Avertissement

Le « marxisme », c’est pratique. Le terme recouvre plusieurs champs, philosophique, économique, historique et politique. Mais il a ceci d’avantageux, c’est d’offrir des outils d’analyse du réel souvent opératoires. En l’occurrence Marx ne fut pas le découvreur du concept de « classes sociales », ni même de leurs affrontements, mais il en a systématisé leurs luttes dans le cadre de sa critique de l’économie politique. Par conséquent l’approche marxiste est une porte d’entrée qui permet d’appréhender le réel, et pourquoi pas de le comprendre. Ce n’est pas la seule, mais dans l’analyse du déroulement l’Histoire elle a quand même fait ses preuves.

Nous avons publié hier la première partie d’un long article rédigé par le professeur agrégé de philosophie Victor Sarkis. Il y était question de conséquences de l’opération concoctée par Jean-Luc Mélenchon aux élections législatives de deux 2024. Une nouvelle « grande quinzaine antifasciste » qui n’a eu que comme véritable conséquence que de sauver le macronisme, de prolonger de trois ans le cauchemar du peuple français, et de « congeler » la vie politique de notre pays dans une tripartition parfaitement délétère.

Cette fois-ci Victor Sarkis analyse, et nous aide à comprendre comment et pourquoi une grande partie des dispositifs qui furent indispensables à la réalisation du coup d’État de 2017 font désormais défaut. Rendant probablement impraticable une nouvelle opération visant illégalement à maintenir le système Macron (directement ou indirectement) au pouvoir. Le premier d’entre eux à s’être manifesté publiquement a été l’appareil judiciaire. Qui le 7 juillet dernier, dans une volte-face assez stupéfiante a restitué à Marine Le Pen l’éligibilité dont le jugement de l’année précédente l’avait privé. Il ne se passe désormais plus de jour sans que des signaux de diverse nature viennent confirmer l’isolement du macronisme et son effondrement. Nous nous interrogerons demain dans la troisième partie sur les volontés d’une bourgeoisie française bien embêtée.

Régis de Castelnau

Deuxième partie : « Paris vaut bien un bracelet »

Victor Sarkis

Au milieu de ce marasme politique complet, il y a néanmoins une séquence qui aura eu le mérite de retenir l’attention, et qui, bien plus que ce dernier, risque de façonner le rapport de forces politiques de ces prochains mois cruciaux pour l’avenir de notre nation. Il s’agit bien sûr de ladite « affaire des assistants parlementaires » du Rassemblement National[1], qui a connu en deux ans des rebondissements aussi capitaux que rocambolesques. Ouverte en 2014 après l’envoi d’une lettre anonyme à l’Office européen de lutte anti-fraude (OLAF), l’affaire a mis en cause 9 eurodéputés du RN (23 au début), dont Marine Le Pen, et 12 assistants parlementaires pour avoir, entre 2004 et 2016, utilisé les assistants parlementaires payés par l’Union Européenne afin de travailler pour le parti (le FN à l’époque) sur des tâches nationales en France, au lieu de travailler au Parlement européen comme leurs indemnités le supposeraient. Coût supposé du préjudice : 2,9 millions d’euros. L’affaire donnera lieu à l’ouverture d’une enquête par le parquet en France en 2016, où le Parlement européen s’est constitué partie civile[2]. L’affaire a bien sûr déclenché dans la presse, de gauche et de droite (mais tous européistes), des cris d’orfraie hystériques sur la moralité bafouée en politique par le RN[3]. Certains se sont même pris à rêver que l’affaire entache le crédit du RN auprès des couches populaires, en démontrant que ses critiques contre des élites corrompues (le « tous pourris ! ») n’étaient au final qu’hypocrisie (« Mains propres et tête haute ! » pérorait Jean-Marie Le Pen en son temps)[4]. Las, la chose n’a visiblement pas eu l’effet escompté, et nos grands clercs de gauche ont dû en rabattre sur leurs ambitions de ce côté-là.

L’affaire, à vrai dire, n’avait sur le fond rien de bien scandaleux sur le plan politique, et il était illusoire de penser que le petit peuple en France s’émeuve de cela, même en mettant son vote de départ hors de la balance. Tous les partis de la Ve République ont plus ou moins eu recours à des techniques similaires, qui n’ont jamais visé l’enrichissement personnel des membres du parti, mais à utiliser des ressources pour faire croître celui-ci. Et la raison de fond en est tristement logique : toute personne qui a milité sérieusement durant sa vie sait à quel point cela demande du temps et de l’énergie, et est plus que difficilement conciliable avec une activité professionnelle. Dès que l’organisation politique veut se développer un tant soit peu, elle est obligée d’avoir recours à des permanents (des militants professionnels). Or, toutes les organisations politiques le savent, payer des permanents coûte atrocement cher, et le simple fait d’en avoir (ne parlons même pas d’en avoir en masse) est tout simplement hors de portée de la plupart des organisations politiques en France. Même pour les gros partis, les cotisations des militants et le reversement d’une partie de leurs indemnités par les élus ne couvrent qu’à peine les frais de fonctionnement (matériel, locaux, déplacements…), et rendent difficile de payer suffisamment de permanents pour abattre l’énorme masse de travail que représente l’activité d’un parti politique au quotidien.

