afin d’en emprunter l’illusion.

De retour en France, toujours aussi élancé et insipide, il pontifie depuis son petit carré potager médiatique, dispensant des analyses aussi profondes qu’une flaque après l’orage. Un légume qui se rêve plante carnivore, un légume qui vote, qui pérore, qui toise ses chaussures de peur que l’on remarque l’absence de racines. D’aucuns le disent valet, d’autres le disent touriste des causes perdues ; lui prend l’air offusqué d’une endive qu’on aurait aspergée de citron vert.

En vérité, Raphaël Glucksmann incarne la quintessence de l’endive contemporaine : inoffensif pour les puissants, décoratif pour les plateaux, et promis à un oubli aussi silencieux que la fanaison d’un spécimen oublié au fond du bac à légumes de l’Histoire. Sans éclat. Sans regret. Avec cette fadeur suprême qui constitue son seul génie.

Dieu, qu’il est diaphane.

Et que son néant a de la tenue.

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