La lecture de l’arrêt rendu par la cour d’appel de Paris le 7 juillet dernier dans l’affaire des attachés parlementaires du Rassemblement National était impressionnante. Le 31 mars 2025, le tribunal correctionnel de Paris, avait rendu une décision entretenant des rapports particulièrement distanciés avec la simple rigueur juridique. Mais ces motivations lui donnaient le visage d’un véritable tract politique, n’ayant absolument pas sa place dans une décision de justice. Marine Le Pen était condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Celle-ci était justifiée d’après le tribunal, par la nécessité qu’il y avait d’empêcher une candidate qualifiée d’eurosceptique de se présenter à l’élection présidentielle ! La manipulation était non seulement assumée mais revendiquée. Ce jugement parfaitement scandaleux fut acclamé par tous ceux qui privilégient la politique par juge interposé plutôt que le combat démocratique. Mais aussi soutenu mordicus par tout l’appareil judiciaire. Un an plus tard, la Cour d’appel l’a simplement déchiqueté, avec des motivations exactement contraires à celles des premiers juges. Mettant cette fois-ci en avant le respect de la démocratie. L’appareil judiciaire dans son ensemble a rendu son éligibilité à Marine Le Pen même si c’est à l’aide de quelques acrobaties juridiques. Notifiant à cette occasion à Macron et à son système, que contrairement à ce qui s’était passé en 2017 lorsque la justice a participé à un coup d’état pour l’installer à l’Élysée, il devrait désormais se démerder tout seul, sans cet appui. L’appareil judiciaire donnant à cette occasion l’impression d’avoir pris acte du naufrage macronien, et d’affirmer ainsi sa volonté de monter rapidement dans les canots de sauvetage. Dans une ambiance de sauve-qui-peut, et au-delà de la justice, l’État profond (commodité de langage) semble aujourd’hui divisé entre ceux qui, conscients pensent que la priorité est d’essayer de se sauver, et ceux qui pensent qu’un coup d’État est encore possible.

Alors dans cette drôle de période, il faut analyser les signaux forts ou faibles qui donnent à voir cette réalité. À l’évidence, la spectaculaire épingle à cheveux de la Cour de cassation relève d’un signal sacrément fort. Mais il y a aussi des signaux faibles et l’auteur de ces lignes y est attentif, en privilégiant bien sûr ceux qui émanent de la justice qu’elle soit judiciaire ou administrative.

Privatisation du 14 juillet par les Thénardier de l’Élysée

Premier exemple, la pantalonnade qui a suivi la décision (personnelle) du couple Macron (!!) d’interdire au peuple français l’accès à la parade traditionnelle organisée le 14 juillet sur les Champs-Élysées pour la fête nationale. Ahurissante privatisation qui imposait à ceux qui voulait se rendre sur les Champs pour « voir et complimenter l’Armée française », d’obtenir un QR code nominatif ! Et à ceux qui acceptaient d’en passer par là, on adressait une invitation au nom de Madame Macron ! Sur ce dernier point, force est de constater que les comportements de parvenus tant reprochés à Nicolas Sarkozy étaient pulvérisés. Le 14 juillet 1789, la Fête de la Fédération, la tradition nationale, tout ça n’avait aucune importance face à la volonté du couple improbable de se mettre en scène personnellement. On n’a d’ailleurs pas été déçu, puisqu’ils en ont profité pour y inviter d’abord leurs copains dévoyés à venir admirer sur « la plus belle avenue du monde » le défilé au pas de l’oie nazi de criminels ukrainiens. Cette séquence qui frisait l’abjection, a scandalisé tout le monde et pas seulement en France. Le narcisse de l’Élysée qui a pris congé du réel depuis longtemps semblait ravi quant à lui, de sa nouvelle provocation.