D’autant que la loi de 1988 sur le financement de la vie politique est venue mettre un cadre juridique très contraignant sur ce financement, aggravant encore ce problème structurel. La période qui précédait pouvait avoir un aspect folkloriste et far-west un peu borderline (mallettes de cash, paradis fiscaux, fausses factures, « bureaux d’études », entreprises privées qui finançaient à droite et à gauche), mais cette nécessité réelle d’aller au-delà des ressources officielles était tolérée dans une zone grise. Le PS avec l’affaire Urba, le RPR avec les emplois fictifs de la mairie de Paris : même le PCF de l’époque y a eu sa part, avec par exemple l’affaire, oubliée aujourd’hui, du bureau d’études Gifco[5]. La loi de 1988, sous couvert de moraliser la vie politique, a au contraire renforcé la pression sur les partis. D’autant que la compensation prévue par cette loi pour pallier cette perte financière d’alors était un pacte faustien : l’État aidera financièrement les partis, mais en fonction de leurs résultats aux élections, législatives notamment. On comprend le marché de dupes : il s’agissait de maintenir les gros partis dans leurs financements, et les petits en étaient désormais irrémédiablement exclus. On arrivait donc à un cercle de fer, que Chirac et Mitterrand à l’époque avaient parfaitement en tête : pour être un gros parti et faire des gros scores, il faut de l’argent ; et pour avoir de l’argent… il faut être un gros parti et faire de gros scores. C’était tout simplement une prime énorme donnée au PS et au RPR d’alors hégémoniques, et l’assurance que le PCF déclinant ne remonterait pas, que le FN d’antan ne grossirait pas trop, et que personne d’autre ne viendrait contester de près ou de loin l’hégémonie maastrichtienne qui s’annonçait, et se préparait bien en amont.

On comprend alors que dans ce jeu truqué, il n’y a pas d’autres solutions quand on veut passer un certain palier dans la structuration du parti que de tricher. Dans ce jeu, tout le monde triche, et ceux qui trichent le plus sont ceux qui sont les plus désavantagés par ces règles structurelles. Les assistants parlementaires, que ce soit à l’Assemblée nationale ou au Parlement européen, sont clairement, et c’est un secret de polichinelle, la façon la plus efficace de tricher, et d’avoir des permanents déguisés, car payés avec les indemnités de l’élu : un député prend un assistant, le paye avec son indemnité, et le parti l’emploie à d’autres tâches. Problème : l’indemnité doit théoriquement servir uniquement le mandat du député (national ou européen, pour l’instant, cela n’a pas d’importance). Là encore, on voit que la règle est plus pénalisante pour les petits partis sans trop d’argent, qui n’ont pas d’autres moyens pour se payer des permanents, que pour les gros partis qui roulent sur l’or, qui eux ont d’autres moyens pour se les offrir. Tous les petits partis (et même souvent les gros) sont passés par là, car c’est une logique structurelle, même le PCF d’aujourd’hui[6].

Or, le FN de l’époque (de 2004 à 2016 selon le parquet) était un petit parti, sans trop de moyens : aucun député national en 2004, 7 députés européens ; 2 nationaux en 2016, 24 européens. Lorsque Marine Le Pen a dit en 2022 face à E. Macron que le RN était un parti pauvre[7], ce n’était pas un mensonge, au moins pour cette période. La meilleure preuve ? Le fameux emprunt russe contracté par le FN en 2014, d’une valeur de 9 millions d’euros[8]. Selon E. Macron, cela prouverait qu’elle serait « à la solde du Kremlin » (si seulement !) ; selon l’intéressée, c’était un choix de dernier recours, car toutes les banques françaises auraient refusé de leur accorder ce prêt. La meilleure façon de trancher, c’est de regarder le taux d’intérêt de cet emprunt russe : 6 %[9] ! Quand on sait qu’en 2014, les taux d’intérêts en France étaient presque nuls[10] (les vannes du crédit étaient grandes ouvertes après la crise de 2008), ces 6 % stratosphériques n’étaient pas un cadeau du Kremlin au RN, c’est une certitude[11]. Pour aller chercher ce crédit là-bas, et à ce taux-là, et mettre autant de temps à le rembourser, c’est sûr, il ne faut pas être un parti riche.

Si le RN a donc triché sur les réelles occupations de ses assistants parlementaires, il n’a pas eu ici un comportement plus déshonorant que les autres partis en la matière, et il n’a fait que suivre la logique politique nécessaire pour échapper aux règles d’un système fait pour préserver les gros partis, et empêcher les plus petits de grimper. Et s’il l’a plus fait que les autres, c’est qu’il était plus pauvre que les autres, et qu’il avait moins de moyens qu’eux pour se financer légalement. On le voit d’ailleurs avec l’affaire parallèle des assistants parlementaires du Modem, beaucoup moins médiatique, mais strictement équivalente[12]. F. Bayrou n’a pas été inquiété (alors qu’il est vraisemblablement aussi coupable que Marine Le Pen), et les sanctions en première instance ont été bien plus clémentes : uniquement du sursis, et pas de peine d’inéligibilité de poids lourds politiques[13]. Et si le préjudice estimé est moindre (300 000 euros), n’est-ce pas justement que le Modem était plus riche que le RN à l’époque ?

Dans ces conditions, penser que les classes populaires françaises vont s’émouvoir du fond de l’affaire, c’est de la naïveté à l’état pur : elles savent trop d’instinct à quel point les règles sont truquées en faveur des puissants pour voir ici la morale offensée, et elles ont trop elles-mêmes dû pratiquer les petites tricheries du quotidien qu’impose la nécessité (trouver un travail, un appartement) pour ne pas partiellement se reconnaître dans cette situation.

D’autant que, et ce n’est pas moins important, les accusations portent sur l’emploi de l’argent de l’Union Européenne, pas de l’Assemblée nationale. Sachant que le FN à l’époque était un parti au moins formellement anti-européiste (sorties de la zone euro et de l’espace Schengen, depuis malheureusement abandonnées), et qu’il est certain que ses électeurs et une partie de ses cadres l’étaient réellement, où est la contradiction politique à lui reprendre un peu de l’argent qu’elle a volé ? Si l’on connaît par ailleurs le peu d’amour que portent les classes populaires françaises à l’Union européenne en tant que telle, une telle action n’était pas non plus pour susciter leur antipathie. S’émouvoir de prendre l’argent de l’Union Européenne est, et restera, exclusivement une attitude réservée à la petite-bourgeoisie urbaine diplômée, qui a élevé sa propre morale de classe au rang de morale universelle.

