Jusqu’à preuve du contraire, le Tour de France n’existe que par Tadej Pogacar, alors que l’inverse n’est plus vrai, depuis la mainmise du champion slovène sur le calendrier international. La presse n’est pas en reste. On sprinte même pour tresser une
biographie à la gloire de celui qui confie, amusé, « J’ai 27 ans, j’ai encore le temps de grandir ».
C’est Yohann Hautbois qui décroche la timbale. Il a pu amadouer l’entourage du champion et retracer un parcours allant du petit village slovène de Komenda au podium des Champs-Elysées.
C’est un album de photos, agrémenté de confidences, d’exercices d’admiration, de rappels d’exploits qui dépassent l’entendement, quitte à nourrir une controverse peu saine.
Dans un ouvrage fringant et enlevé, le reporter de L’Equipe s’attache à séparer le bon grain de l’analyse de l’ivresse qui affaiblirait son propos. Il s’attend à récolter autant de fiel que de miel, cortège habituel du succès en librairie. Escaladant une carrière qui se joue de l’Alpe d’Huez avec un sourire désarmant, Hautbois se sait attendu à chaque tournant. L’épilogue n’en sera que plus savoureux.
On n’éperonne pas la Grande Boucle comme un cheval de bois. On ne se prend pas impunément pour le filleul de Louis XIV, en lorgnant un strapontin à la Cour du Roi Prudhomme. Jean-Baptiste Farge y a cru, voulant montrer que le roi est nu et accouche d’une cour des miracles. Voilà comment on devient un Saint-Simon d’opérette. L’éditeur-bienfaiteur de Boualem Sansal assure que « ce reportage picaresque révèle la vie quotidienne du Tour comme elle n’avait jamais été montrée » et pour cause. Pas sûr que le flamboyant Antoine Blondin adoube cette parodie de sa « découverte de l’homérique ». Mon gagne-pain chez les Tuche va faire un malheur.
« Tadej Pogacar « pour moi le cyclisme est un jeu », Yohann Hautbois, Solar/L’Equipe. 17,90 €
« Le Monde du Tour », Jean-Baptiste Farge, Grasset, 20 €
N’oubliez pas l’inégalable « Tours de France », d’Antoine Blondin, 942 pages de chroniques parues dans L’Equipe dans les années 1954-1982. Le chiffre 51 était déjà mythique ; le dossard le deviendrait. Aux éditions La Table Ronde


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