Je suis un ancien néolibéral qui avait ses entrées à Davos et à l’Élysée sous Sarko. Je suis aussi un ancien toxicomane. Quand j’ai arrêté de me défoncer la gueule, au bout de quelques années, je me suis aperçu que j’étais pas juste accro à la coke et au crystal (la métamphétamine). J’étais accro à des récits. Une vision du monde qui se pensait le monde. J’ai alors commencé un long travail pour me libérer de cette addiction-là, aussi.

Je suis, irrémédiablement, une créature de l’Atlantique nord. Le fils d’une new-yorkaise qui a pris fait et cause pour le peuple palestinien dès les années 80. Et d’un Allemand né en 1945, qui toute sa vie à tenté d’expier la barbarie nazie en adoptant un philosémitisme aussi sincère que maladroitement compensatoire. Ses funérailles ont eu lieu à Vienne, la ville où il a grandi, une semaine avant le 7 octobre 2023. 90% des invités étaient juifs. Dans les semaines qui ont suivi, j’ai vite compris que la normalisation par les siens et lui – comme par tout l’Occident – de l’ethnosuprémacisme, l’apartheid, le nettoyage ethnique et le génocide qui participent de l’existence d’Israël depuis sa fondation ferait que ma culture tenterait maladivement de normaliser même la phase industrielle du génocide palestinien de fin 2023 à fin 2025. Le génocide à Gaza a ainsi mis en lumière ses angles morts et ceux l’Occident tout entier comme je ne les avais jamais vus auparavant.

Les Allemands sont très forts pour inventer des mots. Le Bildungsroman, le roman d’éducation, de construction, qui raconte celles de Lucien de Rubempré ou de Julien Sorel, c’est la spécialité des grands romanciers français du dix-neuvième siècle. J’ai quant à moi passé les trois dernières années à écrire une sorte d’Entbildungsroman, un roman de déconstruction, qui raconte l’histoire de comment je me suis rendu compte que l’addiction aux drogues et à la propagande n’ont pas explosé au vingtième siècle, le siècle du blabla célinien, par hasard. Et que la meilleure preuve de l’emprise de la propagande occidentale sur nos esprits, c’est que l’Occident, vu d’ailleurs, n’a pas bien meilleure presse que… les Nazis. J’en vois lever les yeux au ciel, voire fulminer. Je pèse pourtant mes mots.

Sortez de la conversation occidentale, laissez derrière les poncifs hexagonaux, et demandez à des gens politisés du monde majoritaire – des gens pas brainwashés par la propagande dont nous inondons le monde et notamment les élites compradores du Sud global avec lesquelles nos élites font affaire, des journalistes ou des intellectuels par exemple, disons un Denis Robert congolais ou une Houria Bouteldja yéménite : “c’est quoi, à vos yeux, l’occident?”

La réponse ne tarde pas, cinglante et — potentiellement — salutaire. Ce qui caractérise l’Occident aux yeux du reste du monde, c’est :

  1. sa nature génocidaire.

  2. que de la gueule (écart abyssal entre la parole et les actes).

  3. civilisation de gamins (dont le 2. est largement symptomatique) sauf que les gamins c’est mignon.

Se libérer du joug de l’addiction à la came, après 25 années de conso, c’est le travail d’une vie. Celui de se libérer de la propagande dans laquelle on a baigné toute sa vie, même topo. On n’a jamais fini. Ça fait presque 13 années que je n’ai pas fumé une clope ou un joint, bu un verre, sniffé un rail. Je n’en ai jamais envie. Jamais. Mais c’est parce que j’ai compris qu’il y a un luxe que je ne peux pas me permettre en tant qu’ancien tox. Celui de me raconter des craques. Dire les choses, c’est ça qui me sauve la vie, un jour à la fois. Et comme j’ai compris ce que j’ai compris sur ma culture – en tant que fils d’austro-allemand né à Paris, je suis une créature de l’Occident par excellence – le dire, c’est précisément ce qui me permet de ne pas rechuter.