Ce préambule était un peu long, mais il était nécessaire pour analyser les deux condamnations qui ont eu lieu, et en planter le cadre général.

Bien que le jugement de première instance du 31 mars 2025 ait été un scandale sur le plan politique et juridique, il faut néanmoins dire que la faute en revient partiellement au RN. Tout d’abord, celui-ci s’est très mal défendu : au lieu d’assumer politiquement les faits, de les revendiquer fièrement et avec orgueil, et donc de jouer le rapport de forces, ils ont tenté de les nier, de les minimiser, et de montrer patte blanche au système. Le résultat a été catastrophique : avec le système européiste et macroniste, ne pas montrer les crocs, c’est être faible, et être faible, c’est être dévoré. A aucun moment lors du premier jugement le RN n’a tenté de faire du procès une tribune anti-Union européenne, et de montrer publiquement ce qu’était en réalité ce procès : une farce juridique pour faire avancer un agenda politique européiste sordide. Et cela découle malheureusement bien logiquement de l’évolution du RN depuis de nombreuses années : les reculades interminables sur l’Union européenne (plus de sortie de l’Euro et de Schengen) et sur l’Ukraine (livraison d’armes aux bandéristes, condamnations de l’action légitime de la Russie), tout cela l’a privé de ses griffes pour se défendre dans ce moment crucial, et ses adversaires en ont amplement profité[14].

Le résultat, scandaleux juridiquement[15], a cependant été logique sur le plan politique : 4 ans d’emprisonnement dont 2 ans fermes, 100 000€ d’amendes et surtout, 5 ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire, pour la seule Marine Le Pen, sans compter les autres condamnations[16]. La France entière a découvert ce jour-là le concept d’exécution provisoire, qui permet l’application de la peine (en l’occurrence, l’inéligibilité), même en cas d’appel. Autrement dit, même sans arrêt de la cour d’appel, la candidate en tête dans les sondages, et surtout chez les catégories populaires, pouvait se retrouver purement et simplement inéligible pour l’élection présidentielle de 2027 ! Inutile de dire que dans une autoproclamée « démocratie libérale », cela faisait mauvais genre : on savait certes que pour Hegel, les choses devenaient le contraire de ce qu’elles prétendaient être, mais là quand même, la ficelle était trop grosse… Le tout était justifié par les magistrats par un ridicule « risque de trouble majeur à l’ordre public » que constituait sa candidature[17]. Nous avons donc assisté avec ce premier jugement à une sorte de coup d’État européiste par avance : la petite-bourgeoisie urbaine, par le bras armé de la magistrature (qui n’en est qu’une partie après tout), venait purement et simplement de barrer la route à la candidate des couches populaires qui risquait quand même cette fois de gagner – si ça, ce n’est pas de la lutte des classes ! On assistait purement et simplement à la version française de la farce roumaine de décembre 2024, où le candidat anti-guerre (et nullement d’extrême-droite comme l’ont rapporté tous les médias aux ordres) Calin Georgescu était arrivé en tête au premier tour de l’élection présidentielle, et où, devant le « risque d’ingérence russe » (sic !), le conseil constitutionnel roumain avait purement et simplement décidé… d’annuler l’élection, et de lui interdire de se représenter[18]. Le parallèle est éloquent, et on verra qu’on pourra sans peine le pousser plus loin.

Devant l’ampleur du scandale que constituait le jugement, et notamment l’exécution provisoire, une bonne partie de la classe politique s’est dit que la chose devenait un peu trop grosse pour passer sans encombre[19], que les magistrats en avaient peut-être trop fait, et, pour faire passer la pilule, on s’est engagé à ce que l’arrêt de la cour d’appel puisse se tenir avant la campagne présidentielle[20]. Cela n’engageait pas à grand-chose sur le moment, mais aidait à faire passer la pilule.

Face à cette attaque sans nom, la réaction du RN fut d’ailleurs timorée et pusillanime : au lieu de mobiliser, comme l’aurait bien sûr fait un grand parti de masse et de classe, les masses populaires qui votent pour lui, et de faire jouer le rapport de force politique avec le pouvoir centriste et européiste, il a préféré temporiser, et s’est contenté du minimum syndical – une timide manifestation clairsemée, et organisée… au Trocadéro, haut-lieu de sociologie du vote RN, comme chacun le sait[21]. Visiblement, l’heure n’était pas à la lutte, et la réaction n’était pas à la hauteur de l’enjeu.

