Avertissement
Voici le dernier volet du travail d’élucidation de la situation politique en France et l’étude de ses perspectives. Travail copieux réalisé par le philosophe Victor Sarkis. Il a analysé la situation française dans le cadre d’une évolution mondiale considérable, qui voit l’Occident, qui avait fait de la globalisation la forme moderne de sa domination, entrer dans une crise qui pourrait s’avérer décisive. Et qui en tout cas, de défaites en défaites, confronte notre pays à ce qui ressemble de plus en plus à une fin de cycle grosse de dangers. Utilisant les outils de la pensée marxiste, il a essayé de décrire ce qui nous attend dans les prochains mois. L’échéance électorale présidentielle va probablement marquer la fin d’un cycle, et la chute du système de néolibéralisme libéral libertaire, imposé à notre pays depuis plus de 40 ans.
Jean-Luc Mélenchon, qui a réussi à installer son hégémonie politique sur les lambeaux de la gauche « social-démocrate » et sur sa base de masse petite-bourgeoise, sera présent au deuxième tour de l’élection. Pour affronter la candidate choisie par les couches populaires comme outil pour mettre fin au cauchemar macronien, dernier avatar du système libéral libertaire.
Qu’on le veuille ou non, qu’on le déplore ou non, et comme à toutes les échéances précédentes, Jean-Luc Mélenchon sera une nouvelle fois l’expression des intérêts dominants. Incarnant à ce deuxième tour de la présidentielle, et seul cette fois-ci, le « combat antifasciste ». Où il avait entraîné la « gauche » et le camp macroniste au deuxième tour des législatives 2024, pour sauver Emmanuel Macron et imposer trois ans de cauchemar supplémentaire aux Français. Difficile de penser qu’il réussira encore cette fois-ci. Alors, comme Victor Sarkis le disait il y a deux ans et demi : « après l’échéance de mai 2027, une fois les illusions dissipées, il y aura du temps pour la clarté. »
Régis de Castelnau
Cinquième partie : « Mélenchon, mon amour » : un leader minimo pour les gouverner tous ?
Victor Sarkis
On comprend dans ces circonstances que le soutien apporté à Jean-Luc Mélenchon pour 2027 par la majeure partie de la gauche radicale au nom de l’antifascisme relève d’un contresens sans nom.
L’événement qui a en effet marqué la gauche ces deux dernières années, c’est le divorce apparent entre la gauche pro-Mélenchon (en gros, LFI, et ses satellites groupusculaires) et la gauche anti-Mélenchon (le PS, le PCF, et EELV – qui sont souvent hésitants par peur de perdre trop de postes). La NUPES de 2022, et le NFP de 2024, que nous avions analysés à l’époque, en tant qu’alliances électoralistes, ont donc fait leur temps. Toujours plus à l’aise dans l’élection présidentielle, Mélenchon s’est lancé tôt, et n’aura pas trop de mal à briller à gauche, tant ce mâle dominant à dos argenté est seul sur son trône en la matière. La gauche PS menée par Glucksmann s’est illusionnée sur sa capacité à le contrer (gonflée à l’hélium par des résultats toujours artificiels aux européennes, qui mobilisent peu les classes populaires), et ces illusions ont fait long feu, et se sont déjà déchirées, alors même que la campagne a à peine commencé. Dans les sondages les plus récents, Glucksmann plafonne au mieux à 10-11 %, tandis que Mélenchon surperforme déjà à 17-18 %[1], très loin de 2017 et 2022 à la même période de la campagne[2].
