Je me marre !
Invité par plusieurs médias numériques, j’ai martelé que tant que l’arrêt de la cour d’appel de Paris, qui a déchiqueté le torchon judiciaire rendu par le tribunal correctionnel le 31 mars 2025, n’était pas DÉFINITIF, c’était bien inéligibilité assortie d’exécution provisoire de première instance qui continuait à s’appliquer. C’est l’application d’un principe rappelé par de nombreuses décisions de la Cour de cassation, mais également du conseil d’État, puisqu’il est le juge de la régularité des processus électoraux.
Par conséquent, si elle forme un pourvoi, Marine Le Pen ne risquera pas dans l’immédiat l’application de la peine de prison ferme aménagée, mais elle restera inéligible.
Elle a donc déclaré sa candidature, et va désormais battre la campagne. Ce retour dans le processus démocratique, qui est aussi celui des couches populaires qui lui font confiance était indispensable. Que l’on soutienne pas Marine Le Pen, le contraire aurait caractérisé un nouveau coup d’État.
Cela étant dit, le spectacle du chaos institutionnel et politique créé par le macronisme et qui vient brutalement de s’aggraver constitue une friandise. En particulier pour ceux qui ont combattu la transformation de l’appareil judiciaire en pouvoir politique au service du système Macron.
Lorsqu’on lit l’arrêt de la cour d’appel, qui a déchiqueté les stupidités de la décision de première instance, comment ne pas rire. En se rappelant les jours qui ont suivi son prononcé l’année dernière, où tout l’appareil judiciaire soutenait comme un seul homme ce qui était incontestablement une décision scélérate. Fruit d’un dévoiement complet de l’institution judiciaire qui d’intervention pour faire élire Macron, en protection de la corruption de son gang, en répression de masse de ses opposants, et en mise en place zélée d’atteintes gravissimes aux libertés publiques, s’était mise au service de l’extrême centre néolibéral.
Cet arrêt est non seulement un message fort envoyé au système Macron disant la fin de ce soutien zélé, mais également quelque part un acte de capitulation. Car personne ne peut s’imaginer que cette décision et ses suites n’ont pas été concoctées entre la Cour de cassation, le parquet général, et la collégialité de la cour d’appel. La seule question que l’auteur se pose encore est de savoir si cela a également fait l’objet de discussions directes avec Marine Le Pen son entourage. C’est plus que probable.
Car sinon comment expliquer le fait que le RN ait donné le spectacle qu’il était déjà l’arme au pied et disposant de toutes son organisation campagne. Comment interpréter toutes ces interventions publiques à base d’énormités juridiques prétendant que l’arrêt de la Cour, bien que n’étant pas définitif avait mis à néant le jugement de première instance. C’est la procureure générale de Paris qui vient tranquillement raconter n’importe quoi à la télévision, ce sont les juristes de l’entourage de MLP qui font de même, les avocats qui parcourent les plateaux pour raconter exactement le contraire de ce que dit le droit. Le tout sous le regard catastrophé des larbins politiques du système Macron et celui des antifascistes de pacotille terrorisés par le retour de Marine Le Pen qui mange les petits-enfants comme chacun sait., À ce cirque réjouissant, la Cour de cassation vient de produire un communiqué en forme de confirmation de l’élaboration négociée et de la capitulation.
La Cour rappelle quel est son rôle et quelles seraient les conséquences procédurales du pourvoi :
« Sauf exécution provisoire (tiens tiens…), le pourvoi a un effet suspensif (art. 569 du code de procédure pénale). La cour d’appel de Paris n’a prononcé l’exécution provisoire (tiens tiens…), sur aucune partie de sa décision.
Ainsi, les dispositions pénales de cet arrêt, qui ont partiellement infirmé le jugement du tribunal judiciaire de Paris, ne peuvent pas être mises à exécution. »
Par conséquent, la haute juridiction rappelle que si pourvoi il y a, Marine Le Pen sera dispensée (provisoirement) du bracelet. Mais dites donc chers amis, la peine complémentaire d’inéligibilité (ramenée à 15 mois) ne peut, elle non plus, être mise à exécution. Pourquoi ne pas le rappeler ? Qu’est-ce que c’est que cette timidité ? Parce que cela vous aurait obligé à dire que l’inéligibilité de première instance continue à s’appliquer ?