En fait, le RN actait ici une mutation profonde, qui, de silencieuse, allait devenir de plus en plus visible et évidente, au point de pouvoir s’étaler dans les grands médias – qui sont un peu comme les gens petits que plaignait Coluche : ils sont les derniers à savoir qu’il pleut. Le produit marketing J. Bardella allait enfin pouvoir être lancé : il allait être candidat à la place de Marine Le Pen[22]. Pur produit mis en avant à l’origine par Marine Le Pen, en raison de ses liens matrimoniaux de l’époque avec le clan familial, et de sa malléabilité à souhait, le voilà qui se prenait des envies d’indépendance et de voler de ses propres ailes. Lui qui ne devait sa carrière qu’au fait d’avoir été pris sous son aile par la cheftaine, il n’avait pas compris qu’il ne devait son succès qu’au fait de faire ce qu’elle disait, de mettre un costume et de se raser de près pour donner l’impression d’être un jeune sérieux. Tant qu’il ne croyait pas qu’il pensait par lui-même, l’opération de communication fonctionnait plutôt bien : il ne gênait pas M. Le Pen comme d’autres (un Philippot par exemple), et il passait plutôt bien auprès d’un électorat populaire, qui appréciait ses origines plutôt modestes (il a grandi en Seine-Saint-Denis, sans être pour autant un grand misérable), et sa volonté de faire propre sur lui. Même son manque de diplôme n’était pas un problème en soi, car il faut vraiment être un petit-bourgeois décérébré par son propre mépris de classe pour penser que c’est un brevet d’intelligence – et les couches populaires ne s’y trompent généralement pas. Plus gênant était son manque d’expérience professionnelle à vrai dire : mais en des temps de vieillissement de la population et de désindustrialisation, un jeune opportuniste qui tente de s’en sortir en saisissant les occasions n’aura finalement pas grand-chose de choquant dans le fond.

Le grand drame du garçon s’est cependant produit en juin 2024, lors de la campagne pour les législatives, lorsqu’E. Ciotti lui a permis d’être invité par le MEDEF[23]. Lui, le plouc de banlieue sans diplôme ni expérience professionnelle, s’est retrouvé invité par les grands de ce monde, et a pu avoir le plaisir narcissique d’être écouté religieusement par eux. Voyant bien ses faiblesses psychologiques de classe évidentes, ils ont fondu dessus comme des rapaces endurcis, et ont commencé à le flatter, et à lui expliquer que le programme économique du RN n’était pas réaliste, qu’il fallait être plus libéral[24], pro-UE, atlantiste… – avec E. Ciotti en opportune coquine entremetteuse[25].

Ni une, ni deux, le voilà qui se prend pour un grand homme d’État, se rêve un destin politique, et voit le costume de président comme sa destination naturelle. Les têtes vides ont cette particularité qu’elles se gonflent d’autant plus facilement qu’elles s’emplissent de ce que l’on met dedans. Voulant immédiatement mettre en conformité son apparence avec son essence, il change de look, et remise au placard sa panoplie de petit jeune sérieux : voici venu le temps des lunettes ludiques, de la barbe de trois jours libidinale, et même du blouson à zip marginal[26] – un vrai look de libéral-libertaire, qui lui servira de tremplin pour le tournant politique du RN ! Las, il est allé trop vite en besogne, et il remettra sa petite barbe et ses lunettes au placard.

Il accentue néanmoins, avec ses lieutenants (comme l’immonde Pierre-Romain Thionnet) tous les aspects européistes, atlantistes et libéraux du RN, en contradiction complète avec la sociologie de son vote : russophobie délirante[27], soutien à l’Ukraine[28], âge de départ à la retraite[29], conversion sans réserve au libéralisme économique[30], et bien d’autres immondices. Il n’y a que sur le dossier du soutien à Israël que J. Bardella n’a pas fait pire que Marine Le Pen, c’est le seul point que l’on peut lui reconnaître.

Bien évidemment, ces inclinaisons, et bien plus, ce style libéral-libertaire, ne pouvaient qu’à terme entrer en contradiction avec l’électorat RN. Nous l’avions dit en 2024, et nous le redisons aujourd’hui : puisque les programmes ne sont plus applicables, plus personne ne vote pour eux, mais pour un style, une image. Or, nous avions diagnostiqué que le succès de ces dernières années du RN auprès des couches populaires reposait justement sur une image moins libérale-libertaire renvoyée que les autres partis (LFI a-t-elle seulement conscience du caractère rédhibitoire de l’image qu’elle renvoie sur ce point ?). Or, toute l’entreprise de J. Bardella et de sa clique était justement de détruire cette image, qui était le seul capital politique réel du RN. Son aventure était donc probablement vouée à l’échec, et si on l’avait laissé faire, il se serait écrasé en vol – si les Français voulaient un nouvel E. Macron, pourquoi diable aller le chercher au RN ?

L’opération d’écartement par la justice de Marine Le Pen visait donc à la remplacer par un candidat plus libéral, plus européiste, plus atlantiste, et plus malléable par les grands intérêts de la bourgeoisie française que cet électron libre atypique et imprévisible qu’elle représentait, et qui, si elle n’a jamais bien sûr été très anti-capitaliste, n’a jamais beaucoup respecté cette bourgeoisie, qui la snobait elle et son père. On voit donc ici que le parallèle roumain peut, et doit être prolongé : car Georgescu, candidat anti-guerre, a été remplacé dans l’élection roumaine qui a suivi par George Simion, pour le coup vraiment d’extrême-droite, et qui aura réussi à perdre l’élection par incompétence face au candidat libéral[31]. Il est évident que le même scénario était en marche pour la France, et que non seulement personne à gauche ne l’a dénoncé, mais l’ont même applaudi pour la plupart. Dans ces conditions, le résultat le plus probable de l’élection présidentielle de 2027 aurait été soit la réélection d’un macroniste, soit, moins probable, l’élection d’un clone de Macron nommé Bardella. Les possibilités politiques ouvertes par l’arrivée au pouvoir du RN que nous avions diagnostiquées en 2024 auraient été totalement amoindries, voire annihilées, et la vie politique française aurait repris des années d’immobilisme et de congélation dans le cercle de fer de l’européisme atlantiste – sur fond de guerre larvée avec la Russie, et de crise pétrolière profonde.