Pour analyser correctement ces chiffres, et pouvoir estimer leur évolution, il faut se pencher sur la structure de classe de l’électorat LFI. En 2022, le vote pour Jean-Luc Mélenchon était très homogène socialement chez les actifs : 27 % chez les cadres, professions intermédiaires et employés, 25 % chez les ouvriers, et 13 % chez les retraités – pour une moyenne de 22 %[3]. En 2024, le vote du NFP se décomposait ainsi : 34 % des cadres avaient voté pour eux, 35 % des professions intermédiaires, 30 % des employés, 21 % des ouvriers, 20 % des retraités – pour un résultat moyen de 28,1 %[4]. En septembre 2026, la prévision de vote pour Jean-Luc Mélenchon pour 2027 était la suivante : 30 % chez les cadres, 22 % chez les professions intermédiaires, 26 % chez les employés, 24 % chez les ouvriers et 7 % chez les retraités – pour un résultat moyen de 19 %[5].
Autant l’écart à l’intérieur du vote des actifs salariés était formellement très faible en 2022, autant il est apparu avec le NFP, et ne s’est pas résorbé. En 2026, Mélenchon est d’abord le candidat des cadres, et aussi dans une moindre mesure des employés et des professions intermédiaires. Son résultat chez les ouvriers n’est pas déshonorant en soi, mais (i) il est très loin de celui de Marine Le Pen (deux fois moins !), et (ii) il est en grande partie en trompe-l’œil, car il bénéficie de deux votes captifs : les ouvriers issus de l’immigration qui s’imaginent qu’ils n’ont pas d’autre choix que de voter pour lui, et ceux qui restent investis dans des fonctions traditionnelles du mouvement ouvrier (partis, syndicats de gauche) qui eux aussi s’imaginent qu’ils n’ont plus vraiment le choix. Ce quart des ouvriers n’est donc pas tellement un grand score en soi, quand on a une position si privilégiée sur le marché symbolique électoral qu’elle vous assure le vote quasi-intégral de ces deux électorats prisonniers, et que l’on terrorise avec un danger « fasciste ». Si Mélenchon incarnait vraiment la possibilité d’une politique sociale progressiste, et un vrai rempart anti-fasciste, ses scores dans la classe ouvrière seraient bien plus élevés. L’électorat est donc divers, mais cette « diversité » penche toujours du même côté : celui des couches moyennes diplômées, qui constituent la quasi-totalité des cadres et des militants de LFI[6]. Cette forma mentis donne à LFI son style, et son essence de classe : le programme ne va jamais au-delà de la social-démocratie la plus plate (le plan est en gros de demander à la finance internationale d’ouvrir le chéquier pour nous payer toutes les dépenses sociales du monde, et sans rien produire), agrémentée à souhait de gauchisme absurde (indigénisme, « politique de l’amitié ») ; quant à l’esthétique, elle semble avoir tenu la gageure de ne pas être autre chose qu’une insupportable image libérale-libertaire, prisonnière de l’idéologie du désir, toujours ludique, libidinale, et marginale – bref, le repoussoir absolu pour les classes sérieuses et laborieuses ; et les immigrés sérieux doivent souvent se faire violence pour ne pas trouver absolument insupportable cette imagerie. Dans ces conditions, parler de production et de discipline ouvrière relève de la farce, et chacun le prend d’ailleurs comme tel.
Jean-Luc Mélenchon aura donc fait le pari, de plus en plus assumé depuis 2017, de faire des couches moyennes diplômées déclassées sa base sociale de classe, en lui adjoignant comme force d’appoint le prolétariat et le lumpen-prolétariat immigrés[7]. L’évolution politique en est le pur reflet : de stratégie formellement souverainiste et patriote en 2017 (« plan A, plan B »), il est passé à l’intersectionnalité en 2022 (« un milliard contre les féminicides » comme première mesure de sa profession de foi), il aura basculé de plus en plus dans l’indigénisme en vue de 2027 (« vous tout blanc, tout moche[8] »). La fuite en avant gauchiste est donc évidente, et elle explique d’ailleurs sa progression électorale continue : il a misé sur une classe sociale en extension, que la crise du capitalisme libéral-libertaire fait grandir de jour en jour, et rend de plus en plus désespérée. La massification du diplôme a en effet provoqué sa dévalorisation, rendant la reproduction de cette couche sociale difficile, et plus pauvre à chaque génération. La contradiction entre croissance de cette couche improductive et atrophie sans cesse grandissante de l’appareil productif a rendu la situation qui prévalait depuis l’après-guerre totalement intenable : il y a trop de privilégiés à entretenir, plus assez de bras et d’usines pour le faire, et les pays périphériques exploités renâclent de plus en plus à être l’atelier ascétique du monde, c’est-à-dire des producteurs qui ne consomment rien.
