Macron est au bout du rouleau, c’est plus qu’évident. Le problème, c’est que le psychopathe sous emprise n’est que le dernier avatar d’un système mis en place depuis 40 ans. Dont un des mécanismes essentiels a été installation d’un néolibéralisme libéral libertaire, la grande bourgeoisie s’appuyant sur la petite du même nom, son habituel pilier. Qui s’est chargée de la basse besogne d’expulsion des couches populaires (ouvriers, salariés d’exécution des services et France périphérique), de l’espace public politique. Sécession et invisibilisation pour ceux qui avaient le plus à souffrir de ce régime.
C’est en raison de cette violence que les plus exploités, abandonnés par ceux qui les défendaient et les représentaient traditionnellement, se sont tournés vers le Front National, perçu à tort plutôt qu’à raison comme un parti anti-système. Puis, à partir du mandat Sarkozy, comme le levier incontournable qui leur permettrait de se débarrasser de l’outil politique dont il subissait la domination. Ces couches sont déterminées, et elles ne changeront pas d’avis. Dans un Occident qui s’effondre, une Europe qui fait de même, le système néolibéral failli et bringuebalant envoie une France, n’ayant plus ni frein ni airbag à fond vers le mur. Alors ces couches moyennes qui en ont tant profité, et se voient en gros bataillons passer à la trappe du déclassement, s’affolent devant la catastrophe qui vient.
Elles ont décidé d’emprunter le chemin de la révolte. Et au spectacle de la totale déconfiture du système Macron qu’elles ont contribué à mettre en place, s’imaginent que le pouvoir est à prendre, voire à ramasser. Comme Mitterrand, Mendès-France ou Defferre le 27 mai 1968 avec le résultat que l’on connaît. Et ceux-là l’avaient fait à l’époque pour les mêmes raisons, récupérer le pouvoir en faisant l’économie de l’intervention de la classe ouvrière. Comme aujourd’hui, ceux qui éblouis par ces étincelles qui ont mis le feu à la plaine des grandes métropoles, mettent leur espoir dans une alliance entre les petits-bourgeois urbains de Jean-Luc Mélenchon, les banlieues issues de l’immigration touchées par la grâce, et les couches intellectuelles pérorantes dépositaires de la bonne parole.
Ce serait tellement formidable de se débarrasser de Macron tout de suite, d’éviter ainsi que le prolétariat new-look de la France périphérique, puisse aller au bout de sa logique et de ses choix et élise Marine Le Pen comme il a décidé de le faire. Alors évidemment, il y a beaucoup de sincérité chez les gens (où j’ai beaucoup d’amis) que je vois s’enthousiasmer et espérer la chute rapide du psychopathe. Mais les regarder brandir drapeaux et références, en appeler aux grands ancêtres en égrenant les grandes dates, masque un des ressorts essentiels de leur engagement face à la rupture qui vient : la diriger pour conserver leur place et les avantages qui y sont attachés. Parce que même s’il ne faut pas avoir d’illusions, une véritable rupture avec les 40 ans de néolibéralisme libertaire, avec l’intervention politique de ce prolétariat, ne pourra faire autrement que d’en mettre énormément en cause. Alors on diabolise, utilise des références historiques mensongères, pointe un fascisme imaginaire. On invente contre l’évidence un concept de « macrono-lepénisme » au moment même où l’opération de Trappes organisée par le pouvoir contre le RN, vient de démontrer le caractère inepte. On réclame le départ immédiat de Macron, à longueur de plateaux d’une presse mainstream brusquement reconvertie dans l’anti-macronisme. En faisant semblant de ne pas voir le piège d’une élection présidentielle anticipée, sans véritable campagne. Avec un Gérard Larcher installé à l’Élysée pour l’intérim et candidat naturel à la fois du bloc central et du front républicain reconstitué.
« T’es chiant Castelnau, un rouge-brun en fait, voire carrément un nazi. À vouloir à tout prix que Marine Le Pen soit élue présidente de la république. En essayant de nous priver de notre doudou ».
C’est beaucoup plus simple. Même si je préférerais pouvoir communier avec un mouvement populaire, lancer des slogans et chanter des chansons (j’adore ça), j’ai subi tant de défaites, toujours été minoritaire, que je ne peux plus vivre dans un monde imaginaire. Contraint de me frotter au réel, je vois celui-ci nous présenter la facture. De nos défaites justement, de nos abandons, de nos compromissions, de nos lâchetés, dont le résultat est nécessairement une souffrance. Celle que prolétariat français tel qu’il est aujourd’hui, nous inflige en choisissant Marine Le Pen et le Rassemblement National comme outils de la rupture. Et ce n’est sûrement pas en marchant dans les combines de la petite bourgeoisie, grande responsable de la catastrophe, qu’on peut la traiter.
« Après, une fois les illusions dissipées, il y aura du temps pour la clarté. »
Espérons-le.
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