Ce scénario catastrophe a cependant été évité par un événement dont peu ont saisi la portée, parce que peu ont saisi le caractère exceptionnel, et largement surprenant : l’arrêt de la cour d’appel du 7 juillet 2026. Celui-ci annule en grande partie le jugement de mars 2025, même s’il le fait d’une façon assez alambiquée, et qu’il va d’abord falloir clarifier, car cette obscurité permet à beaucoup aujourd’hui d’occulter les véritables enjeux. Au premier abord, la condamnation de Marine Le Pen pourrait sembler assez similaire au premier jugement : 100 000€ d’amende, 3 ans de prison dont 2 avec sursis, et surtout, 45 mois d’inéligibilité, dont 30 avec sursis[32] – le tout sans exécution provisoire. Mais c’est en réalité une seconde condamnation radicalement différente qui permet à Marine Le Pen de se présenter à l’élection de 2027, puisqu’avec l’exécution provisoire de la première instance, les 15 mois d’inéligibilité étaient déjà effectués. Le tribunal le justifiait d’ailleurs par une volonté de tenir compte de « la liberté de choix de l’électeur » (on les remercie de ce peu !) : exit donc, et sans ménagement, l’hypothétique « trouble majeur à l’ordre public » de 2025 – le jugement était déchiré. Dura lex, sed lex !

Plus délicat cependant était la peine de prison ferme d’un an, qui serait aménagée sous bracelet électronique : si Marine Le Pen acceptait la décision de seconde instance en l’état, elle devrait faire la campagne sous bracelet, et demander l’autorisation du juge pour chaque déplacement (à moins que la pose de celui-ci soit repoussée à après la campagne, mais vu la tournure des événements, cela n’a pas dû être possible). Pour échapper à ce bracelet, Marine Le Pen a donc choisi de se pourvoir en cassation[33], ce qui a entraîné un imbroglio juridique dont les amateurs sont friands. En effet, en cas de pourvoi en cassation, le jugement de première instance, assorti bien sûr d’une exécution provisoire, s’applique-t-il, ou bien est-ce celui de la cour d’appel, suspendu pour l’occasion ? C’est la question à un million de sesterces, car dans le premier cas, Marine Le Pen est inéligible jusqu’à l’arrêt de la cour de cassation, dans le second elle ne l’est pas. Et il faut dire que le citoyen honnête a eu bien du mal à se retrouver dans la jungle des interprétations sauvages qui ont eu lieu. Nous ne rentrerons pas dans une discussion juridique, car il s’agit d’un sujet technique. En revanche, on peut expliquer politiquement les raisons de ce charivari.

Grosso modo, les négateurs de l’inéligibilité juridique de Marine Le Pen se répartissent en deux groupes : les juristes du RN, parce qu’ils ne peuvent pas dire autre chose[34] ; et les magistrats de profession, parce qu’ils sont bien embêtés[35]. Leurs arguments sont assez alambiqués, car la logique de l’exécution provisoire est justement de ne pas pouvoir échapper à la peine en cas de réexamen du dossier[36]. De plus, le jugement de première instance, est, comme son nom l’indique, premier, non seulement chronologiquement, mais surtout logiquement : l’appel est second, et s’il y a suspension de celui-ci, c’est bien la première condamnation qui s’applique. Juridiquement donc, il semble bien que Marine Le Pen soit désormais de nouveau inéligible[37].

Cependant, le droit est une abstraction, comme le disait Max Weber, tant que les petits hommes avec des casques à pointe ne viennent pas le faire appliquer[38]. Autrement dit, la décision juridique ne prend sa réalité, ne devient « effective » dirait Hegel, que si le rapport de force politique, et donc de lutte des classes, lui vient en appui. Sans, il reste lettre morte, et un fantôme éthéré.

Or, c’est exactement ce qui se passe avec l’inéligibilité de Marine Le Pen : celle-ci est juridiquement inéligible, mais politiquement éligible. C’est ce que l’avocat Régis de Castelnau a très joliment nommé « l’inéligibilité quantique » – cette superposition de deux états contradictoires en physique, et qui se retrouve soudainement transplantée en politique.

Cette situation, complètement ubuesque, doit être expliquée dans ses racines de classe. Et c’est ce que se refuse à faire toute l’analyse de gauche, ou presque, tant elle est aveuglée par ses propres illusions : pourquoi la bourgeoisie, après avoir choisi d’écarter Marine Le Pen en mars 2025, a-t-elle subitement décidé en juillet 2026 de la réintégrer à la course pour la magistrature suprême, alors même que tout indiquait que le coup avait réussi ? Le remplacement par J. Bardella s’était fait sans résistance, les couches populaires avaient accepté sans trop protester ce chapardage, et les anti-libéraux au sein du RN s’attendaient visiblement même à être purgés tôt ou tard[39].