On voit donc que les résultats de Mélenchon sont parfaitement logiques, qu’ils s’appuient sur des causes infrastructurelles extrêmement profondes, et que loin de devoir s’inverser, sa progression devrait encore se poursuivre – sauf retournement incroyable et improbable de la situation. Vu l’effondrement des candidats macronistes, il a donc de très fortes chances d’être présent au second tour, et en toute vraisemblance, face à Marine Le Pen.
Il se produira alors le combat dont la gauche a toujours rêvé, et dont il faut déjà en analyser les enjeux, car tous les éléments du drame à venir sont déjà sous nos yeux. La gauche en effet, depuis que le RN a conquis une bonne partie, puis l’hégémonie sur la classe ouvrière, a toujours rêvé d’aller l’affronter en face à face sur ce terrain. La chose s’était rarement bien passée (pensons au sketch d’Hénin-Beaumont de 2012)[9], mais comme l’humiliation était locale, on avait pu l’oublier. La puissance du macronisme depuis 2017 était telle qu’elle avait interdit cette confrontation au niveau national. Le but affiché de la gauche en 2017, puis en 2022, était d’ailleurs de devancer au premier tour Marine Le Pen, afin d’avoir le privilège de pouvoir affronter E. Macron, candidat ouvert de la bourgeoisie, et peut-être espérer ramener au deuxième tour les ouvriers sur un vote de gauche, face à un Macron honni. Si la stratégie pouvait faire illusion en 2017, en 2022, elle avait clairement vécu, tant était devenu évident le caractère insupportablement petit-bourgeois de cette formation. Mais Macron étant encore trop haut, on pouvait alors seulement espérer ravir la deuxième place au RN. En vain, puisque la couche sociale qui voulait tant y arriver était trop isolée pour le faire, et les classes populaires étaient trop déterminées et regroupées autour du RN pour que cela se produise. En tout cas, l’objectif d’aller chercher les ouvriers qui étaient allés au RN n’était pas encore ouvertement abandonné, et cela a servi à beaucoup de groupes de gauche d’alibi pour soutenir Mélenchon.
Seulement, pour la première fois depuis 2017, le macronisme s’est totalement effondré, et la chance de parvenir au deuxième tour s’est concrétisée pour la première fois sérieusement ; mais non pas en prenant la place du RN, mais du candidat macroniste. Or, ce simple changement de situation change toute la logique affichée, et en révèle la vraie nature, qu’elle couvait depuis le début. L’idée n’est plus de faire un bloc assez grand pour passer devant le RN, et lui ravir ensuite son électorat populaire ; non, elle est de passer devant le candidat macroniste (de la bourgeoisie), pour aller affronter le RN, candidat des classes populaires. Et là, il faut poser la question qui fâche, et que personne ne veut poser à gauche : pour ensuite faire quoi ? Espérer un miracle, et qu’entre les deux tours, les classes populaires se mettent à changer leur vote, et votent pour Mélenchon ? Ou bien finalement, reconnaître que tout ceci n’est qu’un malentendu, que le RN est le parti des classes populaires, et accepter de perdre, ou se retirer en conséquence ? Bien évidemment que ce n’est pas cela. Il ne restera alors qu’une seule solution logique, mais que nieront aujourd’hui tous les mélenchonistes sur leurs grands dieux : aller chercher les voix des macronistes, donc de la bourgeoisie, pour faire le meilleur score possible. Et qu’on ne vienne pas nier ce fait profond, il est dans la logique des classes sociales : Mélenchon aura fait le plein auprès de la petite-bourgeoisie déclassée au premier tour, Marine Le Pen des ouvriers et des employés, et le candidat macroniste de la grande bourgeoisie et de la petite-bourgeoisie encore en place. Pour progresser, il faudra aller chercher ces derniers, et avec quels arguments ? Réponse : ceux du macronisme, et de la grande bourgeoisie – libéralisme-libertaire, européisme, atlantisme, idéologie du désir. Aller au combat contre le RN avec cette configuration de classe, c’est s’assurer de devenir le champion de la grande bourgeoisie – et pas forcément à son corps défendant. Et s’imaginer qu’on peut, on ne sait trop par quel miracle, faire changer d’avis en 6 mois les classes populaires qui votent RN depuis 15 ans, en faisant ce qu’on a toujours fait, et qui n’a jamais marché (du gauchisme lib-lib), c’est une pure illusion. Que tant de communistes et de marxistes se voilent la face sur ces faits profonds est plus que regrettable.