Il s’est trouvé des requérants recevables pour saisir le tribunal administratif d’une procédure de « référé liberté » contre la décision macronienne de violer la liberté d’aller et venir en imposant cette procédure de QR code totalement liberticide. Fort normalement par une ordonnance parfaitement motivée, le juge des référés du tribunal administratif de Paris a annulé cette décision. Surprise à l’Élysée, comment se fait-il ? Voilà que les domestiques se rebiffent ? Ils n’obéissent pas à Brigitte Trognieux épouse Macron qui entend organiser son raout comme elle l’entend ? Eh bien oui, les magistrats de première instance ont entendu rétablir les principes, et refusé cette nouvelle macronnerie avec la privatisation de la fête nationale. Pas sûr que cela se serait passé de la même façon il y a un an.

Mais il y a un autre signal qui démontre en plus le désarroi de ce système. Sous ce qu’il a pris pour une injure personnelle, le psychopathe Élysée a blêmi. Vite vite, on a mobilisé le pire du pire de la magistrature administrative. Christophe Chantepy, le président de la section du contentieux du Conseil d’État nommé par le même Macron. Voilà quelqu’un qui coche toutes les cases de la gangrène socialiste des plus hautes institutions de l’État. Devoir de réserve et neutralité connaît pas. Franc-maçon déclaré et revendiqué, militant socialiste déclaré et revendiqué, ardent militant LGBT déclaré et revendiqué. Un magistrat peut avoir les idées et les orientations qu’il souhaite, mais au contraire de ce qu’a fait Monsieur Chantepy pendant toute sa carrière, il ne statue pas es qualité de celles-ci. Le simple fait qu’il ait fallu que ce soit un personnage aussi déconsidéré qui se mobilise en extrême urgence à deux heures du matin, raconte le désarroi, voire la panique d’un système. Il faut dire que le pote de Macron n’a pas déçu, balayant d’un revers de main l’argumentaire particulièrement solide de l’ordonnance de première instance, il a également considéré, sans crainte d’une contradiction ridicule, que la condition d’urgence qui préside aux décisions de référé n’était pas réunie !

Même après coup, refuser les ordres du CRIF

Restons sur le terrain de la justice administrative pour un autre signal qui raconte ce qui est en train de se passer. En novembre 2025, Henry Laurens universitaire et spécialiste reconnu de la Palestine organisait au collège de France, un colloque intitulé « La Palestine et l’Europe ». Date et programme arrêtés, invitations envoyées, tout se passait bien, avant qu’un article du magazine Le Point lance la polémique médiatique. Immédiatement, le CRIF intervint pour donner ses ordres. Son président Yonathan Arfi, se répandant en critiques de l’événement sur les réseaux sociaux. L’ex-patron du CRIF Richard Prasquier publia un article pour réclamer la censure sur le site même de son organisation ! Appel à la censure qui reçut le soutien enthousiaste de moult personnalités socialistes et en particulier celle du soi-disant prix Nobel d’économie (sic), Philippe Aghion équivalent de Chantepy dans l’imposture socialiste. Qui n’hésita pas devant des déclarations mensongères pour appuyer cet appel à la censure académique. Naturellement, le ministère de l’éducation nationale s’empressa d’exécuter les ordres et obtint que, grande première dans l’histoire, le collège de France annule le colloque. Les organisateurs saisirent alors le juge administratif d’une demande de référé suspension de la décision. Demande rejetée par le juge des référés. Le colloque s’est quand même tenu ailleurs, la polémique lui ayant donné une grande publicité. Mais la procédure judiciaire d’annulation de la décision du Collège de France s’est poursuivie. Et le 15 juillet en formation collégiale, le Tribunal administratif de Paris vient de prononcer cette annulation avec des motivations qui pulvérisent tous les arguments avancés par le CRIF et repris par le collège de France.

S’il ne faut pas surestimer cette victoire sur la soumission de l’actuel gouvernement français aux desiderata du CRIF, on la relèvera pour ce qu’elle raconte également du retour dans les juridictions administratives de première instance, de la volonté de faire respecter les principes de lemacronisme piétine.

Comme dans l’affaire du QR code, la base se rebiffe. Sans en surestimer la portée, on ne peut que s’en réjouir.

Le système Macron n’aura pas la partie facile.

Avant de partir, merci de m’offrir un café.

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