Pour comprendre réellement ce qui s’est passé, il faut comprendre que les tensions qu’il y a eu, et qu’il y aura, entre M. Le Pen et J. Bardella depuis deux ans, sont les signes visibles d’un affrontement de classes au sein du RN. Comme la gauche a, depuis Mitterrand, refusé obstinément de défendre les classes populaires et les ouvriers, et en est même devenue l’ennemi majeur, le FN/RN, est devenu, par la force des choses, et bien à son corps défendant, le champion électoral de ces classes. Comme nous l’avions expliqué en 2024, il ne faut pas penser que cette situation l’enchante particulièrement non plus : historiquement, le FN est venu de la droite poujadiste, puis a ajouté une touche libérale et reaganienne opportuniste dans les années 80 ; son plébéianisme anti-élites était donc plus feint que réel, et à choisir, nombre de cadres dirigeants auraient sans difficulté été classés du côté de ce que Lukács appelait la « vision aristocratique du monde », contre la « vision démocratique »[40]. La plupart avaient en effet eu une éducation bourgeoise et élitiste, et tout devait les pousser à avoir un mépris des masses[41]. Ceci a toujours été compensé au sein du FN historique par la présence d’éléments d’origine plus modestes[42], mais n’a pas laissé d’imprimer sa marque sur la conception bourgeoise que le FN, puis le RN, s’est faite des cadres et du parti. Pour les partis bourgeois (c’est vrai du RPR/UMP/LR, du PS, d’EELV et aussi de LFI comme il sera facile de le constater), les militants arrivent tout prêts pour le travail d’exécution, et n’ont pas besoin d’être formés par le parti. Celui-ci leur reste donc une chose tout extérieure, et dont ils n’ont pas à s’emparer pour le faire vivre de l’intérieur. Idem pour les cadres : comme ceux-ci sont issus de la bourgeoisie (regardez le nombre d’anciens avocats responsables à droite, et d’anciens journalistes à gauche), ils ont reçu leur formation élémentaire et politique (culture générale, connaissances théoriques et historiques, capacités de rédaction, art oratoire) durant leur cursus scolaire et universitaire, et il est donc superflu de vouloir les former. Comme de plus, pour les partis cités, la majeure partie de leurs militants appartient à la petite ou moyenne bourgeoisie, et a donc une éducation supérieure, il n’est pas très difficile au besoin d’aller piocher dans ce large vivier pour avoir une armée de cadres prête à tout moment. Il n’est pas très difficile de voir ici que LFI est proche de cette structure : aucune formation des cadres n’est nécessaire, car ils sont tous diplômés, et les militants (eux aussi très souvent diplômés) forment une masse indistincte qui est priée de se tenir à l’écart des structures de décisions, et de se mobiliser comme un seul homme lors des élections[43]. Et le RN partage cette politique des cadres : aucune formation sérieuse de ceux-ci n’est effectuée, et les militants, qui subissent de façon notoire un grand turnover, n’en innervent pas la vie. Comme dans le passé, de nombreux cadres du FN venaient de la droite bourgeoise, cela ne posait pas de problèmes majeurs, d’autant que ses résultats électoraux modestes le dispensaient de besoins élargis. Certains, comme Gérard Longuet (rédacteur du programme économique du FN dans les années 70), ont même pu après continuer tranquillement leur carrière au sein du RPR & co. Ceci n’est d’ailleurs pas allé sans contradiction, et la tentation des cadres bourgeois du FN de se séparer de cet électorat de ploucs a toujours été un serpent de mer dans l’histoire du mouvement. On peut penser à la scission Mégret en 1999, ou plus récemment au départ de Marion Maréchal en 2017, ou encore la candidature de Zemmour en 2022 (avec un grand transfert de cadres du RN). La tentative de Mégret a cependant été la plus conséquente, et la plus tenace, car il venait du cœur du mouvement, et Mégret avait du mal à se sentir inférieur à Jean-Marie Le Pen : lui, le polytechnicien, il devait se résoudre à n’être que le fidèle écuyer du fils de pêcheur breton ! Seulement, et c’est l’autre constante de l’histoire du FN, ces scissions ont toujours échoué, et se sont lamentablement terminées. Ce fut donc le mouvement de fond de la contradiction du RN : avoir des cadres de droite qui ont toujours eu la tentation de se débarrasser de leurs pairs plus plébéiens, mais qui ont échoué à chaque fois qu’ils ont tenté.

Sauf que l’arrivée massive d’un électorat ouvrier dans les années 2010[44] a bouleversé encore plus cette structure : la base militante s’est élargie, et prolétarisée, et le besoin en cadres est devenu exponentiel. Mais la politique des cadres est restée la même. Le RN a donc commencé à souffrir d’une contradiction qui l’habite encore aujourd’hui, et brutalement, et que l’on pourrait synthétiser ainsi : le RN a la base sociale du PCF des années 70, et la politique des cadres du RPR. Le résultat est donc catastrophique, puisque dès lors qu’un cadre ne vient pas de la bourgeoisie et de la droite traditionnelle, il n’a aucune formation théorique, pratique ou oratoire élémentaire. Les compilations humiliantes de chaînes locales dont se gave à souhait la gauche à chaque élection législative sont la face la plus visible de ce phénomène : on propulse de pauvres gens dans l’arène politique sans préparation, et c’est un massacre la plupart du temps[45]. Le cas de J. Bardella, et de son niveau intellectuel et oratoire, montre à quel point le problème est criant, y compris au sommet du parti[46]. Pour y remédier, il faudrait investir réellement la formation des militants d’un rôle moteur, et procéder à une révolution culturelle dans la conception du parti, sur le modèle de ce que faisait le PCF. Mais comme cela supposerait d’assumer une lutte des classes que le RN refuse d’endosser (en désossant son programme année après année), celle-ci est impossible.

Cette hégémonie des cadres bourgeois issus de la droite classique sur les autres a toujours poussé le RN vers une « union des droites » inodore et incolore, et que J. Bardella a voulu mener à son terme. Mais la structure même de la base électorale et militante, populaire et ouvrière, a toujours interdit d’aller au bout de cette logique, car elle aurait signifié la liquidation de leurs intérêts de classe : les ouvriers ont-ils déserté la gauche mitterrandienne, libérale et européiste[47], pour aller se retrouver avec les mêmes à droite, sarko-zemmouriste, et chapeautée par Bardella et Marion Maréchal ? On voit bien que cela est absurde, rien qu’à l’énoncer. Le problème, c’est que cette couche sociale, par la faute entière et unique de la petite-bourgeoisie intellectuelle, est abandonnée à elle-même, et, sans formation, elle est condamnée à être muette, et à n’avoir aucune possibilité d’expression théorique et intellectuelle. Mais tout marxiste sait que lorsqu’une classe exploitée est (rendue) muette, cela ne veut pas dire qu’elle n’a rien à dire, qu’elle ne pense pas, n’agit pas, et n’a pas d’intérêt de classe. Mais cela, on ne l’apprendra pas dans Libé, Le Monde ou Le Figaro.