Mais dans le fond, cette situation, qui semble hérétique énoncée ainsi, est beaucoup moins étonnante qu’elle ne le paraît. Ramenés à leur logique élémentaire la plus profonde, les électeurs de Macron furent historiquement le grand transfert de l’électorat d’un PS finissant vers leur dernière planche de salut – autrement dit, la petite-bourgeoisie de gauche mitterrandienne. Et l’électorat de Mélenchon fut celui de la petite-bourgeoisie déclassée, car plus jeune, et arrivée plus tard dans un monde déjà trop vieux pour elle. L’électorat LFI est l’enfant spirituel de la Mitterrandie, et les macronistes actuels en sont donc les parents, vieillis, et embourgeoisés. Les jeunes mélenchonistes en veulent à leurs vieux parents macronistes de ne pas avoir pu vivre la même vie qu’eux, de ne pas avoir pu eux aussi jouir sans entrave. La lutte entre Mélenchon et Macron fut donc une âpre querelle de famille entre les fils et les pères de Mitterrand. Dans ce jeu familial, véritable drame tourguenevien, l’électorat populaire du RN fut toujours l’intrus, et le trouble-fête. La gauche a glosé durant des années sur le prétendu fascisme du RN, sur le fait qu’au moment de l’affrontement final la grande bourgeoisie choisira le RN contre Mélenchon, comme elle l’a fait en 1933 et en 1936 (« Plutôt Hitler que le Front populaire ! »). Las, la logique sociale a le cuir solide : les pères macronistes iront reconnaître leurs fils mélenchonistes, et le drame familial se terminera dans une jolie maison de campagne, comme Mai 68, et sans les gueux pour troubler la fête. Qui pourrait vraiment penser qu’au moment crucial, les parents de la petite-bourgeoisie déclassée préféreront voter comme les ouvriers, plutôt que comme leurs enfants ? Le pire, c’est qu’ils l’ont déjà fait en 2024, et toute la gauche l’a tu, car cela trahissait leur secret de classe le plus honteux : lors des 53 duels LFI/RN des dernières législatives, la quasi-totalité des macronistes ont voté LFI contre le RN[10]. Si Mélenchon se retrouve face à face à Marine Le Pen en mai prochain, il y a fort à parier que la même situation se reproduise à l’échelle nationale, et toute la grande bourgeoisie volera à son secours : elle préférera sans hésiter ce vieux mitterrandien roublard, qui sait manipuler les foules comme personne, et qui saura ménager leurs intérêts, à l’aventure imprévisible avec cette candidate élue par les « sans-dents », dont nul ne peut assurer à l’avance qu’elle sera domptée, ou qu’elle saura les calmer[11]. Les sondages actuels qui donnent donc Mélenchon perdant à 30 % au second tour face à Marine Le Pen sont donc totalement faux : ils mesurent juste que les électeurs macronistes n’ont pas encore pris conscience de cette nécessité de classe. Mélenchon, qui perdra cependant probablement car le discrédit des grandes et petites bourgeoisies est trop grand, fera cependant un score bien plus grand que celui qui lui est actuellement prédit, une fois venus ces renforts de dernière minute, téléphonés depuis longtemps. L’entre-deux-tours de 2027 s’annonce donc comme la réplique inversée de celui de 2024 : ce ne sera pas le NFP qui viendra au secours