Daniel Arnaud est un Français installé en Russie depuis de nombreuses années après avoir également habité l’Ukraine après la chute de l’Union soviétique. Il a collaboré avec notre chaîne YouTube dès son lancement. C’est-à-dire au printemps 2022 afin de tenter de réinformer face à la propagande que l’on a vu déferler sur l’ensemble du système médiatique mainstream.
Point de vue de vue d’occidental grand connaisseur de la Russie, sur le conflit mondial actuellement en cours.
Nous publions aujourd’hui la deuxième partie de son travail.
Dans la première partie de cette étude, j’affirmais aussi que l’UE cherchait à créer une situation de drôle de guerre entre elle-même et la Russie. Le but étant de tirer tout le profit qu’on peut espérer de la présence d’un ennemi commun, tout en évitant de se trouver prise dans une vraie guerre, qu’elle n’a pas les moyens de mener. L’état de guerre pouvant justifier la suspension des processus légaux et démocratiques, il permettrait de renforcer les pouvoirs de la Commission Européenne vis à vis des États, pour avancer vers la construction d’un Europe fédérale. Pour lever toute ambiguïté, quand je parle de l’UE, je parle bien de l’entité administrative, que je dissocie de l’Europe en tant qu’objet géographique, historique et culturel. Il faut en effet rappeler que l’UE n’est pas un État, et encore moins une nation.
Or, depuis la publication de cette première partie, il semble que l’Histoire accélère. D’une part l’UE s’est montrée prête à rompre le cadre juridique qui est son essence même et à manipuler les élections quand celles-ci menacent d’amener au pouvoir un euro-sceptique. D’autre part, comme je le prévoyais, les provocations se sont amplifiées. Toutes les lignes rouges ont été franchies. Frappe sur Valdaï quand Poutine devait s’y trouver. Frappes en profondeur dans la Russie, dont il est évident que le ciblage et le guidage sont faits par les Occidentaux. Annonces de collaboration ukraino-allemande pour la production de drones. Et surtout, beaucoup plus grave : la reconversion proclamée de l’industrie allemande vers la production d’armes, dont Emmanuel Todd nous avertissait qu’elle pouvait conduire la Russie à envisager l’emploi de l’arme nucléaire. Et pour finir, cerise confite sur le gâteau, l’annonce tonitruante que Macron a faite : l’organisation de manoeuvres franco-polonaises sur le thème « frappe nucléaire sur Saint-Pétersbourg ». Lecteur, imagine juste la réaction de la France si la Belgique annonçait des manoeuvres conjointes avec la Russie ou la Chine sur le thème « Frappes nucléaires sur Paris ».
Nous analyserons la réaction russe en détail plus loin, mais on peut d’ores et déjà noter que Sergueï Lavrov a récemment déclaré que la Russie était désormais en guerre contre l’OTAN. Il faut rappeler que, contrairement aux chancelleries occidentales, la communication de l’État Russe est pensée et réfléchie. Chaque mot est pesé. Quand une personnalité officielle aussi importante que Sergueï Lavrov s’exprime en ces termes, cela signifie une modification profonde de l’attitude russe dans le conflit. D’autant plus que celui-ci a également transmis une liste de cibles sur le sol de l’UE, considérées comme légitimes. Et si la presse généraliste effectuait mieux son travail, elle aurait relevé que ces déclarations ont été faites après une visite officielle de Lavrov en Chine, durant laquelle les enjeux stratégiques ont dû, à l’évidence, être discutés. Ainsi, quelles que soient les conséquences futures qu’impliquent cette déclaration, elles ont été débattues et coordonnées avec le partenaire chinois.
Il paraît donc nécessaire d’approfondir l’analyse afin de mieux comprendre la vision stratégique qui guide l’élite euro-atlantiste. Il est surtout urgent de se défaire du dangereux fantasme qu’elle serait irrationnelle, voire animée par une pulsion suicidaire. Au contraire, il faut affronter le fait qu’elle est rationnelle, qu’elle se bat pour sa survie, même si c’est au prix d’intense souffrance pour les populations. Et surtout, il faut admettre que cette rationalité est dictée par les structures économiques et politiques des pays européens et des USA. Nous assistons donc à une séquence historique déterministe assez ressemblante à celle qui a précédé le premier conflit mondial.


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