L’intervention de la magistrature dans cette contradiction interne au RN, en écartant Marine Le Pen, l’a cependant bouleversée. Tant qu’il pouvait s’agir en apparence d’une pure lutte interne, elle pouvait être niée par les participants. Mais qu’un camp bénéficie de facto de l’appui d’une couche sociale antagonique, et l’affaire change de dimension, en plus de devenir totalement ouverte. Que la petite-bourgeoisie en soit venue à une telle extrémité ne peut s’expliquer que par son désespoir profond, au point de tomber le masque, afin de faire avancer au sein du RN l’atlantisme, l’européisme et le libéralisme. Mais ce faisant, elle a donné au prolétariat qui vote RN une volonté et une conscience plus claire, dont la clarification sera justement un des grands enjeux de ces prochains mois. Entre la politique des cadres du RPR, et sa traduction dans le programme, et la sociologie du PCF des années 70, le RN va devoir choisir, et surtout, aller au bout de ce choix.


[1]https://www.touteleurope.eu/institutions/qu-est-ce-que-l-affaire-des-assistants-du-rn-au-parlement-europeen/

[2]https://www.lemonde.fr/politique/article/2017/01/31/marine-le-pen-refuse-de-restituer-300-000-euros-au-parlement-europeen_5072351_823448.html

https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/2017/03/03/35003-20170303ARTFIG00336-marine-le-pen-convoquee-par-les-juges-dans-l-affaire-des-assistants-parlementaires.php

[3]Un échantillon de l’époque : https://www.france24.com/fr/20170218-emplois-fictifs-fillon-ca-casse-le-pen-ca-passe

https://www.lexpress.fr/politique/rn/affaire-assistants-parlementaires-la-grosse-ardoise-de-le-pen-a-strasbourg_1927643.html

https://www.mediapart.fr/journal/france/160422/argent-public-un-rapport-accuse-marine-le-pen-de-detournements-la-justice-saisie

[4]https://larevuedesmedias.ina.fr/marine-le-pen-proces-assistants-parlementaires-europeens-coulisses-enquete-mediapart

[5]https://www.lemonde.fr/archives/article/2000/10/27/au-proces-du-financement-du-pcf-les-avocats-du-gifco-reclament-la-recusation-de-la-presidente_3708946_1819218.html

[6]https://www.liberation.fr/politique/accuse-demploi-fictif-dassistant-parlementaire-fabien-roussel-a-ete-entendu-par-la-justice-20220912_WLAXYZX4C5GT3CLDM6L2P4WY4I/

[7]https://www.facebook.com/RTSinfo/videos/nous-sommes-un-parti-pauvre/355239059989890/

[8]https://www.latribune.fr/economie/france/presidentielle-2022/emmanuel-macron-accuse-marine-le-pen-d-etre-a-la-solde-du-pouvoir-russe-914723.html

[9]https://www.leparisien.fr/politique/pret-russe-au-rn-le-mystere-plane-sur-le-remboursement-des-9-millions-d-euros-22-09-2019-8157495.php

[10]https://www.lafinancepourtous.com/2014/02/06/taux-dinteret-legal-004-pour-2014/

[11]On se demande bien pourquoi Marine Le Pen en 2022 n’a pas lancé à la figure d’E. Macron le montant du taux d’intérêt, qui l’aurait certainement ridiculisé.

[12]https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_des_assistants_parlementaires_du_Mouvement_d%C3%A9mocrate_au_Parlement_europ%C3%A9en

[13]https://www.leclubdesjuristes.com/justice/affaire-des-assistants-du-modem-les-enjeux-du-proces-en-appel-de-francois-bayrou-17260/

[14]Ajoutons à cela un soutien stupide et monstrueux à Israël, qui a achevé de faire croire au RN qu’il était intouchable. Visiblement, en vain.

[15]https://www.vududroit.com/2025/03/une-justice-politique-lhistoire-sans-fin/

[16]https://www.franceinfo.fr/politique/front-national/affaire-des-assistants-fn-au-parlement-europeen/marine-le-pen-condamnee-a-quatre-ans-de-prison-et-cinq-ans-d-ineligibilite-avec-execution-provisoire-au-proces-des-assistants-parlementaires-du-fn_7157157.html

[17]Il faut d’ailleurs noter ici en passant, que le concept de « trouble à l’ordre public » a connu ces dernières années une excroissance juridique monstrueuse et totalement incontrôlée, et que ce delirium au pays du droit est en grande partie responsable du recul des libertés publiques auquel nous assistons. Un des premiers coups d’alarme avait été donné en 2014, avec l’interdiction du spectacle de Dieudonné, qui introduisait une extension de la notion, que l’on pouvait déjà deviner à l’époque incontrôlable, de « trouble à l’ordre public immatériel » (sic !), sans qu’aucune dégradation de personne physique n’ait lieu (comme dans le célèbre arrêt de 1995 sur le « lancer de nains »). Puis en 2016, le même concept avait servi à interdire des manifestations de la CGT contre l’odieuse « Loi Travail », là encore, dans un cadre juridique délirant. On aboutit ici à la logique de ce développement, auquel on pourrait rajouter des péripéties : l’interdiction à l’avance d’une élection majeure, sous prétexte que le résultat risque de ne pas plaire à certains.