des macronistes, mais ces derniers qui viendront appuyer Mélenchon – et dans les deux cas, toujours contre le RN et son électorat. Mélenchon le sait probablement, et s’il ne compte pas non plus gagner (il ne faut pas pousser le pied-noir dans le méchoui !), il sait qu’avec un tel coup (faire 40, voire 45%), il pourra s’imposer pour longtemps comme opposant numéro un au RN, et jouir pour ses vieux jours d’un prestige symbolique comme il en a toujours rêvé, lui, l’ancien sénateur socialiste de seconde zone, snobé et brimé par ses pairs. Il aura eu sa revanche sur eux, et pourra tirer le rideau sans regret après ce beau finish crépusculaire. Pour les autres qui l’auront suivi, ce sera leur problème : ils sont jeunes, ils n’ont rien appris auprès de lui en 15 ans – « après moi le déluge ! » sera le dernier mot de Mélenchon à leur égard.
Cette logique de classe est d’ailleurs parfaitement évidente, et la grande bourgeoisie a envoyé le banquier Matthieu Pigasse en éclaireur, afin de soigner sa relation avec LFI. Celle-ci n’a d’ailleurs pas rechigné à l’inviter à son université d’été, et à faire part d’une complicité obscène[12]. Quand on sait que ce sinistre personnage a été mandaté par Washington pour accomplir la basse besogne de restructurer la dette vénézuélienne en mai dernier[13], avec toute la souffrance que cela va impliquer pour le peuple vénézuélien (demandez aux Grecs !), on ne peut qu’avoir la nausée en entendant leurs grandes leçons moralisatrices sur l’internationalisme et l’antifascisme. Pigasse est bien plus fasciste que tout le RN réuni par le mal concret qu’il fera aux Vénézuéliens : et que les docteurs en marxisme viennent démontrer le contraire. Cette même gauche qui n’a que l’exemple de Bolloré pour prétendre que les oligarques soutiennent le RN[14] fait l’aveugle devant le soutien logistique éhonté que Pigasse offre à LFI, et à toute cette couche sociale, via Radio Nova. Rachetée en 2015 par Pigasse, celle-ci est devenue à partir de 2024 le point de ralliement culturel de toute cette petite-bourgeoisie diplômée et déclassée, après le ménage fait à France Inter. Ce basculement a d’ailleurs coïncidé avec la formation du NFP, et a entamé une mutation profonde au sein de cette classe : de classe en soi qu’elle était, elle est devenue en 2024, avec le NFP et Radio Nova, une classe pour soi, pleinement consciente d’elle-même et de ses prétentions. D’où son inflation hystérique et délirante depuis 2024, et sa certitude d’être dans son bon droit, sans jamais douter d’elle-même. Ses bases sociales sont pourtant fragiles, et elles vacillent devant l’ébranlement du monde qui est en cours. D’où sa fuite en avant, la négation de la réalité qui la caractérise, et son refus d’analyser quoi que ce soit en termes de classes sociales. Elle ira donc à sa perte, mais pas avant d’avoir lié son destin à celui de la grande bourgeoisie française, et de l’entraîner avec elle. Elle fut l’enfant que cette dernière enfanta en Mai 68 pour tuer le communisme, mais le monstre a désormais grandi, et, incontrôlable, il va dévorer son créateur sous nos yeux – et personne ne les pleurera, ni l’un, ni l’autre.