Et ce qu’il me faut dire aujourd’hui c’est que la couverture complètement hors-sol de l’ensemble des médias occidentaux du génocide gazaoui n’est pas un hasard. Elle est le corollaire de la myopie d’une civilisation qui se ment à elle-même. Et qui pressent instinctivement que si elle met les mots sur Gaza, il va falloir regarder en face cinq siècles de gaslighting, à mettre la planète à feu et à sang en parlant de Progrès, de Lumières, de démocratie et de droits de l’homme.

Contribuez à notre cagnotte : https://en.tipeee.com/black-elephant/

Comme ce que j’ai à dire sur le sujet ne rentre pas – pas encore – dans la fenêtre d’Overton occidentale, quand j’ai fini d’écrire mon récit, je me suis rendu compte que je n’arriverais pas à le vendre sans construire un public au préalable. Je l’ai donc mis de côté, et créé un média indépendant.

Black Elephant est né avant, en tant que réseau social d’un nouveau genre fondé sur le partage de vulnérabilité. Si vous comprenez l’anglais, vous pouvez en regarder cette brève description par Gabor Maté, ou écouter celle-ci, plus pointue, par le barde spécialiste ès mythes Martin Shaw. Si ce n’est pas le cas, cet article d’Usbek et Rica est bien foutu. Gaza a mis le réseau social en veille. Il ne demande qu’à être relancé, car il fait bouger les consciences, mais il faut d’abord construire le média.

Le but de ce média est de permettre aux Occidentaux, notamment aux Occidentaux francophones, de se réveiller sur ce que nous inspirons au reste du monde et d’arrêter de prétendre que s’ils ont cette vision de nous, c’est parce qu’ils n’ont pas bien compris qui nous sommes, qu’ils n’ont pas fait assez d’études, qu’ils sont fanatiques ou “qu’ils ne sont rien” (eux non plus).

Black Elephant se veut ainsi un traqueur infatigable d’angles morts occidentaux — le premier du paysage médiatique français. Et si le premier fabricant du vote RN en France, c’est l’extrême centre macronien de Glucksmann à Retailleau, le premier fabricant d’angles morts, c’est la pensée en vase clos. Depuis ma naissance en France, j’ai pu me rendre compte de la manière insidieuse dont les élites politico-médiatiques du pays instrumentalisent la francophonie (dont je suis et resterai un défenseur inconditionnel, c’est d’ailleurs pourquoi j’ai commis mon récit, L’Étrange effondrement du Times, en français) pour fabriquer une autarcie intellectuelle et idéologique artificielle qui sépare la conversation française de la conversation planétaire.

Alors, avec ma petite équipe, on s’est mis à faire des interviews de Yéménites, de Nigérians, de Palestiniens, de Syriens, de Congolais, de Brésiliens, de Chinois et de les doubler en français. Pour que les gens puissent se rendre compte que si on pense vraiment que les êtres humains sont tous égaux en droit, la moindre des choses c’est que la vaste majorité d’entre eux qui ne sont pas blancs et/ou occidentaux soient aussi égaux en légitimité à nous critiquer.

On a aussi commencé à se pencher sur ceux de mon ancien monde, dealers de propagande qui font autrement plus de victimes que les dealers de came, qui veulent continuer à nous inonder de propagande anesthésiante. Derrière Raphou, y’a Macron, Saint-Cricq, Zemmour, Marine, Obama, Gabriel, Trump, Édouard, Ursula, Demorand, j’en passe et des plus pires. On veut continuer à sortir les doss. Dieu sait que j’en ai.

On s’est mis au boulot et ça fait six mois qu’on bosse sans se payer pour nous prouver à nous-mêmes qu’on est capable de faire du contenu de qualité. Des interviews au long cours, mais aussi des vidéos plus courtes qui permettent de décortiquer des problématiques. On en a fait plus de 200 en tout, atteignant les 2 millions de vues et 40k abonnés. Tout ça en six mois.