Ou bien, conscient du problème vous complétez votre communiqué en décrivant par le menu du déroulement d’une procédure devant votre juridiction (qui prend en général deux ans…), en nous disant explicitement, que vous vous mettez à la disposition de Marine Le Pen pour lui garantir son éligibilité au moment du premier tour du scrutin présidentiel : « À ce jour, la chambre criminelle de la Cour de cassation pourrait être en mesure de rendre son arrêt au plus tard début avril 2027, avant le scrutin présidentiel. »
Alors là, on aura tout vu ! Voilà que la Cour suprême française dit (traduction libre) : « ne vous inquiétez pas, en cas de pépin et si par exemple il y a des malintentionnés qui n’ont pas compris et qui vont invoquer cette inéligibilité, on va se démerder pour statuer en urgence et nettoyer le bousin à temps pour le premier tour. » Plus zélé, tu meurs ! Franchement, Il vaut mieux mourir le soir que le matin, car on en apprend tous les jours.
Parce que si effectivement dans l’ordre juridique français, l’arrêt de la cour de Paris était frappé d’un pourvoi pour éviter le bracelet électronique à Marine Le Pen pendant sa campagne, la candidate reste cependant inéligible du fait de la décision exécutoire de première instance. Mais pour qu’une règle de droit acquière sa puissance normative, c’est-à-dire entre dans le réel, il faut qu’une juridiction lui donne cette force concrète dans le cadre d’une décision juridictionnelle. Et à ce stade qui donc serait en capacité de constater cette inéligibilité et d’en tirer les conséquences ?
Richard Ferrand, le célèbre honnête homme, qui préside le Conseil constitutionnel accompagné de sa bande, pardi ! Les candidats à l’élection devront y déposer un dossier de candidature. Celui-ci sera examiné et vérifié par le Conseil qui publiera la liste des candidats admis à concourir. Cette publication devra être effectuée au plus tard le vendredi 19 mars 2027. Or, s’il y a bien une chose que le Conseil constitutionnel doit vérifier c’est l’éligibilité des candidats à la date du premier tour de scrutin (18 avril 2027 en la circonstance). Si la Cour de cassation n’avait pas à cette date (19 mars) rendu son arrêt de rejet du pourvoi donnant ainsi un caractère définitif à l’arrêt de la Cour de Paris, le Conseil constitutionnel devrait rejeter la candidature de Marine Le Pen. Ou bien admettre la patronne du RN à titre conditionnel, ce qui bien sûr ne s’est jamais vu. Sachant que cette décision administrative de publication de la liste des candidatures admises est insusceptible de recours. Quand je disais qu’on allait se marrer !
Je suis désolé, mais la capitulation de l’appareil judiciaire est totale. Confronté qu’il est à une situation qui tourne à la farce, il envoie deux messages. D’abord adressé à Macron, à qui il notifie le fait « qu’à partir de dorénavant » il est prié de se démerder sans eux. Ensuite à l’opinion qu’il essaie de rassurer en disant qu’il va essayer de bricoler des solutions. Pour sortir d’une situation dont il est intégralement le responsable.
C’est bien l’appareil judiciaire qui par l’intermédiaire de la Cour de cassation, a mis en place la jurisprudence scélérate et inconstitutionnelle permettant de poursuivre les parlementaires pour détournement de fonds publics en violation radicale de la séparation des pouvoirs. C’est bien l’appareil judiciaire qui muni de ce sésame a pu liquider François Fillon pour faire élire Emmanuel Macron. C’est bien l’appareil judiciaire qui a soutenu bec et ongles Macron et son gang de toutes les façons possibles. C’est bien l’appareil judiciaire, par l’intermédiaire du tribunal correctionnel de Paris, qui a prononcé sous les acclamations du corps le torchon politique du 31 mars 2025. Décision dont il essaye de se dépatouiller aujourd’hui par d’invraisemblables contorsions.
Alors on dira aux magistrats que votre capitulation est la moindre des choses et qu’il vous appartient de restaurer à minima la démocratie pour que le scrutin présidentiel de 2027 puisse se dérouler normalement cette fois-ci. En assurant la présence de la patronne du premier parti de France, et en restaurant par conséquent la liberté de leur choix aux couches populaires qui la soutiennent par millions.
Mais ceci étant fait, vous ne serez pas quittes. Vous devrez rendre des comptes sur la catastrophe du macronisme que vous avez contribuée à infliger à notre malheureux pays.
Avant de partir, merci de m’offrir un café.
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