Conclusion
Les enjeux de 2027 sont donc désormais clairs : il faut faire sauter le verrou Macron, qui est le dernier barrage institutionnel de la bourgeoisie avant que sa crise ne parvienne à son sommet. Et sur ce chemin, ce n’est pas la gauche petite-bourgeoise hystérique et déclassée qui parviendra à le faire, car son seul intérêt est de faire durer ce monde de la grande-bourgeoisie libérale-libertaire pour l’éternité – en vain. Si on achevait bien les chevaux dans le temps, il est désormais grand temps d’achever les libéraux-libertaires finissants, épuisés d’avoir trop dansé sans se reposer, et d’avoir fait suer sang et eau les autres pour cela. Le monde pensé en 1944-45 pour remplacer l’ordre nazi est en train de sombrer corps et âme. Et cette fois-là, il n’y aura pas de roue de secours toute indiquée pour la bourgeoisie, pas d’Américains pour remplacer les Allemands. Ce qui viendra après, il faudra alors le définir, mais l’urgence politique actuelle est celle-là : avant de refaire de la politique, il faut d’abord rouvrir les possibles, et rendre à celle-ci ses conditions d’existence. L’anarchie est déjà là, il s’agira donc de ne pas être pusillanime lorsqu’elle se matérialisera pleinement et entièrement. Ses formes concrètes sont confuses, et difficiles à prévoir, mais elle ne prendra pas chez nous la forme d’un fascisme que tant redoutent. Soit ceux qui auront réussi à faire sauter le verrou Macron parviendront à sortir de la crise par le haut, et à trouver une solution ; soit cette crise et cette anarchie s’approfondiront, et ce sera à d’autres de le faire. Et cette solution, nous la connaissons : c’est la reprise en main de la nation et de sa souveraineté par le grand État rationnel et jacobin de Richelieu et Robespierre que nous évoquions en début d’article : reconstruire un appareil productif et une éducation dignes de ce nom, affronter nos défis démographiques, sortir du piège des européistes et des atlantistes, et le faire en s’appuyant encore et toujours sur la seule classe révolutionnaire de notre temps – le prolétariat, dans sa totalité. Nous aurons donc soit notre Richelieu, qui matera rapidement notre anarchie féodale, soit plus tard notre Dioclétien, qui avait mis fin à Rome à la période dite de « l’anarchie militaire ». Mais autant le dire d’emblée : les Richelieu valent mieux ici que les Dioclétien – même si nous aurons peut-être un jour besoin d’eux malheureusement.
En 1566, le célèbre peintre vénitien, le Tintoret, acheva sa célèbre toile, intitulée « l’enlèvement du corps de Saint Marc », le saint patron de Venise. Cette toile, partiellement endommagée, représente les aventures du corps de Saint Marc après sa mort. D’après la légende, les païens avaient tué Saint Marc, et avaient décidé de brûler le corps, afin de se débarrasser des dernières traces de leurs méfaits. Mais un violent orage éclata alors, et la grêle et les éclairs les empêchèrent de mener à bien leur projet. Ils se dispersèrent donc de peur, laissant le corps de Saint Marc exposé à l’air libre. Mais celui-ci ne se putréfia pas, et se conserva intact et immaculé. Les chrétiens, qui étaient restés cachés, sortirent donc, afin de porter le corps de Marc à l’église, et l’enterrer avec dignité. La Légende dorée ne dit pas si Marc ressuscita ensuite, mais son corps accomplit néanmoins de nombreux miracles, rapporte le souvenir populaire.