Aujourd’hui, on a besoin de vous pour continuer sur cette lancée. On a besoin de se payer (l’équivalent d’un smic pour moi et un pour celui qui double et monte les vidéos) pour continuer de publier trois vidéos par semaine. Mais on a d’autres ambitions. Des vidéos comme celle qu’on a faite avec l’aide de la chaîne Canard Réfractaire sur le lobby sioniste et sur Glucksmann, on veut en faire plus. Et on veut aussi faire des formats plus longs. Et aller chercher des contenus pour montrer qu’on peut aller chercher des trucs que les autres médias ne font pas. Pour la présidentielle, parce qu’il n’y a qu’un candidat en 2027 qui ne soit pas un gamin, mais aussi pour après. Que le vieux gagne ou non, le combat sera encore plus acharné au lendemain de la présidentielle.

Alors on lance aujourd’hui une grande campagne de crowdfunding pour avoir les moyens de ces ambitions.

  1. Si on atteint notre objectif de base de €20k, on continuera de produire chaque semaine jusqu’à la présidentielle :

  • 2 interviews doublées

  • un live

  • un format d’investigation

  • une ribambelle de shorts.

  • et bien sûr des collabs avec d’autres créateurs, Alexis, Moumou, Yohan, etc. — parce qu’ensemble, on est plus forts.

  1. Si on atteint €35k :

  • On lance notre boutique en ligne.

  • On vous livre notre vidéo-manifeste, un truc ambitieux de 90 minutes particulièrement léché. Ça s’appelle Brève histoire de la propagande occidentale. Je viens de finir le script. On en lance la production dès qu’on atteint notre objectif de €20k et on vous le livre à la fin de ce financement participatif. J’ai mis tout ce que j’ai dedans, je pense que ça va vraiment vous plaire.

  1. Si on atteint €50k : On part en Géorgie continuer d’enquêter sur les années Saakashvili et vous montrer ce qu’elle disent de Raphaël Glucksmann et du PS, mais aussi de nos médias, de nos élites politiques et de l’Occident tout entier.

  2. Si on atteint €75k :

  • On part au Sénégal couvrir la révolution panafricaine en cours et au Yémen pour vous montrer les conséquence du soutien inconditionnel de la France à la famille qui a osé donné son nom à l’Arabie dans sa guerre génocidaire contre la population civile yéménite depuis 2015.

  • On lance une Discord ouvert à tous : un vrai lieu d’échange et de débats, qu’on est déjà en train de refondre pour le mettre à neuf !

  • On démarre la production de podcasts : pour écouter du Black Elephant en marchant ou en courant, en mode long cours.

  1. Et si par prodige on atteignait €100k :

  • On démarre la production d’un show de standup basé sur la vidéo Brève histoire de la propagande occidentale

  • On lance notre maison Black Elephant Éditions pour publier nos propres bouquins, à commencer par L’Étrange effondrement du Times et deux essais: L’Occident pervers et Pour une cosmotechnique islamique.

Voilà, vous savez tout, chers soeurs et frères éléphants – ou presque. Pour ceux qui se demandent, le nom Black Elephant vient du Cygne noir, le livre de Nassim Taleb. Si je vous parle d’un cygne, vous pensez à un grand oiseau blanc. Mais un sur un million est noir. Un cygne noir, du coup, c’est une métaphore pour un évènement complètement imprévisible et qui change tout. Moi, ce qui m’intéresse plus encore. C’est les évènements qui sont hyper prévisibles mais que nos angles morts nous empêchent de voir venir. The elephant in the room, on dit en anglais.

Contribuez à notre cagnotte : https://en.tipeee.com/black-elephant/

ILLUSTRATIONS : HOSHANNA.COM