Dans son édito de la matinale de Tocsin du 16 octobre, Nicolas Vidal revient sur une séquence rare diffusée par BFMTV, celle de son consultant police-justice Dominique Rizet admettant en direct que la crise du pouvoir d’achat atteint désormais ceux qui la commentent. La vidéo de l’édito approche les 100 000 vues sur YouTube.

À 67 ans, Dominique Rizet a d’abord parlé du prix du gazole, qu’il juge terrifiant pour les paysans rivés à leur tracteur et pour des proches qui en souffrent. Il a ensuite refusé toute baisse de sa retraite, en rappelant son parcours de fils d’ouvrier embauché chez un maçon à 14 ans, et laissé entendre qu’il pourrait rejoindre la mobilisation contre la vie chère du samedi 17 octobre pour aller porter une pancarte. Le consultant a reconnu que même des journalistes de télévision qui gagnent bien leur vie sont désormais touchés, et que d’autres, derrière eux, souffrent depuis bien plus longtemps.

Le passage que retient l’édito porte sur les Gilets jaunes. Dominique Rizet a rappelé avoir commenté vingt-huit samedis d’affilée du mouvement lancé le 17 novembre 2018, avant de lâcher en plateau : « Je m’en veux parce que je ne les ai pas vus souffrir. » Il a ajouté que le président de la République n’était pas sorti de son palais et que le pouvoir avait alors méprisé les manifestants. Nicolas Vidal relève qu’un aveu de cette nature, venu d’un milieu où la caste médiatique ne s’excuse jamais de rien, pèse plus lourd que bien des éditoriaux, et il pointe le silence de tous ceux qui ont qualifié les Gilets jaunes de fâcheux, de factieux, de séditieux, de beaufs à barbecue, d’antisémites, d’islamophobes ou d’abrutis sans jamais demander pardon.

L’édito s’attaque ensuite à Emmanuel Macron. Le 14 octobre, à l’issue du Conseil des ministres, la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a rapporté que le chef de l’État reconnaissait à la jeunesse mobilisée dans les lycées des « angoisses légitimes », tout en les jugeant récupérées politiquement, et qu’il exigeait du gouvernement des réponses concrètes dans les semaines à venir. Nicolas Vidal y voit une tartufferie de plus. Pour l’éditorialiste, le président qui ne quittait pas son palais pendant les samedis jaunes, et qui a mobilisé l’appareil répressif contre les contestations successives, feint aujourd’hui de découvrir une angoisse que les Français subissent chaque fin de mois depuis vingt ans, avec la complicité d’une opposition qui a laissé le saccage se poursuivre.

Le diagnostic posé par l’édito tient dans un constat de déclassement. Quand la crise atteint les loges de maquillage d’une chaîne d’information en continu, les étages inférieurs du pays sont submergés depuis longtemps, après trente ans de dépossession et près de dix années de politique macronienne. Le déclassement ne s’arrête plus aux portes des studios, il entame les pensions et les revenus confortables de ceux qui ont fait barrage au peuple sur les plateaux pour dédouaner le pouvoir.

Nicolas Vidal adressait aux confrères de Dominique Rizet, si prompts à donner des leçons à la population, la question de savoir combien d’entre eux feraient preuve de la même honnêteté au moment de la mobilisation du 17 octobre, et refermait son propos sur une conviction qui traverse ses chroniques, selon laquelle aucun pouvoir ne gouverne impunément contre son peuple.

L’inquiétude de Dominique Rizet sur sa pension renvoie à un arbitrage précis : dans son entretien au Figaro du 17 septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu a plafonné à moins de 6 milliards d’euros l’effort demandé aux retraités en 2027 et laissé au Parlement le choix entre une désindexation des pensions et la suppression de l’abattement fiscal de 10 %.