On l’aura compris, ce tableau du Tintoret, c’est la situation du communisme de notre temps : les libéraux-libertaires, sous les traits des païens, l’ont tué sans pitié, et ont pensé vivre heureux et en paix après l’avoir fait, voulant même brûler son cadavre pour s’en débarrasser. Mais le cadavre de l’URSS, comme celui de Marc, est resté impeccable et immaculé, et n’a pas pourri. L’orage de la crise finale de l’impérialisme américain a empêché les libéraux-libertaires de mener à bien leur projet de le brûler. Et alors, seuls quelques communistes fidèles sont sortis pour le transporter, et lui rendre un dernier hommage dans son ultime demeure, afin qu’il ressuscite un jour. Certains eurent peur de l’orage, comme le chameau que peint le Tintoret, et ont douté du miracle, et ils ont même fait trébucher le chamelier sur le chemin du Parti. Mais les fidèles ont tenu bon, et n’ont pas douté, car ils savaient, non par la foi mais par la raison, que le monde nouveau arrivait – sans païens, ni libéraux-libertaires, et où le corps resplendissant et glorieux de l’URSS rayonnerait de nouveau sur l’humanité.
[3] https://www.ipsos.com/fr-fr/presidentielle-2022/1er-tour-abstentionnistes-sociologie-electorat
[4] https://www.ipsos.com/fr-fr/legislatives-2024/sociologie-des-electorats-legislatives-2024
On y apprend d’ailleurs que l’essentiel de la progression du vote RN chez les retraités en 2024 vient des retraités CSP-.
[5] https://cluster17.com/presidentielle-2027-le-pen-largement-en-tete-melenchon-et-philippe-au-coude-a-coude/
[6] Tout le monde sait que si les descendants d’immigrés votent en masse LFI, très peu y militent.
[7] La distinction entre les deux est simple à faire : l’un est intégré au système de production, et est donc exploité, et peut faire preuve de discipline ; l’autre n’est intégré qu’au système de consommation détaché de la production, et pratique donc, d’un point de vue économique et symbolique, la rapine.
[8] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/tout-blanc-tout-moche-que-vous-etes-jean-luc-melenchon-vise-par-une-plainte-pour-racisme-20260907
Ajoutons-y le « moi, maghrébin », et le « pour ne pas avoir de musulmans dans sa famille aujourd’hui en France, c’est un exploit », et le tableau est complet.
[9] https://www.lemonde.fr/politique/article/2012/06/11/a-henin-beaumont-le-pen-bat-sechement-melenchon_1716117_823448.html
[11] L’exposé, qui analyse ici la logique de la lutte des classes, fait abstraction du vote des retraités, pour la raison que, s’ils votent, par définition, ils ne « luttent » pas – les retraités ne sont pas une classe sociale ! Cela étant dit, il est évident que de nombreux retraités macronistes, surtout aisés et propriétaires, préféreront voter en mai prochain pour le candidat qui incarnera le mieux à leurs yeux l’illusion de la stabilité – et il y a fort à parier que pour la majeure partie, ce sera Marine Le Pen, à tort ou à raison : ce sera une contradiction de plus à rajouter à son éventuelle élection. Cela ne change rien à la logique exposée ici, qui vise d’abord la grande et la petite bourgeoisies macronistes.
[12] https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/22/matthieu-pigasse-assure-qu-il-y-a-pas-mal-de-convergences-entre-lui-et-les-insoumis-pendant-les-universites-d-ete-de-lfi_6753471_823448.html
[13] https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/05/27/matthieu-pigasse-decroche-un-contrat-exceptionnel-et-polemique-pour-restructurer-la-dette-venezuelienne_6694231_3234.html
[14] Vieillissant, isolé au sein de la bourgeoisie, catholique et pro-russe, Bolloré n’a rien d’un chef d’orchestre qui œuvrerait dans l’ombre, mais tout de l’outsider, qui a décidé qu’il avait du pognon, et qu’il n’en avait plus rien à faire. Sa foi catholique a d’ailleurs toujours créé entre lui et un RN déchristianisé (doit-on rappeler la proportion d’homosexuels ouverts au sein des cadres RN ?) une sorte de hiatus, et son candidat naturel a plutôt été historiquement un Zemmour. Las, il s’est depuis dégonflé, et Bolloré a dû en rabattre. On est loin de Krupp & co.
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