[18]https://www.franceinfo.fr/monde/europe/annulation-de-la-presidentielle-en-roumanie-ce-que-l-on-sait-des-soupcons-de-manipulation-en-faveur-du-candidat-d-extreme-droite-calin-georgescu_6939530.html

[19]Y compris d’ailleurs Jean-Luc Mélenchon (à la différence de toute la gauche), qui a d’ailleurs dû se dire qu’il pourrait être le prochain s’il en prenait l’envie à la macronie : https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/03/31/condamnation-de-marine-le-pen-jean-luc-melenchon-rejoint-les-critiques-de-la-droite-et-de-l-extreme-droite-sur-la-justice_6589040_823448.html

[20]https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/04/02/condamnation-de-marine-le-pen-l-acceleration-du-calendrier-judiciaire-n-est-pas-un-desaveu-du-jugement-repond-la-procureure-generale-de-paris_6590012_823448.html

[21]https://www.franceinfo.fr/politique/marine-le-pen/direct-condamnation-de-marine-le-pen-le-rn-rassemble-ses-soutiens-a-paris-la-gauche-annonce-une-contre-manifestation_7173756.html

[22]https://www.lemonde.fr/politique/article/2025/11/16/la-candidature-de-jordan-bardella-a-la-presidentielle-prend-forme-avant-le-proces-en-appel-de-marine-le-pen_6653600_823448.html

[23]https://www.20minutes.fr/politique/assemblee_nationale/4097330-20240620-legislatives-2024-ciotti-bardella-cote-cote-devant-medef-maire-star-applaudimetre

[24]https://www.latribune.fr/economie/france/auditions-au-medef-jordan-bardella-invite-eric-ciotti-pour-parler-aux-patrons-1000280.html

[25]https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-le-virage-liberal-du-parti-de-jordan-bardella-2105950

[26]https://lessentieldeleco.fr/1212-pourquoi-jordan-bardella-a-vraiment-change-de-look/

[27]Thionnet encensa même le trotskiste Usul sur ce point ! :

Ça, c’est de la convergence des luttes.

[28]https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/09/05/jordan-bardella-sur-le-soutien-a-l-ukraine-on-ne-peut-pas-donner-de-l-argent-sans-aucune-garantie-ni-sans-la-surete-que-cet-argent-sera-rembourse-un-jour_6766357_823448.html

[29]https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/05/29/au-rn-l-explosion-du-dossier-inflammable-jordan-bardella-enterre-la-reforme-des-retraites-de-marine-le-pen-et-l-age-legal-de-depart_6694791_823448.html

[30]https://www.bfmtv.com/politique/ligne-liberale-de-jordan-barella-ligne-plus-sociale-de-marine-le-pen-comment-le-rn-tente-de-clarifier-son-programme-economique-aupres-des-patrons_AN-202604220532.html

[31]https://www.touteleurope.eu/vie-politique-des-etats-membres/roumanie-le-candidat-pro-europeen-nicusor-dan-remporte-l-election-presidentielle/

[32]https://www.leclubdesjuristes.com/justice/affaire-des-assistants-parlementaires-du-fn-coup-darret-a-la-candidature-de-marine-le-pen-16827/

[33]https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/07/21/proces-des-assistants-parlementaires-du-fn-marine-le-pen-et-tous-les-autres-prevenus-se-sont-pourvus-en-cassation_6729001_823448.html

[34]

[35]

[36]Pour une analyse faite à chaud, mais raisonnée :

[37]https://regisdecastelnau.substack.com/p/lappareil-judiciaire-invente-leligibilite?has_completed_unsubscribed_unlock=true

[38]Image de Weber qu’aimait souvent rapporter Lukács.

[39]

[40]https://amisgeorglukacs.org/2019/10/georg-lukacs-la-vision-aristocratique-et-democratique-du-monde-1946.html

[41]On peut penser au Club de l’Horloge, d’où sont issus Bruno Mégret (fils de hauts fonctionnaires, polytechnicien), Yvan Blot (élève à Henri IV à une époque où le nombre de bacheliers était limité). Ou encore Bruno Gollnisch (d’une famille d’industriels et d’universitaires).

[42]On peut penser à Jean-Marie Le Pen lui-même, ou Jean-Pierre Stirbois (artisan oublié de la percée électorale du FN de 1988), Roger Holeindre.

[43]On pourrait objecter que LFI dispose d’une instance de formation propre, l’Institut La Boétie, et met le paquet dessus. Mais vu le niveau de diplômes moyens des militants, il n’est pas très difficile de voir que ceci est superflu pour en faire des cadres. Celui-ci sert donc plus de club de discussion, et veille à occuper les militants, pour leur donner l’impression d’avoir un rôle actif dans ce mouvement horizontal et gazeux, qui les cantonne à un rôle passif – rôle parfaitement artificiel vu le peu d’écart culturel entre les cadres et les militants, ce que l’Institut la Boétie vise en partie à camoufler.

[44]Jean-Marie Le Pen a certes recueilli 30 % du vote ouvrier en 1995, mais il est redescendu ensuite, surtout à l’époque de N. Sarkozy. C’est dans les années 2010 que ce vote devient pérenne, et passe même à la fin la barre des 40 %.

[45]

https://www.liberation.fr/politique/elections/apres-un-passage-catastrophique-sur-france-3-cette-candidate-rn-ladmet-jai-ete-plus-que-nulle-20220520_WLBMDEMNG5DBBBR7PSD2CFRIFU/

[46]On aurait ainsi tenté de dépenser des fortunes pour essayer de l’améliorer sur ce point, visiblement en vain, quelle que soit l’origine réelle des fonds.

https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/08/les-depenses-de-media-training-de-jordan-bardella-dans-le-viseur-du-parquet-europeen_6687079_3224.html

[47]N’oublions pas que Mitterrand a réuni au premier tour en 1981 30 % du vote ouvrier, et plus de 70 % au deuxième.

À suivre…

Troisième partie : Que veut la bourgeoisie française ?

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